ACTE m, SCÈNE XII
l'oncle JUAN.
.Messieurs, je veux être roué vif si je comprends un seul mot à ce langage. Je vous promets que le susdit frère n'existe pas.
DON MARTIN
Et je vous jure, moi , que vous êtes venu ici pour m'échauffer la bile. Voyons! Quand je vous aurai affirmé qu'il était là , à côté de moi , que répliquerez-vous? Quand je vous aurai corné aux oreilles que c'est un boiteux qui est borgne , qui a les épaules hautes , qui est très-bavard , et qui a le ton nasillard ?
l'oncle JUAN.
Le ton nasillard ! Mais dans cette pièce même , messieurs, j'ai confié le billet à un jeune drôle... Grand Dieu! je suis sur des charbons ardents. Et imaginez -vous que je voulais déjà revenir plus tôt, quand j'ai rencontré mon individu aux abords de votre maison. — « Don Martin ? me dit-il ; mais, mon cher, il est absent. — Alors, lui répondis-je, il faudra repasser ? — Oh ! peine superflue , repritil , car ce soir don Martin ne soupera pas chez lui ; il ne rentrera pour se coucher qu'à minuit bien sonné ! . . . » Là-dessus je fis demi-tour. . .
DO^ MARTIN , à don Luis.
Mais ne vous apercevez-vous point , mon frère , • qu'il nous conte sornettes sur sornettes, ce radoteur I
l'oncle JUAN.
Si je vous proteste que le drôle m'a tenu ce discours...
DON LUIS
Je soupçonnerais volontiers qu'on vous a fait quelque mystification .
Que parlez- vous de mystification ? Vous voyez bien qu'il divague, le malheureux? il ne sait pas luimême ce qu'il dit.
DON LUIS
Silence, mon frère! laissez-moi, avant tout, éclaircir un point. (Appelant.) Périco!
PÉRIGO, du dedaos.
Monsieur ! . . .
DON LUIS
Périco !