‹ Les concessions au Congo françaisChapitre 6 sur 10 · fr · texte numérisé non relu

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Ces 446.000 francs représentent environ le 75 0/0 du capital. Défalquons le service des intérêts du capital à 10 0/0, il reste, bénéfices nets 65 0/0.

Cette petite exploitation aurait environ une durée de deux ans, comme celle que j'ai entreprise, ou à peu près; elle produirait donc un rapport annuel d'au moins 30 à 35 0/0 du capital.

Il résulte de ces chiffres que les actionnaires seraient dès la première opération remboursés du capital versé, soit 600.000 francs. Les bénéfices de cette exploitation pourraient

être employés à la constitution partielle du capital d'une nouvelle entreprise.

A la seconde opération, tout serait gain pour les actionnaires, capital et bénéfices, qu'ils pourraient à nouveau et indéfiniment réengager, à moins de faire une œuvre utile et pour la colonie et pour eux, en fondant Texploitation agricole dont nous parlons plus loin, dans les régions explorées par leurs agents, et où ils auraient par conséquent toutes chances d'aboutir Par là, ils aideraient la Société commerciale par la Société agricole qui lui fournirait ses produits et alimenterait ainsi indéfiniment son commerce.

Nota. — H est inutile de faire remarquer que ces petites iptrepriscs pourraient réussir avec des capitaux beaucoup moins considérables, soit 80 à à 100.000 francs. Le chiffre d'afTaires serait moins grand, mais les bénéfices ne le seraient pas moins, proportionnellement.

l 3 Petite exploitation agricole.

1"* Elle est la hase et le but de toute exploitation eoloniale. — Nous arrivons enfin ici à notre vrai but, le terme de toute activité coloniale, c'est-à-dire la mise en valeur des terrains acquis. Tant vaut cette mise en valeur, tant vaut la colonie elle-même. On Ta dit souvent : il est bien inutile d'étendre démesurément les possessions d'outre-mer, si on ne les met pas en valeur. La France ne sera pas « la plus grande France » parce qu'étendant démesurément son bras, elle soumettra des territoires de plus en plus considérables, mais bien parce qu'elle en fera des con-r trées prospères et de rapport sérieux et y répandra ses idées civilisatrices de bien-être, de paix et, disons le mot, dont on abuse tant, mais pour l'Afrique, si bien à sa place, de liberté, du moins autant que ces peuplades peuvent en supporter le fardeau.

Au fond, si nous avons étudié l'économie d'une Société commerciale qui peut être prospère au Congo, si nous avons étudié les moyens de relever la prospérité si compromise des Sociétés

concessionnaires, c'est dans le seul but que nous nous sommes toujours proposé et nous proposerons toujours, but qui est la réussite de l'exploitation agricole dans nos colonies, dont ces Sociétés peuvent être des facteurs importants et môme nécessaires.

Nous voulons certes Texpansion coloniale Irançaise, aussi loin qu'elle peut s'étendre sans léser les droits de Thumanité. Mais si nous voulons voir se créer la plus grande France au point de vue territorial, nous voulons encore bien davantage voir la France devenir plus grande par la richesse, le relèvement et la grandeur morale des peuples qui lui sont soumis, comme le lui commandent ses traditions, et comme Ty porte son génie.

La France est sortie de la richesse de son sol, elle veut qu'il en soit de même de ses colonies.

C'est pourquoi la petite exploitation agricole nous tient plus à cœur que la prospérité des Compagnies commerciales ou concessionnaires; car c'est d'elle que dépend prati(iuenient la culture et la mise en valeur de tous les endroits fertiles du Congo, qu'ils soient cédés |)ai' le Gouvernement ou achetés aux Compagnies concessionnaires, qu'ils soient sur le bord des fleuves ou des rivières, ou (ju'ils forment des ilôts isolés au milieu des plateaux ferrugineux.

