LA QUELE DE LA COMÈTE DE 1861 ET LA TEIIRE
des volumineuses nébulosités qui constituent les queues. Mais il serait tout à fait invraisemblable de considérer la masse de ces nébulosités comme ayant une valeur appréciable. Quelles que soient les idées qu'on se fasse de leur nature, qu'on les regarde avec Cardan et certains savants de notre siècle comme de purs effets optiques, sans réalité matérielle , ou qu'on y voie les portions les plus ténues de l'atmosphère de la comète projetées par une force répulsive quelconque, il paraît certain qu'on n'a affaire, là, qu'à des quantités de matière extrêmement faibles et d'une densité encore plus faible. Il serait ridicule de parler de choc ou de tout autre effet mécanique ; mais il n'est pas tout à fait aussi évident que la matière des queues ne puisse produire sur notre globe, sur son atmosphère, des modifications sensibles.
Avant d'examiner ce qui arriverait si la Terre traversait la queue de quelque comète, il est naturel d'interroger les faits, et de demander si jamais uil événement de ce genre est réellement arrivé. Or, selon plusieurs astronomes contemporains, la Terre s'est trouvée, en effet, le 30 du mois de juin 1861, plongée quelque temps dans la nébulosité qui formait la queue la plus large de la grande comète de cette année. M. Valz, en donnant les éléments de la comète, ajoutait : « 11 en résulte que la comète , ayant passé par son nœud le 28,41 juin à la distance 0,132 de l'orbite de la Terre, celle-ci étant de moins de 2^ avant ce nœud, a dû se trouver comprise dans la queue couchée sur le plan de l'écliptique. » M. Lœvy, dans le Bulletin de F Observatoire du 12 juillet, disait de son côté : « 11 est probable que la Terre a touché la queue de la comète vers le 28 juin. » M. Pape, astronome de Berlin, penchait, au contraire , pour la négative , et ses calculs l'amenaient à conclure qu'il y aurait eu un million de lieues d'intervalle
iOG LES COMÈTES
entre la queue de la comète et notre atmosphère; mais, selon M. Valz, cela tenait à ce que l'astronome allemand n'assignait que S"" à la largeur apparente de la queue, tandis qu'il l'avait trouvée lui-même de 6% et que Secchî donnait même à l'appendice une largeur de 8**. M. Le Verrier, en présentant les éléments calculés par M. Lœ\7^ et M. Hind, ajoutait : « La Terre est-elle passée au travers de la queue de la comète ? Cette question, si simple en apparence, est, au fond, très-complexe. Les calculs sont compliqués et les données manquent pour la résoudre avec certitude. »
Dès le début, M. Hind se prononçait pour l'affirmative. Voici un extrait de la lettre que l'astronome anglais écrivait à ce sujet à l'éditeur du Times :
« Permettez-moi de porter votre attention sur une circonstance relative à la comète, et que j'ai oubliée quand je vous ai adressé ma coiùmunication datée du 3 (juillet). H paraît qu'il est non-seulement possible, mais encore probable que, dans la journée de dimanche, 30 juin, la Terre à traversé la queue de la comète à ime distance des deux tiers environ de sa longueur, à partir du noyau. La tête de la comète était dans l'écliptique à 6 heures après midi, le 28 juin, à une distance de 13600000 milles (6 100000 lieues) de l'orbite de la Terre , sa longitude viie du Soleil étant de 27 9M'. La Terre, à ce moment, était à 2*" 4' derrière ce point ; mais elle a dû y arriver peu après dix heures, dimanche dernier. La queue d'une comète est rarement un prolongement exact du rayon vecteur, ou de la ligue joignant le noyau avec le Soleil ; à son extrémité, elle décrit presque invariablement une courbe. D'après le degré de la courbure constaté le 30, et la direction de l'orbite de la comète, je pense que la Terre a très-probable-
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méat reQConti>é la queue île l'astre daus la matiuée de ce jour, ou bien elle se trouvait dans une région qui avait été balayée quelques instants auparavant par la substance coniétaire. »
M. Liais, qui observa la même comète au Brésil, est plus afiirmalif. Il base sou assertion sur ses propres observations, antérieures et postérieures an passage, sur la largeur et la direction de la queue de la comète, ainsi que sur les éléments de l'orbite calculés par M. Seeling. Nous n'entrerons pas dans les détails des calculs et de la discussion que
Fie. 76. — PuHge de la Terre dam la queue de la comèle de lS61,le 30 juin.
