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descendirent dans les jambes. Très intenses elles arrachaient des cris au patient. En même, temps, la force musculaire des membres inférieurs diminua et cet homme qui jusques-là marchait très facilement et sans aucune gêne fut obligé de se servir d’un bâton. Il fut d’ailleurs impossible d’avoir sur cette parésie des renseignements détaillés de savoir si elle était flasque ou à tendance spasmodique. La sensibilité à cette époque était absolument normale mais d’après lui, les membres inférieurs avaient beaucoup maigri durant ces trois mois.
La deuxième phase commença le 3 octobre 1909. Ce jour-là, à 4 heures, il s’était assis sur une chaise quand il fut pris d’un seul coup d’une horrible douleur. Il lui semblait ressentir dans les membres inférieurs la décharge d’une forte machine électrique. Dès le premier moment, les membres inférieurs furent absolument paralysés et devinrent insensibles. Le malade fut placé dans son lit par des voisins, au bout d’une demi-heure les phénomènes douloureux disparurent, mais depuis ce moment l’impotence fut absolue et il entra le 6 octobre à l'Hôpital Broussais, dans le Service de notre Maître, le Professeur Gilbert.
On se trouvait en présence d’un homme de 64 ans, l’air affaibli et un peu sénile, parlant d’une voix faible et étouffée. L'état psychique était normal. La force musculaire des membres supérieurs était un peu diminuée au prorata de l’état général, les muscles en étaient grêles, les mouvements du tronc étaient libres. Par contre, les muscles des membres inférieurs et de la ceinture pelvienne étaient le siège d’une paralysie flasque complète et absolue et ne pouvaient ébaucher le moindre mouvement. Les masses musculaires, molles et amaigries avaient perdu tout leur tonus, on imprimait aux articulations des mouvements de grande extension. Les réflexes tendineux élaient abolis aux membres inférieurs et conservés aux membres supérieurs. Les réflexes crémastériens et abdo-
minaux avaient disparu. L’orteil ne réagissait pas à l’excitation plantaire. L’incontinence urinaire et fécale existait au début, puis fut remplacée par de la rétention.
Les troubles de la sensibilité étaient considérables. La sensibilité superficielle au tact, à la piqûre et à la chaleur était abolie jusqu’à une ligne horizontale allant de l’appendice xiphoïde à l’apophyse épineuse de la IT° dorsale. La démarcation était très nette, comme tranchée au couteau, sauf aux confins de la colonne. Le sens articulaire était complètement aboli aux membres inférieurs. On ne notait aucun trouble des sensibilités spéciales. Les pupilles réagissaient normalement. L'examen des appareils viscéraux ne dénota rien de spécial, l’urine ne renfermait ni sucre, ni albumine.
Déjà très faible à son entrée, le malade déclina très rapidement. Son examen devint de plus en plus malaisé, une escarre qu’il portait au sacrum s’étendit et se creusa, et le 12 octobre la mort survint après une courte agonie. La deuxième phase n’avait donc duré que six jours.
Le diagnostic porté avait été celui d’hématomyélie. On avait malheureusement négligé l’examen du sang.
L’autopsie devait montrer l’erreur commise.
L’examen des viscères permit d'emblée de reconnaître la leucémie. Au point de vue macroscopique la rate était très volumineuse et remarquablement ferme. Elle pesait 476 grammes. Le foie mou et gras pesait 2.075 grammes et semblait normal à la coupe, par contre, les reins étaient volumineux et parsemés de néo-formations blanchâtres dont le volume variait de celui d’un pois à celui d’une petite bille. Les deux reins en contenaient une douzaine, elles n'étaient nullement encapsulées et semblaient intimement confondues avec les éléments du parenchyme rénal.
Les poumons étaient normaux mais le gauche portait plaquée contre le hile et en plein médiastin une masse dure, grosse comme un œuf et unique.