COMÉDIE NOUVELLE
OU
LE CAFÉ
NOTICE
OU
LE CAFÉ
P€u d*auleun ont renoootfé^ à ienr débuts autant de difficultés que Moratin pour Aiire représenter leurs pièces. Nous avons assisté à Tétrange fortune de la première^ nous •HaDs VOT maintenant les péripéties de la seconde.
La Comédie Nouvelle offre un tableau véridique de la ôtuation du tiiéfttre espagnol pendant les vingt dernières années du dix-huiti^ne siècle^ époque de décadmice pour sa littérature, et de démence chez ses écrivains. Mais le poète s'est bien gardé de fmre agir des personnages connus devant le pabKc. Ni dans les cartictères, ni dans les allusions, Moratin n'a prodigué cette exactitude qui trahit les fautes et les erreurs individuelles. Il géi)fii:alkeJUUXuyuûcejon.fiU)et lephiapossilile, sachant bien que, pour que la leçon profite à tout le nxmde, il faut que chacun puisse se reconnaître aax couleurs du portrait, tout en conservant la liberté de renier à très-haute voix sa ressemblance avec ToriginaL ^
Afin de résumer dans un seul personnage ces innombrables écrivailleurs qui abrutissaient les esprits avec leurs co* niédies barbares, leurs aaynètes sans ^ce et sans goût, et leurs tonadilles révoltantes d'obscénité, il composa le rôle de don Éleutério. Puis, désireux de renvoyer k la marmite ou à la quenouille ces bas-bleus insipides qui prétendaient gouverner le théâtre et la littérature dramatique, il les produisit sous les traits de dona Agusiiua. La phalange de$ pédants jaloux , intéressés, d'une moralité suspecte, et
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bien pauvres docteui's au fond^ lui fournit le raracttTe de don Herniogène. Enfin^ pour couronner l'œuvre, il entassa dans un seul moule toutes ces farces monstrueuses qui s'appelaient alors des comédies, et il imagina le Grand Siège de Vienne, qui sert de type à ces pièces pleines de dissertations morales^ de monologues à perte de vue, de gens qui meurent d'une faim d'assiégés (huMÔre calagurrilatui)\k ces pièces remplies d'évolutions militaires, de revues et de combats, do tempêtes^ de bombardements^ et surtout de fumée !
On conçoit tout ce que cette noble entreprise, qui avait pour but de régénérer d'un seul coup le théâtre national, devait ameuter de haines^ de colères, de sourdes rancunes et de fureurs ! Certes jamais poète ne livra, avec autant de courage, bataille plus acbaçnée aux ennemis du sens commun et de la gloire littéraire de leur pays.
Moratin n'avait pas encore terminé sa lecture devant la troupe de Hibéra, que déjà les partisans de la troupe rivale remuaient ciel et terre contre la pièce. Acteurs, auteurs, éditeurs, et jusqu'aux musiciens, se liguèrent ensemble; les uns et les autres prévoyaient dans le succès de la Onnédie Nouvelle la ruine de leurs es|)érance8 et de leurs intérêts. Comme l'ouvrage ne portait pas de titre spécial, les critiques se chargèrent de lui en fournir un. On l'intitubi Saynète die dix coudées^ ramasniê de dialogues 5f «pîrfrs ; tnais en dernier lieu on s'arrêta à Libelle diffamaioire, et, ce gros mot trouvé, on s'épuisa en démarches auprès du gouvernement afin d'obtenir défense de représenter la comédie*
Il ne fallut rien moins que l'intervention du président du conseil de Castille, celle du corrégidor de Madrid, et odte du vicaire ecclésiastique, pour apaiser ces poétereaux courroucés. La Cmtiédie D/ouvelle passa cinq- fois à la c^isure, et elle sortit triomphante de cette terrible épreuve. Il fut reconnu que le Libelle diffamatoire était tout simplement un chef-d'œuvre, et, qui plus est. une œuvre de patriotisme et de justice.
Cependant la troupe de Ribéra poursuivait ses études avec un zèle infatigable, et le jour de la représentation approchait. Mais les c>abaleurs ne se tenaient pas pour vain*
eus; ils eurent recours à la force brutale , et ils assiégèrent littâralement les portes du théâtre del Principe le 7 février 1792. Tous ceux qui ne purent pénétrer dans la salle attendirent au dehors les glorieux résultats d'une conspiration aussi magnanime.
L'assemblée écouta la pièce avec une attention soutenue^ et d'abord les applaudissements seuls éclatèrent. La cohorte des sifHeurs ne parvenait pas à trouver un instant prof^ioe pour faire valoir ses petits talents. Déjà le désespoir entnùt dans le cœur de œs braves ; et ce désespoir prit des plop(N^ tions énormes lorsqu'ils entendirent don Sérapio retracer limage de cette plèbe ignorante et vénale qui était parvenue à dominer dans les théâtres , décernant des couronnes ou des anathèmes selon son bon plaisir.
La bordée porta en plein^ et Voyage se dédialna par un tonnerre de siiBets et de hurlaments smvages; mais peu à peu le reste de rassemblée réussit à faire rentrer dans le calme les tapageurs, qn^attendaM eneore une bien antre conrecdoD.
Au milieu d'une des tirades de la septième scène du deuxième acte, Facteur Gare fa Parra, chargé du rdle de don ÉleutériOj vit que le moment était venu de venger une bonne fois ses camarades, le poète et le vrai public. Il s'aima de la façon la plus spirituelle d'un des mots de la pièce qui s'appliquait admirablement à la circonstance; et lorsqu'il s'écria , Pifaranetsf i euàndn han msio êHm eamedia mejorf «Les coquins! quand donc leur a-tron offert une meilleure comédie?» ce fut un enthousiasme sans exemple. La cabale était en déroute , et la Comédie iVotivelle consacrée par un succès prodigieux.
C'est encore aujourd'hui le vrai titre de gloire du poète; et quoique cette pièce ne souffre plus que difDcilement la représentation, par suite même des heureux changements dont elle a été la cause , elle sera , comme acte de justice nationale, rappelée en lettres d'or sur la statue que l'Espafote doit élever à Moratin !
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