ZIZINE ET MADELEINE
De la justice ?
LAMBERT
Oui, je viens de chez un juge instructeur, parce qu’il paraît qu’on a fait une enquête à propos de mon accident. On prétend que la corde a été coupée... Mais, comme je leur ai dit, dans le bâtiment, des cordes qui se coupent, ça se voit tous les jours... ca dépend d’une arête de mur, et si ce mur est en briques, le frôlement coupe la corde... et -patatras, bien le bonsoir, les voisins! ça se voit tous les jours.
MADELEINE
C’est égal, ce qui peut être l’ effet du hasard peut bien aussi être le fait d’une méchanceté, d’une vengeance particulière...
LAMBERT
Ah! grand Dieu! et de qui donc?,. En fait d’ennemis, je
* Mad. Lamb. Ziz.
TABLEAU VI j SCÈNE II. 61
ne m’en connais pas... c’est-à-dire si... j’en ai un... et encore, c’est pas un ennemi, c’est un rival... et voilà plus d’un mois qu’il est parti pour Saint-Germain, auprès de sa tante, qui s’en va... une tante riche, à ce qu’on m’a dit. Etd’abord, avant tout, il est bon de constater, comme je l’ai dit au juge instructeur, il est bon de constater qu’il n’y avait personne sur le toit; toute la coterie était partie à la barrière; j’étais resté tout seul au bâtiment avec Andoche, qui me montait une truellée de plâtre, au moment où j’ai fait le grand saut du tremplin... (.Madeleine fait un mouvement, comme si elle éprouvait uu frisson.)
MADELEINE
Oh! ne parlez donc pas de ça!
Eh ben! quoi, c’est Uni! pas une égratignure ! . . Ab! si vous saviez comme je bénis cette aventure-là!
MADELEINE
Par exemple !
LAMBERT
Oui, que je la bénis ! Sans elle, est-ce que j’aurais su tout ce qu’il y a de dévouement dans le cœur des femmes?
ZIZINK.
Ob! oui qu’on ne sait pas tout ce que nous avons au lin fond du cœur!
LAMBERT, prenant la main de Madeleine.
Avez- vous été assez bonne pour moi!., (u lui baise la main.) Je vous vois encore, toute pâle et frémissante, quand on m’a remonté ici ! Ab ! (il lui baise de nouveau la main.) '
Dites donc, assez de baisers comme ça, si ça vous est égal... hein? Moi, voyez-vous, je n’ai jamais pu entendre roucouler deux pigeons, sans que ça me produise un effet... ainsi, contenez -vous... et respectez mon isolement.
LAMBERT
Rassurez-vous, Andoche va venir.
ZlZlftE.
Ah ! oui, avec ça qu’il est galant, vot’ garçon! depuis que vous avez fait le saut du tremplin, comme vous dites... 11 fait le sot tous les jours, lui.
Parce qu’il ne gâche plus... Voyez-vous, ce garçon-là... le plâtre est son élément... je l’ai surpris quéque fois embrassant ma truelle, et pressant son auge sur son cœur.
ZIZINE, indignée.
Amoureux d’une auge ! mais c’est pas dans la nature, ça !
MADELEINE, riant.
Oh! il deviendra un fameux xnaçon, si on ne l’arrête pas?
LAMBERT
Il a le goût du moellon... il veut arriver, et il arrive ra!...
C’est comme moi... depuis que le médecin m’a défendu de regrimper sur l’échafaudage, de crainte des éblouissements, j’ai pas perdu mou temps, allez! J’ai profité de mes quinze jours de repos forcé pour lire un gros livre concernant l’architecture, j’ai copié des plans, et j’ai commencé à suivre un cours aux arts et métiers, où je compte bien retourner, pour utiliser mes soirées à l’avenir... Enfin, Madeleine, je. veux vous offrir un mari... auquel on ne puisse pas dire un jour : faites vos murs, vous n’ètes bon qu’à ça!
MADELEINE
C’est très-bien, mais, comme vous devez être fatigué, vous allez prendre du repos... Rappelez-vous l’ordonnance du médecin.
LAMBERT
Le médecin?., connais pas! (Le père Guillaume entre par le fond.)