ce savant a donnés dans son ouvrage l'Espace céleste; mais nous en ferons connaître les résultats. D'après lui , nonseulement la Terre , mais encore la Lune aurait pénétré dans la queue de la comète, le 30 juin au matin ; et à 6 h. 12 m. de ce jour, notre globe s'y trouvait plongé à une profondeur de HO 000 lieues. Les figures 76 et 77 donnent, la première, la position de la comète dans le plan de son orbite au moment du passage de l'axe de la seconde queue par l'orbite terrestre ; la seconde, une section faite daus la queue perpendiculairement à cet axe. On voit dons
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une semblable illumination du ciel a été remarquée généralement sur la surface de la Terre, ce fait serait alors trèssignificatif. »
Voici, d'autre part, la note mentionnée sur le registre d'observation d'un autre savant anglais, M. E. J. Lowe, à Highfîeld House : « 30 juin. Lueur étrange, jaune. }ihos-
Fic. 78. — Qucac en ëvenUil de la grande comèle d» 18GI, le 30 juin.
|»Uoresceutè, que je prendrais pour nue aurore boréale s'il ne faisait pas encore si jour. » C'est évidemment le phénomène décrit par M. Hind; mais c'est toujours dans la même région de la Terre, et peut-être ne s'agit-il que d'une apparence toute locale.
La figure en éventail que présenta la queue de cette comète pendant la nuit du 30 juin au 1" juillet, c'est-à-dire à l'instant précis où aurait eu lieu le passage, se rattache, selon M. Liais, au fait lui-même, bicu qu'à notre sens on
puisse interpréter la divergence des rayons de la queue comme un simple efiFet de perspective. L'astre projetant sa queue vers la Terre, il est évident que la forme de Fappendice devait aller en s' élargissant considérablement à partir du noyau, quand même sa forme réelle eût été cylindrique et non conique. Voici, du reste, ce que dit à ce sujet M. Liais : « Ces rayons divergents, qui ont duré peu de temps et qu'on ne distinguait pas tout à fait jusqti'au noyau, ne seraient-ils pas des régions du pourtour qui devenaient visibles sous l'influence de lueurs électriques en quittant la direction de la Terre? C'est, au reste, probablement à des lueurs électriques éclatant entre les régions ténues de la queue, et la limite de notre atmosphère, qu'il faut attribuer la phosphorescence du ciel vue le même soir par M. Hind et par d'autres observateurs anglais. »
Babinet, dans une de ses piquantes notices scientifiques, rapporte, à propos de la grande comète de 1861 dont il vient d'être question, la conversation suivante : « Monsieur, les journaux disent que nous avons une comète. — Oui, madame, une très-belle comète; l'histoire de l'astix)nomie n'en a point enregistré de plus belle. — Qu'est-ce que cela nous prédit? — Rien du tout, madame. — Est-ce beau? — Splendide, madame; et, si voulez seulement sortir dans le jardin, vous la verrez. — Ah ! si cela ne peut faire ni bien ni mal, ce n'est pas la peine de se déranger. » La dame va se coucher. On me dira : « A quoi sert l'astronomie? » Elle sert à ce qu'en 1861 on aille se coucher sans crainte , même quand il y a une superbe comète. 11 n'en était pas de même il y a six cents ans et il y a trois cents ans. »
Nous avons vu que l'astronomie n'a pas encore produit cet effet sur tout le monde ; mais si la Terre a traversé, sans