Il n'en est pas moins vrai que l'exploilalion commerciale doit précéder l'exploitation agricole qui en serait pourtant la raison. Ce serait à la première qu'incomberait l'exploration des lieux propices à la culture où la seconde fixerait ses établissements, et par la suite, la Société agricole alimenterait de ses produits la Société commc^rciale qui les écoulerait.

2" Espèces de culture possibles aciueUemeni, — Tout d'abord, je ne vois de possible pour la petite exploitation agricole que la culture du caoutcliouc et peut-être de la gutta-percha. Et cette double culture ne pourrait se faire qu'à proximité des .voies lluviales, à cause des frais et des dinicultés de transport, pistes, routes, etc., frais que ne pourrait supporter une petite Société agricole, telle que nous l'entendons.

3° Lieux propices .: bords des voies lluviales. — Mais comment

obtenir cet emplacement avantageux près des voies fluviales dans des pays dont près de la moitié a été concédée à de grandes Compagnies? Voici : le Gouvernement par une sage prévoyance dans le cahier des charges, s'est réservé le droit d'accorder à qui il voudrait et quand il voudra des concessions, pouvant aller jusqu'à 10.000 hectares, si elles sont octroyées par le Gouverneur du Congo, illimitées si elles sont octroyées par le Ministre, à une seule condition : que le concessionnaire s'occupera exclusivement d'agriculture, et ceci sur tous les territoires qu'il s'est réservés, aussi bien chez les sultans que dans l'Oubangui, la Sangha et le Congo. Or, il a eu le soin, quand il s'est agi de très grandes concessions, tout en les accordant d'un seul tenant, de se réserver de nombreuses enclaves autour des centres principaux, spécialement sur le bord des fleuves où se trouvent les parties fertiles, les Galeries Forestières : telle l'enclave de 100.000 hectares sur l'Oubangui près de Bangui et dont la situation exceptionnelle, au point de vue des transports, donnerait un avantage réel aux petits concessionnaires. Il est beaucoup de territoires aussi favorisés et démocratiquement réservés aux petites exploitations, soit sur TOubanguî, soit sur le M'Bomou, soit sur la Sangha, soit sur les autres rivières. Ce sont précisément ces rivières qui sont bordées par les Galeries Forestières, où les lianes à caoutchouc semblent, par la facilité de l'effort, solliciter la main du travailleur.

D'ailleurs, pour qu'on puisse juger, en toute connaissance de cause, de l'importance de ces enclaves, en voici la liste actuelle pour la concession dite des Sultanats du Haut-Oubangui.

Magba 20.000 hectares |

desAbiras 5.000 —

Ouango-M'Bomou .... 50.000 —

Chez Baugasso I Bozégui 3.000 -

/ Bangassou 10.000 — ^

"" * Basso o.OOO — '

les pays J Curia 5.000 —

Dabago. . • 5.000 —

Bazoumo-M'Bari 5.000 —

M'Goufourou 2.000 —

A reporter 110.000

hidépendants

Report 110.000

2"ChezUafîii ( Bîigiiessé 30.000 hectares

ù proximité de I Rafai 10.000 —

[ Zemio 20.000 -

3" \ Djemmah 20.000

Chez Zemio < Rinda : 20.000 - ) 80.000

à proximité de/ Kippa 10.000 -

Kimbio 10.000 —

On voit que toutes ces réserves sont faites autour des centres importants d'attraction commerciale et sur les voies fluviales les plus faciles et les plus Iréquentéc^s.

