l'adoration ou LE CULTE DE DIEU
Adoration signifie honneur rendu ou déféré à un supérieur reconnu comme tel, et auquel nous protestons de notre soumission. Comme acte de religion, l'adoration est un témoignage de l'excellence divine, accompagné de quelque acte de soumission de notre part, tel, par exemple, que de fléchir le genou devant le très saint Sacrement. Je prends ici le mot dans son sens rigoureux, pour l'acte suprême de latrie. C'est, selon l'expression des théologiens, un acte de la volonté, renfermant un acte de l'intelligence, qui perçoit la suprême excellence d'un être.
Division de V adoration. — D'abord l'adoration est intérieure OM extérieure. La première est celle qui est offerte à Dieu par des actes intérieurs de l'âme. Ce genre d'adoration est très agréable à Dieu, qui peut voir dans le secret du cœur; et on peut en faire usage souvent, en tout lieu et en tout temps. La seconde est celle qui se manifeste par des
signes extérieurs ou sensibles, tels que la parole, la génuflexion, la prostration; ce que voulait dire le prophète David, quand il s'écriait: « Venez, adorons le Seigneur et prosternons-nous devant lui. »
En second lieu, l'adoration, en raison de son objet, se divise en culte de latrie^ de dulie et àliyperdiilie. Le mot grec );a'cp£'>co, est le même queiyV sers^ ou fadore^ et il n'est usité par les écrivains catholiques, que pour exprimer le culte suprême ou divin. AouXluw est la même chose que je sers ou j'Iioîtore. L'adoration qui est offerte en raison de la grandeur incréée, s'appelle donc, culte de latrie; celle qui est offerte en raison de la grandeur créée, surtout en raison de l'excellence de la sainteté et de la gloire, reçoit des théologiens catholiques, le nom de dulie; et, quand la sainteté et l'excellence sont d'un ordre spécial et extraordinaire, telles que la sainteté et l'excellence de la Mère de Dieu, l'honneur ou l'adoration qui leur est due, que nous devons leur rendre, s'appelle hyperdulie^ — c'est-à-dire^ au-dessus du culte de dulie.
Enfin, il y a l'adoration absolue Qirelative. Elle est absolue^ quand elle est rendue à une ipersonne propter se^ c'est-à-dire, en raison de son excellence intrinsèque. Il n'y a que les êtres intelligents qui soient susceptibles de cette adoration. Elle est relative^ quand elle s'adresse à une chose, non pour ellemême, mais en raison de l'excellence d'une personne avec laquelle cette chose a quelque ressemblance, quelque rapport ou affinité: c'est l'adoration rendue aux images et aux reliques.
8. DIEU, ET DIEU SEUL, A DROIT AU CULTE DE latrie OU CULTE SUPRÊME
Le Dieu que nous devons adorer, a droit au culte de lairie^ au culte suprême. Le Dieu que nous devons adorer, est le Dieu unique en trois Personnes^ comme aussi chacune des trois Personnes de la sainte Trinité, parce que chaque Personne est Dieu.
Nous devons adorer Dieu, comme notre Souverain, notre Seigneur et notre Maître. La loi de la nature nous l'impose, parce que tous les êtres humains sont obligés de reconnaître la grande majesté de Dieu, et sa suprême domination sur toutes les créatures. Cette obligation est clairement énoncée par le premier commandement, et les paroles de notre divin Sauveur nous la rappellent encore: « Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. » ^
Ce culte d'adoration est rendu à Dieu, non seulement par les cérémonies publiques et liturgiques du culte qui s'accomplissent au nom de l'Eglise, par son autorité et selon ses rites, mais aussi par nos dévotions et nos prières privées, et même par nos actes intérieurs.
C'est le culte intérieur qui donne la vie à nos actes extérieurs. iMais nous ne devons pas en conclure que le culte extérieur est inutile, ou qu'il est dangereux et donne lieu à la superstition, comme ont osé le prétendre des ennemis hypocrites de la religion. L'homme, en réalité, dépend entièrement de Dieu, et pour le corps et pour l'âme: il doit donc rendre à Dieu l'hommage de son corps aussi bien que de son âme. C'est en joignant le culte extérieur au culte
I S. Mat. IV. lo.
intérieur que nous pouvons donner à Dieu le témoignage de notre entière dépendance. De plus^ il est impossible qu'une personne soit vraiment et sincèrement religieuse, sans le manifester de quelque façon extérieure. Nous devons montrer nos pensées et nos sentiments, surtout nos profonds sentiments religieux, soit par des paroles, soit par des gestes ou une attitude qui indiquent la supplication, la reconnaissance ou le repentir. Le culte extérieur est le moyen d'entretenir le culte intérieur, de le ranimer quand il languit: c'est, pour ainsi dire, le combustible qui le maintient et l'alimente. De là, nos prières publiques, nos processions, nos pèlerinages, nos missions, nos retraites, et toutes les autres formes extérieures du culte public et privé.
