Ilisloriens de France^ t. XV, p
l'église et le mouvement communal. 249
venger d'une manière éclatante l'injure de l'Église laonnaise, non seulement en punissant les rebelles dans leurs corps et dans leurs biens, mais en abolissant « celte constitution de la cité qui permettait aux bourgeois de commettre de pareils excès au cri de: Commune! commune*! » Il alla jusqu'à rappeler (ce qui était remonter un peu loin) le crime commis, deux cents ans auparavant, par les ancêtres des bourgeois actuels, ces meurtriers sacrilèges qui avaient scellé du sang d'un évéque la fondation de la commune de Laon.
On pourrait multiplier ces exemples. Ils suffisent à prouver que la cour de Rome accueillit le plus souvent avec défaveur les soulèvements et les revendications de la bourgeoisie. Cependant on ne peut dire que l'hostilité des papes se soit manifestée d'une manière continue et qu'ils aient toujours cherché avec empressement les occasions de sévir contre la société populaire. La souplesse de la politique romaine ne comporta jamais l'application absolue des principes. On vit des souverains pontifes, sinon donner ouvertement tort au clergé local, ce qui était difficile, du moins résister à son appel et soutenir même, quelque temps, la cause des gens de commune. Le pape Alexandre III, en 1164, paraît avoir protégé les bourgeois de Chàteauneuf de Tours contre le chapitre de Saint-Martin^En 1185, le pape Luciuslll défendit au chapitre de Noyon de lancer l'interdit sur la ville, ce qui arrivait toutes les fois que les chanoines se prétendaient lésés par la commune. Dans leurs démêlés avec les seigneurs ecclésiastiques, les bourgeois ne craignaient pas toujours de faire appel à la justice pontificale. Ainsi agirent les communiers de Laon en 1214. Les bourgeois de la Rochelle obtinrent du pape Honorius III la réforme d'une certaine coutume en matière matrimoniale. Un autre pape, au commencement du xiii« siècle, confia à l'évêque d'Arras la conservation des privilèges du maire et des échevins de la ville de Laon.
De tels faits sont exceptionnels et ne prouvent rien contre les habitudes constantes de la curie romaine, attestées par