En outre, TÉtat s'est réservé le droit de prélever, sur toute la concession, des terrains pour les exploitations agricoles, jusqu'à concurrence du trentième de la concession, soit en Tespèce sur la société des « Sultanats » le trentième de 14 millions d'hectares, environ 407.000 hectares, pour « les laire valoir directement, les alïermer ou les céder à des- particuliers » sans pouvoir dépasser 5.000 hectares. Le Gouvernement a donc en toute propriété dans les Sultanats, en dehors des territoires réservés aux indigènes, 220.000 + 4()7.000, c'est-à-dire (><S7. 000 hectares. Nos petites propriétés agricoles ne couvrant qtie 2(K) hectares, il pourrait donc encore s'établir sur les territoires libres des sultanats, •J.Wo petites exploitations de ce genre, qui, au capital de 250.000 francs, auraient pour misede fonds un capital total de 858 millions 750 mille francs, mettons en chilires ronds 850 millions de francs. Que seront devant cet instrument de 850 millions, les y, 10 ou 12 millions de francs des grandes Sociétés concessionnaires, si ces petites Sociétés viennent à se syndi(iuer? Elles n'auront qu'à rétrocéder leurs concessions et à laisser s'étendre sur tout le territoire le système que nous préconisons et qui, seul, comme on le comprend maintenant, peut mettre en valeur notre colonie du Congo.

Remarquons en passant que si notre chiffre paraît formidable, il n'est pas exagéré, puisque les terrains réservés sont tous fertiles et (|ue les moyens de transport s'y trouvent sous la main même du travailleur.

En pratique, de longtemps ce chiffre ne sera atteint, si tant est qu'il le soit jamais ; nous avons voulu simplement donner une idée de la puissance à laquelle pourraient monter ces petites Sociétés, si elles étaient favorisées et multipliées, et prouver qu'en se syndiquant, elles tiendraient parfaitement tête à une grande Société quelconque.

D'ailleurs, cette thèse de la mise en valeur possible du Congo, seulement par la petite exploitation agricole et commerciale, je Tai toujours soutenue, bien avant la fondation des grandes Sociétés concessionnaires. Une remarque est à faire.

Dans le cas où nos petites Sociétés d'exploitation achèteraient leur domaine aux grandes Sociétés concessionnaires, il faut qu'elles sachent que, d'après l'article 2î) (titre IV) du cahier de charges, l'acte de cession des Compagnies devra reproduire intégralement les textes de l'acte de concession et du cahier des charges, en sorte que si, après la durée de la grande concession, soit trente ans, la petite Société n'avait pas mis en culture légale sa petite concession, soit loO pieds de caoutchouc par tonne de rendement, ni la grande Société ni elle ne seraient propriétaires, et le territoire rentrerait purement et simplement dans le domaine de l'État. Cas improbable sans doute, si le petit exploitant s'y prend à temps. 11 n'a doncpas à se prémunir trop contre le Gouvernement, mais seulement contre les concessionnaires auxquels il doit acheter ferme et pour toujours, s'il veut être propriétaire (îhez soi, à l'expiration de la grande concession.

On comprend facilement le butdu Gouvernement en exigeant l'exploitation exclusivement « agricole », car il poursuit avant tout le but colonial, le but français de sa mission, qui est la mise en valeur des terrains de la colonie, et s'il a accordé des concessions, ce n'est qu'à celle (in, mal remplie d'ailleurs par ces grandes Sociétés financières qui ne peuvent obtenir un rendement sérieux de leurs immenses territoires.

Aussi l'Klat préférerait-il infiniment l'exploitation isolée, par des particuliers, ou par d(* petites Sociétés particulières qui auraient intérêt à ne laisser aucun coin fertile inexploité, ce qui contribuerait, dans une proportion bien plus grande.

à obtenir les lias qu'il se propose nécessairement, la mise en valeur do la colonie.

4** Comtilulion de la Société de « Petite exploitation agricole ». — Voilà comment nous entendrions une petite exploitation agricole de ce genre, de 200 hectares :

— Capital initial 2»)0.000 Irancs ;

Frais généraux pour •> ans, durée de Texploilation agricole :

Achat du terrain, l fr. l'heclare . 200 h. ^^ 200 X 5 1.000 fr.

2 Européens 25.000 x 5 ir. 125.000

30 indigènes pour planter et ramasser le caoutchouc A l.oOOfr. Tun 45.000 X 5 -- 225.000

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