THÉORIE MÉCANIQUE
Après phrénicectomie, le diaphragme paralysé s'élève dans la cavité thoracique. L’estomac qui lui est solidaire, l'accompagne, puis se distend. Quelque temps après, le diaphragme a terminé son ascension: il s’immobilise; il perd son jeu qui était pourtant si utile à l’évacuation du contenu stomacal. Diminué dans sa tonicité et son élasticité, à chaque inspiration il est refoulé vers le thorax par les autres organes abdominaux ; il favorise ainsi l’atonie et la dilatation
gastriques préexistant si souvent chez les tuberculeux hypochlorhydriques, à tissus relachés. Et comme les dilatés de l'estomac sont fréquemment des aérophages qui avalent de l'air pour faciliter l'évacuation de l'organe, il ne faut pas s'étonner des impressions de distension gastrique qu’ils présentent après les repas.
Cette explication peut s'adresser aux petits troubles gastriques survenant après phrénicectomie. DerscuEIp et TOUSSAINT, BONAFÉ et POULAIN accusent le changement de position et de tension des ligaments péritonéaux de l'estomac, lorsqu'il s’agit de troubles graves. En effet, comme nous l’avons vu au chapitre d’anatomie, l'estomac est fixé à quatre endroits: par le ligament phréno-gastrique situé sur sa face postérieure, par l’œsophage qui le retient au niveau des piliers diaphragmatiques, par Îles vaisseaux de la petite courbure et par le duodénum. Or, après la phrénicectomie, le diaphragme paralysé remonte surtout au niveau de sa partie antérieure, autrement dit sa grande courbure et sa face antérieure sont remontées et attirées en avant, ce qui explique la torsion, le volvulus de l'estomac.
Les auteurs signalent de nombreux faits en faveur de cette théorie mécanique. J.-H. Hourter et J.G. VAIDIE de Leysin rapportent l'observation suivante: « Un malade subit une phrénicectomie gauche. Quelque temps après on note une forte ascension du diaphragme avec apparition de troubles gastriques. Cependant, au bout de quelques mois la phrénicectomie n'a pas amélioré l’état pulmonaire; on tente alors un pneumothorax. Du jour au lendemain, peut-on dire,
après l’établissement du pneumothorax, tout rentra dans l’ordre: les troubles digestifs disparurent, le diaphragme ayant subi un léger abaissement à la suite du pneumothorax ».
De plus, BERNOU et THIBAULT ont observé la disparition des troubles digestifs, lorsque le diaphragme eut, dans certains cas, récupéré sa position antérieure et sa mobilité.
On ne peut donc nier la valeur de cette théorie mécanique. Cependant, dans certains cas, le diaphragme est peu surélevé et les troubles gastriques consécutifs à l’opération sont nets. D’autre part, lorsqu'il s’agit de troubles après phrénicectomie droite, le diaphragme ectopié n’entraine jamais l'estomac à un tel point que l’on puisse incriminer ici ce facteur mécanique.
Cette théorie, acceptable pour certains cas, est donc nettement insuffisante pour d’autres cas que nous essaierons d'expliquer par la théorie sympathique.