ACTE III, SCÈNE VUI
pas venue m'avertir depuis deux heures! Vite, cours, appelle Périco.
LUCIE
Mais vous vous trompez étrangement !
Commençons toujours par voir s'il y a des mules à Tauberge : oui , dépéchons-nous ! Je l'avais bien pensé , moi ; je l'avais prédit ! Ah ! c'est ce Périco qui m'a lancé dans cette sarabande !
LUCIE
Vous refusçz de m'écouter? Ma foi, les gens ont raison de vous traiter de fou. Mais, monsieur, si don Luis jette feu et flamme contre son frère, parce qu'il prétend vouer au cloUre dona Clara ; si le bon vieillardm'a affirmé, de sa propre bouche, qu'il serait bien plus convenable de vous la donner pour femme ; s'il m'a recommandé de ne pas vous en toucher même une syllabe , parce qu'il a le moyen de s'entendre avec son frère , d'éviter la moindre bisbille, et d'amener le mariage tout pacifiquement; bref, s'il jure de tout arranger pour le mieux , à qui en avez-vous encore avec vos gesticulations?
DON CLAUDE
Oh! je craignais... Voyons, Lucie, est-ce bien certain ce que tu me rapportes là? Mais non, c'est impossible! Tu te joues de moi.
LUCIE
Nullement, monsieur.
DON CLAUDE
Ainsi, ce n'est pas une fable?
158 LA FAUSSE DÉVOTK.
LUCIE
J'ai déjà tout raconté à ma niaitresse.
Et quelle est son opinion ?
LUCIE
Dame! elle est si en colère contre son onolr, qu'elle ne veut pas se fier à lui.
DON CLAUDE
Alors je te dis, moi, qu'il y a quelque machination là-dessous. *
LUCIE
Mais non , monsieur !
DON CLAUDE
Quand je te répète que si !
LUCIE
 votre place j'aurais confiance en don Luis : ce serait le plus sage.
DON CLAUDE
Le plus sage serait de m'esquiver au plus vite; car, je n'en démordrai point, tout cela ce sont des ruses et des pièges enfantés par ce barbon , ou plutôt ce démon !