‹ Les complications nerveuses de la rougeoleChapitre 24 sur 36 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

(BERTRAND et CHAILLY)

Soldat de 21 ans.

Trois semaines après, une rougeole : douleurs dans le bras droit, dont l'élévation au-dessus de l’horizontale devient bientôt impossible.

L'examen montre qu'il s’agit d’une paralysie du grand dentelé droit compliquée de paralysie du trapèze et du chef postérieur du deltoïde.

L'examen électrique a montré que si le grand dentelé droit

= One

était complètement dégénéré, le trapèze était lui aussi en voie de dégénérescence.

Comme on ne trouvait, dans l’étiologie de cette paralysie, ni traumatisme, ni fatigue locale, ni rhumatisme, ni froid, ni hystérie, les auteurs la rapportent à l'infection rougeoleuse, d'autant que des paralysies du trapèze ont été observées après d’autres maladies infectieuses, typhoïde, diphtérie.

OBSERVATION XXXI (MorqQuIo)

Enfant de 9 ans; rougeole normale sans complications. Immédiatement après le cinquième jour : phénomènes nerveux : syndrôme méningé radiculaire et polynévritique, avec douleurs spontanées paroxystiques. Ensuite aggravation avec apparition de la douleur aux bras, troubles de la déglutition et troubles cardiaques, faisant craindre une marche ascendante.

Puis, peu à peu les phénomènes régressent et, en moins de deux mois, guérison complète.

CAHABEETROLIT

ÉTIOLOGIE

Les complications nerveuses de la rougeole par rapport à la fréquence de cette maladie, sont une rareté ; Cependant, ces dernières années, on en a rapporté de nombreux cas. Divers auteurs (WILSON, FINKELSTEIN) en ont fixé le pourcentage, qu’ils évaluent à environ 0,4 %. Dans une statistique portant sur 5.940 cas de rougeole vus entre 19005 et 1925, FINKELSTEIN ne trouve qu’une trentaine de complications nerveuses. En 1928, FoRD a réuni dans toute la littérature médicale 113 cas, auxquels il ajoute 12 observations personnelles. GREENFIELD dit n’observer qu'un ou deux cas par an et par million d’habitants. Van BOGAERT en réunit 168 en 1032.

I1 faut noter que l’apparition de ces complications revêt un caractère épidémique; ainsi de nombreuses observations ont été faites à la fin du x1x° siècle, puis nous trouvons un intervalle libre, pour retrouver depuis 1920 une nouvelle floraison d'observations.

La rougeole étant une affection de la seconde enfance, c’est surtout entre 2 et 13 ans que se recontrent la plupart des cas d’encéphalite; cependant, ces

dernières années, on a vu plus fréquemment ces complications survenir chez des adultes (DE LAVERGNE, Le GUARREC, BEUTINER, LEMIERRE); il semble donc que, étant donné la moindre fréquence de la rougeole chez l'adulte, le poucentage des accidents nerveux soit plus grand.

Le sexe est indifférent.

Le début des accidents a lieu du deuxième au huitième jour ; dans 80 % des cas à la fin de la période éruptive ou au début de la convalescence, alors que l'affection paraît devoir guérir rapidement. Cependant les encéphalites survenant au stade prodromique, avant toute éruption, ont été signalées (LusT, Bors- SERIE-LACROIX et MALAPLATTE, PUIG, Van Bo- GAERT). Nous verrons plus loin l'importance pathogénique de ces accidents précoces.

Les rougeoles au cours desquelles ces complications apparaissent n’ont pas de caractère particulier. L’intensité de l’éruption joue-t-elle un rôle? I] semble que non. Toutefois certains auteurs ont publié des cas survenant au cours de rougeoles graves ou même hémorragiques, avec éruption très vive. Ainsi ALLYN, en 1891, aurait vu 3I cas compliqués de paralysies ou d'accidents nerveux sur 41 rougeoles hémorragiques. Pour la majorité des auteurs, on les voit le plus souvent à la suite d’un exanthème fruste (Van BOGAERT) ou même sans éruption; à ce sujet, DAGNELIE se demande si « ces encéphalites d’apparence primitive peuvent apparaître chez des enfants atteints de fièvre éruptive, mais chez lesquels l’érupton ne se produit pas ». L'observation de cas d’encé-

phalite survenant sans exanthème dans le voisinage de rougeoleux a suggéré l'hypothèse d’une réaction allergique.

Divers auteurs ont invoqué comme causes favorisantes des tares nerveuses, l'alcoolisme, une hérédité familiale, et il semble bien que certains individus présentent une débilité nerveuse qui les prédispose plus facilement que d’autres à faire des accidents de cet ordre. KOUSMINE et Van BOGAERT citent des observations de complications nerveuses survenant chez des enfants atteints antérieurement de fractures du grâne, alors que celles-ci ont semblé guérir sans aucune séquelle.

La prédisposition héréditaire ou familiale semble jouer un rôle important dans certains case LE GUAR- REC cite l'observation d’un soldat de 21 ans atteint de rougeole, qui fit une paralysie faciale gauche et des troubles de l’accommodation dont il guérit d’ailleurs complètement. Or, ce malade avait présenté antérieurement, au cours d’une scarlatine, des phénomènes identiques avec aphasie motrice. JAMES LucAS a vu une femme de 23 ans atteinte d’encéphalite postmorbilleuse, neuf ans après une encéphalite postvariolique; il conclut: il y a donc manifestement, dans quelques cas tout au moins, une sensibilité particulière du système nerveux, sensibilité héréditaire ou constitutionnelle vis-à-vis des ectodermoses. De même l’on connaît (Van BOGAERT) des familles chez lesquelles plusieurs membres ont présenté des accidents nerveux au cours de diverses infections.

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