ET (2) QUELQUE AVANTAGE TEMPOREL
Au sujet de cette sorte de scandale, on demande si on doit omettre ou négliger (i) un bien spirituel, et (2) un bien temporel pour éviter de causer du scandale aux faibles ?
Pour ce qui est des biens spirituels^ il faut affirmer que ceux qui sont nécessaires au salut, ou ceux qu'on ne pourrait omettre sans péché, ne doivent pas être omis, parce que le prochain y trouverait une cause de scandale. Les biens spirituels, qui ne sont pas nécessaires, mais de conseil, n'ont pas à être omis ou différés si quelque utilité spirituelle, publique ou privée, devait par ce fait être perdue ou sacrifiée. Si on peut accomplir des actes de vertu, sans aucun préjudice, en secret ou à un moment postérieur, il serait peut-être bon d'éviter ainsi de scandaliser les faibles ; mais généralement parlant, la raison qui nous fait accomplir ces actes peut leur être expliquée ; on peut leur dire qu'il n'y a en telle action aucun péché, et alors, s'ils veulent s'en scandaliser, on ne peut l'attribuer qu'à leur malice ou à leur mauvaise tête.
En règle générale, nous ne sommes pas obligés de nous priver d'un avantage temporel parce que les faibles en
prendront scandale, surtout si cet avantage temporel est d'une grande importance. Par exemple, nous ne sommes pas tenus de donner à un conducteur de voiture plus que le tarif convenu, parce qu'il se laissera aller à des jurements et à des imprécations, si nous ne lui donnons pas davantage. Il y aurait là matière légère en soi ; et pourtant le mal pourrait devenir grand, si les conducteurs, aussi bien que d'autres, étaient amenés par là à proférer des imprécations et des jurements.
7. DANS LES CHOSES INDIFFÉRENTES NOUS DEVONS ÉVITER DE DONNER DU SCANDALE AUX FAIBLES
Dans les choses indifférentes, nous devons éviter de donner du scandale aux faibles. Monseigneur Hay s'exprime ainsi: « Quand une personne prévoit que les faibles se scandaliseront probablement de lui voir faire une chose qui a les apparences du mal, bien qu'elle soit réellement permise en elle-même : et que, par là, les faibles seront portés à commettre le péché et à blesser leur âme, l'amour de Dieu, dans ce cas, aussi bien que l'amour du prochain, font à cette personne une obligation de s'abstenir de cet acte qui aurait de si mauvais effets, ou de prendre toutes les précautions possibles pour empêcher ces effets. De fait, nous avons ordre de « nous abstenir de tout ce qui a quelque apparence de mal, » ^ et « d'avoir soin de faire le bien, non-seulement devant Dieu mais aussi devant tous les hommes. » = Saint Paul est d'une clarté remarquable sur ce point: « Jugez plutôt, dit-il, que vous ne devez pas donner à votre frère une occasion de chute
1 I ThESS. V. 22.
2 Rom. xi[. 17.
LE CINaUIÈME COMMANDEMENT 44^
et de scandale,... car si en mangeant quelque chose, vous attristez votre frère, dès lors vous ne vous conduisez plus par la charité. Ne faites pas périr par votre manger celui pour qui
le Christ est mort Observez ce qui peut vous édifier les
uns les autres. Que le manger ne soit pas cause que vous détruisiez Touvrage de Dieu. Ce n"est pas que toutes les viandes ne soient pures; mais un homme fait mal d'en manger, lorsqu'en le faisant il scandalise les autres. Et il vaut mieux ne point manger de chair, et ne point boire de vin, ni rien faire de ce qui est à votre frère une occasion de chute et de scandale, ou de ce qui peut l'affaiblir. » ^
Dans son épître aux Corinthiens^ il dit encore: « Prenez garde que cette liberté que vous avez, ne soit aux faibles une occasion de chute; car si l'un d'eux en voit un de ceux qui sont plus savants assis à table dans un lieu consacré aux idoles, ne sera-t-il pas porté, lui qui est encore faible, à manger aussi de ces viandes sacrifiées aux idoles? Et vous perdrez par votre science ce frère qui est faible et pour qui le Christ est mort. Or, péchant de la sorte contre vos frères, et blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre le Christ. C'est pourquoi, si ce que je mange scandalise mon frère je ne mangerai plutôt jamais de chair, pour ne pas scandaliser mon frère. ^ Telle était bien dans toutes les occasions la pratique de l'apôtre, comme le montre le passage suivant: « Ne donnez point occasion de scandale, ni aux Juifs, ni aux Gentils, ni à l'Eglise de Dieu, comme je tâche moi-même de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point ce qui m'est avantageux, mais ce qui est avantageux à
1 Rom. XIV. 13 etseq.
2 I Cor. VIII. 9 et seq.
plusieurs pour être sauvés. » ^ Notre Sauveur lui-même agit delà même façon, lorsque les collecteurs d'impôts vinrent lui demander de payer la taxe. Bien qu'il ne fût pas obligé de la payer, il fit cependant un miracle pour procurer la somme voulue, et il en donna cette -raison, « afin que nous ne les scandalisions point. » ^ Quelle différence entre l'exemple de saint Paul et du Christ et celui de tant de Chrétiens qui, voyant leur frère encore faible se scandaliser de ce qu'ils font, s'écrient: « Est-ce que cela me regarde? Je ne fais point de mal, qu'il s'arrange! » 3