Chuquet, IV
du thé; les principes de justice et d'humanité sont bons en théorie et dans les livres des philosophes; mais dans la pratique il,faut d’autres moyens pour opérer, il faut avoir des coupe-jarrets à gage.» Ils poussèrent à tous les excès cette populace de Liège que Dumouriez regarde comme la plus dangereuse de l’Europe, après celle de Paris et de Londres. Sous leurs auspices, et à la voix des émissaires jacobins, se fonda dans le couvent des Cordeliers un club de sans-culottes qui tint tête à la société des Amis et de la liberté de l'égalité, à la:municipalité, à l'administration provisoire. Quiconque refusait d’appartenir à ce club, était traité d’aristocrate. Les Fabry, les Chestret perdirent confiance et crédit. Liège vit les mêmes désordres que Bruxelles. Les sans-culottes faisaient des visites domiciliaires et emprisonnaient les suspects. Les vengeances privées se donnaient carrière. »
Dans la partie militaire de leurs opérations, nous nous contenterons de signaler un incident significatif des rapports entre les commissaires de la Convention et ceux du conseil exécutif provisoire.
Par un arrêté du 14 février 1793 (1),ils suspendent un commissaire national (c’est-à-dire un commissaire du conseil exécutif provisoire), nommé Cochelet, pour son imprudence à signer des ordonnances de paiement et parce qu'il a délégué de pleins pouvoirs à son secrétaire. Le 26 février, ils prononcent la destitution définitive de cet agent de l'exécutif après l'avoir entendu et en avoir avisé la Convention. Le 3 mars, Cochelet comparaît, nôn
1Aulard, 11/1125:
devant son chef direct, le conseil exécutif; mais devant la Convention où, grâce à un discours habile, il parvient à se disculper et à prouver sa bonne foi.
Le conseil ne le reçoit que le 4 mars, et se conformant au décret de la Convention, le renvoie au comité de la guerre désigné pour juger sa conduite.
C'est à cette époque que nous subissons nos premiers revers en Belgique. Danton et Delacroix rentrent à Paris le 7 mars et se rendent au comité de Défense générale, pour y proposer différentes mesures. On présente un projet de décret tendant à faire nommer des commissaires pour le recrutement dans les départements; il leur serait donné pleins pouvoirs (1). Le 8, Danton et Delacroix font leur rentrée à la Convention. Danton propose l’envoi d’une grande mission dans la France entière (2). Mais Robespierre : « Il faut que l’exécution des-lois soit. confiée à une commission « fidèle », d’un patriotisme épuré. « Il nous faut un gouvernement dont toutes les parties soient rapprochées. Il existe entre la Convention et le Pouvoir exécutif une barrière qu’il faut rompre parce qu’elle empêche cette liberté d’action qui fait la force du gouvernement. Le Conseil exécutif, presque isolé, communique avec vous non pas seulement au moyen des comités, mais par tel ou tel individu plus intimement lié avec tel ou tel ministre. Les comités se saisissent d’une affaire; sur leurs rapports vous prenez des décisions précipitées.. »