HYPNOTISME SENS ET DESCRIPTION DE DIVERS PHÉNOMÈNES
Bien des choses attribuées autrefois au magnétisme ont pris plus récemment un nouveau nom, et s'appellent hypnotisme. Que les deux systèmes diffèrent l'un de l'autre, ce n'est pas absolument certain.
Le sommeil (uttvoç) est produit en fixant les yeux d'une manière continue sur un miroir, ou sur un objet brillant, ou sur la personne qui hypnotise, ou sur la personne par laquelle on a déjà été hypnotisé.
La personne hypnotisée fait tout au gré et sur les ordres de l'hypnotiseur. Des phénomènes de l'hypnotisme, les uns affectent le corps : l'insensibilité, la paralysie, la léthargie i. et la catalepsie, qui sont produites sur l'hypnotisé par "' l'hypnotiseur. D'autres n'affectent que l'imagination, comme l'hallucination, les suggestions orales, et choses semblables.
I Voy. CoNSALEZ : Eléni. de Philos, v. II, p. 515.
D'autres enfin consistent en des suggestions mentales, des intuitions claires ou des visions de choses secrètes, etc.
L'état d'hypnotisme cesse à la volonté de l'hypnotiseur, par exemple, lorsqu'il souffle ou respire sur la personne hypnotisée. Une fois rendu à lui-même, l'hypnotisé ne se rappelle aucun de ses actes, et il se sent las et fatigué.
Si à la personne hypnotisée on faisait une suggestion pour qu'elle accomplisse un acte plus tard, au moment fixé l'état d'hypnotisme revient, et elle fait la chose suggérée.
Q.uant aux phénomènes de l'hypnotisme, ceux qui sont indiqués dans le premier et le second ordre, bien qu'il ne semble pas facile de les expliquer, ne paraissent pas dépasser Tordre naturel ou les puissances de la nature. Si cet hypnotisme naturel est pratiqué pour une cause juste, d'une manière honnête et convenable, dans un but naturel, comme par exemple, pour la guérison d'une maladie, il n'est pas condamnable. Mais tout le monde peut voir que cet hypnotisme expose à de nombreux dangers pour la vertu et les mœurs, puisque la personne hypnotisée paraît être entièrement au pouvoir de l'hypnotiseur. Les phénomènes dont il est question dans le troisième cas, semblent dépasser l'ordre naturel ou les puissances de la nature; et, comme nous ne pouvons pa-s les attribuer à la puissance surnaturelle de Dieu ou des Saints, il ne reste qu'à les mettre sur le compte de l'action diabolique ; et, par conséquent, ne sauraient être permis. Je crois opportun, en traitant ce sujet, de citer quelques passages d'un volume écrit par le D' Cruise, médecin et bon catholique de Dublin ; ouvrage publié dans le Journal de la Science m'dicale de Dublin^ en 1891. Il y répond aux objections et donne quelques avis solides au sujet de l'hypnotisme.
14. DEUX CATÉGORIES D'OBJECTIONS HABITUELLEMENT FAITES CONTRE L'HYPNOTISME, PROPOSÉES ET RÉFUTÉES PAR LE D'" CRUISE, DE DUBLIN.
D'après cet auteur, tout à fait digne de confiance, les objections peuvent se ranger en deux catégories: (i) Celles qui sont d'un ordre physique, et (2) celles qui reposent sur des bases morales.
(i) Pour les premières, nous avons le témoignage d'hommes d'une grande expérience, tels que Liébault, Bernheim, Luys et Voisin, qui nous assurent que ces objections sont sans fondement.
S'il est arrivé des accidents, ce n'est qu'entre les mains d'hommes qui manquaient de science médicale et d'expérience. Autant que j'ai pu m'en rendre compte, on n'a jamais cité un cas dans lequel la santé d'un malade ait été compromise, lorsque l'hypnotiseur était un médecin habile.
En outre des objections sans fondement sur les dangers pour la santé du sujet, des gens irréfléchis ont soulevé un grand nombre de difficultés absurdes. On nous dit que l'hypnotisme n'est pas nouveau. Je l'accorde, et je rappellerais volontiers l'e lien commun des paroles de l'Ecclésiaste : « Qu'est-ce qui a été autrefois ? c'est ce qui se doit faire à l'avenir. Qu'est-ce qui s'est fait ? c'est ce qui doit se faire encore. Rien n'est nouveau sous le soleil.» Néanmoins il y a dans l'hypnotisme moderne un point de départ nouveau ; — c'est, par exemple, l'hypnotisme de Liébault, la combinaison de la suggestion avec la production du sommeil.
On nous dit encore que l'hypnotisme est incompréhensible. Ceci demanderait une réponse, si quelque autre chose
dans la science naturelle était compréhensible ; mais nous savons que rien ne l'est. La sonnerie d'une cloche électrique peut facilement se démontrer jusqu'au point où l'on nous demande, pourquoi un courant électrique, passant autour d'un morceau de fer, le change pour cet instant en aimant. De tout cela nous ne savons pas plus que nous ne savons pourquoi la terre tourne autour du soleil : — ainsi en est-il de l'hypnotisme.
