‹ Les compagnons de la Truelle piece populaire, melee de chant en trois actes et neuf tableauxChapitre 44 sur 106 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, MORIN.

(Moriu entre par la gauche et écoute, sans sc faire voir d’abord.)

LAMBERT, continuant *.

Je dis que c’est tous ces messieurs-là qui nous barrent le chemin. Si tous les ouvriers actifs, intelligents, travailleurs pouvaient avoir leur place au soleil, chacun aurait sa part... et, sans façon, ce luxe et ce bien-être m’iraient tout aussi bien qu’à vot’ M. Morin.

Tu es fou !

MORIN, descendant au milieu .

Et moi, je dis qu’il a raison.

GUILLAUME

M’sieu Morin !

LAMBERT, ôtant vivement sa casquette.

L’architecte !

MORIN

Oui, certes, tous les ouvriers actifs, intelligents, travailleurs, tous ceux enfin, qui se donnent du mal pour arriver, doivent avoir, comme dit ce garçon, leur place au soleil, et, comme je pense bien que ce compagnon-là jalouse un peu mes richesses, comme je ne doute pas qu’il ne mérite autant que moi, plus que moi-même, peut-être, les faveurs de la fortune, moi, qui ne suis pas égoïste, je 11 e demande pas mieux que de 1 ’associer à mes entreprises... ■ ,

GUILLAUME

L’associer à»vos entreprises?

MORIN

Pourquoi pas? S’il a du mérite, il a droit à une position égale à la mienne. Et, comme il est du devoir de chacun de s’entr’aider dans la vie, je veux être son appui, 9on protecteur...

* Mor. Guil. Lam.

** Guil. Mor. Lamb.

LAMBERT

Comment, Monsieur!

MORIN, qui est allé à la table et qui y prend un papier .

Tiens, mon garçon, voici un relevé que je suis obligé de faire... pendant cjue je vais causer avec Guillaume; obligemoi donc de me dire combien il a dû entrer de mètres cubes de meulière dans le grand égout collecteur qui va de la barrière Montmartre à la Seine. (Montrant d'autres papiers à Lambert.) Ci-joint la coupe et le plan de ce travail. Assieds-toi ! (il le fait

asseoir devant la table et lui remet les papiers.)

LAMBERT, un peu interdit **.

Combien de cubes qu’il y a...

GUILLAUME

Oui, combien de cubes...

MORIN, se retournant vers Guillaume.

Père Guillaume, je vous ai fait venir pour notre petit compte arriéré...

GUILLAUME

Oui, pour les travaux de votre hôtel de la Cliaussée-d’Antin?

MORIN

Précisément.

Oh ! ça n’était pas pressé.

MORIN

Au contraire... Je sais que vous faites de l’entreprise... Je ne vous en blâme pas... Vous devez avoir besoin d’argent... Voici un bon sur la Banque, vous pouvez aller toucher... (il

lui remet le bon.)

GUILLAUME

Grand merci, m’sieur Morin, ça n'est pas de refus... parce que, lorsqu’on est dans les affaires... (il se rengorge.)

MORIN, retournant à Lambert:.

Eh bien, mon garçon, avances-tu?

LAMBERT

Pardon, excuse, Monsieur... mais, pour faire un pareil calcul, il faudrait savoir... (Guillaume remonte et passe à droite.) MORIN, souriant.

L’algèbre?.. Et tu ne sais pas l’algèbre?.. Eh bien! laissons les calculs algébriques et causons simplement du métier, (u

prend un autre plan.) ^

LAMBERT

Ah! j’aime mieux ça... (il va pour se lever.)

MORIM, le faisant rasseoir

Non, reste.

* Guil. Lafnb. Mor.

** Guil. Mor. Lamb.

*** Mor. Lamb. Guil.

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