9. LE CHRIST DANS SON HUMANITÉ SAINTE A AUSSI DROIT AU CULTE DIVIN ET SUPRÊME
Le Christ, le Fils de Dieu, subsistant dans la double nature divine et humaine, est aussi l'objet du culte de latrie^ ou de l'adoration suprême, la même qui est rendue à la Très Sainte Trinité et à chacune des Personnes de la Très Sainte Trinité. C'est un dogme de foi : « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. »^ Et: « Afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. »= Nous lisons dans l'Apocalypse: « Je regardai encore, et j'entendis autour du trône, et des animaux et des vieillards, la voix de plusieurs anges; et il y en avait des milliers de milliers, qui disaient à haute voix: L'Agneau qui a été mis à mort est digne de recevoir puissance, divinité,
2 Philip, ii, 10.
sagesse, force^ honneur, gloire et bénédiction. » ^ Cette doctrine a aussi été définie par l'Eglise dans ses Conciles. (Ephes. c. 8, Lyon 7, c. 9, et Latran sous Martin I.)
La nature humaine du Christ, unie hypostatiquement au Verbe, a droit à la même adoration qui est rendue à la Divinité. C'est une conséquence de la doctrine qui précède; c'est aussi la croyance de la foi catholique, parce que la proposition contraire a été proscrite et condamnée par les cinquième et sixième Conciles Généraux. Il peut être utile de considérer les raisons de cet enseignement, (i) Dans le Christ, la nature de l'homme est toujours unie au Verbe ; par conséquent, elle ne doit pas en être séparée quand il s'agit de lui rendre honneur et vénération. (2) L'adoration ou le culte est toujours rendu à la personne; or, il n'y a qu'une seule personne dans le Christ, la Personne du Fils unique de Dieu, qui a toujours droit au culte suprême. Pour se faire une idée plus claire de cette doctrine, il est nécessaire de distinguer entre Vobjet et le motif àQ notre culte. L'objet est la sainte humanité du Christ, en tant qu'elle subsiste dans le Verbe divin, ou qui, au sens concret, est adorée directement et in se\ le motif est l'union hypostatique, ou l'excellence de la Personne divine, à laquelle la nature humaine est unie.
Nous adorons donc la sainte humanité du Christ parce qu'elle est unie au Verbe de Dieu par l'unité de personne; et, comme conséquence, nous adorons aussi chaque partie de cette sainte humanité, l'Ame du Christ et son Corps, son Cœur Sacré, son Précieux Sang et ses Cinq Plaies.
I Apoc. V. II, 12.
10. l'adoration du SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS EST LÉGITIME, ET ÉCHAPPE A TOUT REPROCHE DE SUPERSTITION
Le culte ou l'adoration du Sacré-Cœur de Jésus est pieuse^ et échappe à tout reproche de superstition, comme cela ressort certainement de la censure prononcée par Pie VI, dans la Bulle Auctorem fidei, contre les soixante-deux propositions du Synode de Pistoie.
L'objet de cette dévotion est le Cœur matériel ou physique du Christ. Le culte auquel il a droit, c'est le culte de latrie, à cause de la Personne Divine à laquelle il est uni . Les raisons spéciales ou les motifs qui autorisent cette dévotion particulière au Sacré-Cœur sont les suivantes: (i) Notre Divin Sauveur nous a montré son Cœur Sacré comme la source de ses affections, et comme l'exemple de ses vertus par les paroles : « Prenez mon joug, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » ^ (2) D'après l'usage des Ecritures et la manière ordinaire de parler, le cœur est le symbole de l'amour, et le Cœur Sacré de Jésus est le symbole de son immense charité pour nous. (3) Le Christ a voulu que son Cœur Sacré, comme ses Cinq Plaies, ait la principale part dans l'accomplissement de l'œuvre de notre Rédemption. (4) Chaque partie de la sainte humanité est hypostatiquement unie au Verbe; conséquemment le Cœur de Jésus est hypostatiquement uni au Verbe, auquel il appartient, dont il ne peut être séparé : dès lors, il est digne de nos adorations, de notre culte et de notre amour. Car l'amour dont il est enflammé pour nous, est l'amour d'un Dieu; la douleur qu'il
I Manuel de la dévotion au Sacré-Cœur^ par le P. F, Gautrelet, s. j.
ressent à cause de nos péchés, est la douleur d'un Dieu ; la douceur, la patience, Thumilité, l'obéissance que nous admirons dans le Cœur de Jésus, sont les vertus d'un Homme-Dieu ; les humiliations, les outrages, l'ingratitude dont il est l'objet s'adressent à une Personne divine. Il s'en suit également que les honneurs que nous rendons à ce Cœur divin, le culte, les actes de réparation et d'amour que nous lui offrons^ vont réellement à la Personne divine.
Ce que nous disons de l'adoration du Sacré-Cœur de
Jésus, s'applique aussi à l'adoration du Christ dans la sainte
Eucharistie, puisque ce Sacrement contient le vrai Corps et
•le vrai Sang du Christ, avec son âme et sa Divinité réellement
présents sous les saintes espèces.
II. LE culte" QUI DOIT ÊTRE RENDU AU SAINT NOM DE JESUS A LA SAINTE VIERGE, AUX ANGES ET AUX SAINTS
Le saint Nom de Jésus doit être honoré, non pas d'un culte de latrie absolu, mais seulement relatif, parce que ce nom sacré ne peut que nous montrer ou nous rappeler le Christ. Il faut en dire autant des images et des objets qui le représentent.
Quant à la sainte Vierge, nous lui devons un culte iVliyperdnlie.
Aux Anges et aux Saints nous devons les honneurs de diilie, — les honneurs absolus de ce genre. Mais les offices publics, ou l'adoration publique de l'Eglise (cnltits) ne doivent pas s'adresser aux Saints, s'ils n'ont pas été canonisés ou béatifiés par une décision ou un jugement définitif du Souverain Pontife.