On objecte aussi que l'hypnotisme n'est utile que dans les affections du système nerveux. Ma réponse est simple. D'abord, l'accusation n'est pas vraie ; puis, serait-elle vraie, que ce serait un grand point en faveur de l'hypnotisme, parce que, de l'avis de tous, ces affections mêmes sont les plus rebelles aux traitements de la médecine ordinaire.
(2) Passant aux objections qu'on peut faire contre l'hypnotisme au point de vue de la morale, je sens que je marche sur un terrain très-délicat. Il est hors de doute que c'est une affaire très-sérieuse d'abandonner notre libre volonté au pouvoir d'un autre, et de nous livrer^ pour ainsi dire, entre ses mains. Il n'en est pas moins vrai que nous consentons librement et sans hésitation à le faire tous les jours, lorsque nous prenons des anesthésiques, tels que gaz d'oxyde de nitrite, chloroforme, métylène ou éther. La raison pour laquelle nous ne nous effrayons pas, c'est que nous nous assurons toujours que nous ne nous livrons qu'à des personnes dans lesquelles nous avons pleine confiance: pourquoi la même précaution ne nous justifierait-elle pas en nous confiant, nous ou nos malades à l'hypnotisme ?
Même en accordant, — ce que je fais — que l'abandon de la volonté et de l'action dans l'hypnotisme, est plus grand que dans le cas des anesthésies ordinaires, la décision doit
être la même, et se résume en un seul avis: « Faites bien attention à qui vous permettez de vous hypnotiser. »
15. TROIS RÈGLES RENFERMANT LES PRÉCAUTIONS NECES- SAIRES DE LA PART d'UN HYPNOTISEUR POUR SE GARANTIR DE PÉCHÉ ET d'erreur.
Bernheim établit trois règles, qui renferment toutes les précautions nécessaires de la part de l'hypnotiseur. Citons les :
(i) « N'hypnotisez jamais un sujet sans son consentement formel, ou le consentement de ceux qui ont autorité sur lui.
(2) «N'endormez jamais, si ce n'est en présence d'un tiers, d'une autorité incontestée, qui puisse garantir la bonne foi de l'hypnotiseur sur le sujet. Ainsi, tout désagrément pourra être évité en cas d'accusation, ou soupçon de tentative qui ne serait pas pour soulager le sujet.
(3) « Ne communiquez jamais au sujet hypnotisé, sans son consentement, aucune autre suggestion que celles qui sont nécessaires pour sa guérison. Le médecin n'a pas d'autres droits que ceux que lui confère le patient. Il doit se borner à la suggestion thérapeutique ; toute autre expérience lui est interdite sans le consentement formel du patient, même quand ce serait dans l'intérêt de la science. Le médecin ne doit pas profiter de son autorité sur le patient pour obtenir son consentement, s'il suppose que l'expérience qu'il désire faire puisse avoir le moindre mauvais effet. »
« Persuadé, comme je le suis, que l'hypnotisme est une réalité, un puissant moyen de guérison, que ne saurait atteindre une critique ignorante et dénuée de fondement, je crois que c'est notre devoir, — un devoir impérieux, — de
LE PREMIER COMMANDEMENT l'^}
lui rendre justice et de ne point le laisser tomber entre les mains des charlatans. Suivant la manière de s en servir, il est bon Oïl mauvais. »
Le même auteur répond à Tobjection qu'on allègue quelquefois contre l'hypnotisme, que le sujet hypnotisé reste constamment sous l'empire de l'hypnotiseur, et peut être poussé par ses suggestions à agir criminellement. Cette idée, dit-il^ a été considérablement exagérée. Si des choses de ce genre ont eu lieu quelquefois, il faut que les suggestions aient été criminelles, — chose que nous devons éviter avec soin et de toutes les manières possibles. Et il ajoute : « Admis que des suggestion criminelles aient eu lieu (et nous savons où le mal réside), il y a des preuves qui démontrent évidemment que la conscience, même endormie^ comme elle l'est dans l'hypnotisme, n'est pas éteinte, et les suggestions mauvaises seront vaincues et repoussées, si la conscience du sujet hypnotisé s'y oppose. » Il donne deux exemples sur ce point ; je crois inutile de les citer, puisque sa conclusion est parfaitement claire, à savoir, que si des suggestions criminelles ont eu lieu quelquefois dans l'hypnotisme, — et elles ne devraient jamais avoir lieu, — il reste au pouvoir de la conscience endormie du sujet, quel qu'il soit, de les ^ accepter ou de les rejeter.
L'auteur conclut son article par ces paroles: « Après une étude de l'hypnotisme, aussi complète et soigneuse qu'on peut la faire par la lecture, j'en suis arrivé au doute et à l'étonnement, empreints d'une forte dose de scepticisme. Dans cette disposition d'esprit, je me suis rendu au centre des expériences qu'on en faisait sur une vaste échelle : j'ai vu par moi-même ce qu'il est, ce qu'il peut faire, et quels sont ses points faibles. Selon mon humble capacité, bien que
pressé par d'autres absorbantes et pénibles occupations, je Tai essayé moi-même sur une petite échelle, et avec des résultats très encourageants. Je vous ai dit les conclusions auxquelles j'avais été irrésistiblement amené. Que ceux qui voudraient condamner l'hypnotisme sans en avoir tenté l'épreuve, fassent comme moi, et qu'alors ils nous donnent connaissance de leur appréciation. »
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Le Premier Commandement
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