ACTE II, SCÈNE Xf
passé comme une ombre , comme un rôve ! Et moi aussi je n'attends plus que la mort !
DONA ISABELLE
Oh ! non , Dieu ne le voudra pas. Moi seule je dois succomber au désespoir, car je n'ai pas le courage de résister à tant de souffrances!
DON JUAN
Adieu ! nous ne nous reverrons plus. Je me sépare de toi pour chercher d'autres climats. Mais je t'en supplie, Isabelle, ma bien-aimée, n'oublie jamais combien fut grand notre amour. Oh ! je ne réclame plus rien de toi ; mais que seulement ma fidélité , la sincérité de ma passion , vivent sans cesse dans ton souvenir ! Chéris-moi toujours , pense à moi , mon Isabelle ! Peut-être sera-ce un soulagement à ma douleur, de songer que la beauté qui me fut arrachée pour la vie daigne accorder une larme , un tendre soupir à ma mémoire. Mais que dis-je, Isabelle? oh! ne fais pas cela. Oublie plutôt notre triste flamme! Aime ton mari, aime-le tout seul, aime-le bien! C'est don Juan qui t'en conjure, don Juan que tu vas laisser partir !
DON A ISABELLE
Ciel! vous me...
DON JUAN
Que dis-tu ?
DONA ISABELLE
Je n'ai plus ni parole, ni pensée. Mon cœur... Ah! si vous pouviez y lire?
DON JUAN
Et toi, si tu pouvais... Mais adieu! etqu*uD dernier baiser te confirme. . .
(11 veut l'embrasser; TsabeUe se retire.) DON A ISABELLE.
Partez !
DON JUAN
Tu me fuis?
DON A ISABELLE
Oui, je m'éloigne de vous , don Juan ; car votre seul aspect est pour moi plus dangereux que tous les périls.
DON JUAN
Cruelle!
DONA ISABELLE
Hélas ! don Juan , que demandez-vous ? Que voulez-vous de moi ? C'est l'arrêt du ciel ; jugez-en vous-même, notre honneur l'exige. . . Mais, de grâce, ne sortez pas de Cadix ! N'ajoutez pas encore à mes tortures , n'ajoutez pas à la funeste réalité de votre éloignement, la crainte continuelle de votre mort. Croyez-moi , les malheureux se préparent plutôt de longs regrets que des consolations lorsqu'ils choisissent un exil dans des régions lointaines , au delà de tant de fners immenses. Cette cité, votre patrie, vous offrira mille moyens de vous distraire , et vos peines vont s'adoucir par la réflexion et avec le temps. Pour vous inspirer de l'énergie , mon exemple suffira ; car je vous dis adieu, en proie aux plus amers chagrins. Ah ! si mon amour pour vous n'était