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PRÉFACE DE L'AUTEUR

A la nouvelle, apprise au Vatican et de la bouche même du Vicaire de Jésus-Christ, de la prochaine célébration d'un Concile œcuménique, ma pensée embrassa rapidement T Orient et l'Occident et dans ce court instant je vis en quelque sorte se dérouler sous mes yeux les grands événements des siècles passés, travaillant tous, comme de concert, à la gloire de la Sainte Eglise Catholique. Je ressentis alors un intense désir de voir le monde tout entier comprendre l'importance d'un Concile œcuménique. Mais la préoccupation continuelle causée par la marche des événements politiques et religieux, le développement démesuré donné de nos jours à l'étude des sciences naturelles et le bouleversement général de la société étaient pour moi autant de signes qu'un grand nombre d'intelligences avaient complètement perdu de vue ces Actes solennels, émanés de l'Eglise Catholique, lesquels, à tant d'époques différentes, avaient

porté remède aux maux de la société civile et religieuse. Il me sembla alors tout à fait nécessaire que quelqu'un entreprît de rappeler l'attention des esprits sérieux sur les résultats des Conciles généraux célébrés jusqu'ici; car ils furent comme autant de sources fécondes de la législation de l'Eglise, législation à laquelle les lois civiles elles-mêmes vinrent si souvent s'inspirer ensuite pour le bonheur des peuples. Je me sentis tout d'abord porté à entreprendre celte tâche, mais bientôt elle me parut au-dessus de mes forces, tant à raison de mes connaissances trop bornées, qu'à raison aussi de ma complète cécité.

Désirant cependant faire un essai, ne fût-ce que pour me distraire du triste état auquel je me trouve réduit, je résolus de présenter, en peu de pages dans un court résumé, comme une vue d'ensemble des Conciles généraux. Mais, me défiant justement de moi, j'eus recours à mon vieil ami Monseigneur Annibal Capalli, Secrétaire de la S. C. de la Propagande, afin qu'à l'aide de ce jugement sûr et de celte science ecclésiastique qui le caractérisent, il pût nie dire avec sa franchise habituelle si je devais continuer mon humble travail ou le mettre tout à fait de côté et n'y plus penser. Monseigneur Capalli après avoir lu et mûrement réfléchi m'engagea amicalement à abandonner mon travail qu'il trouvait beaucoup trop court,

eu égard à l'importance des matières. En même temps, avec un langage on ne peut plus bienveillant, il s'efforça de me convaincre que je pouvais entreprendre un ouvrage plus étendu malgré ma cécité. Ne considérant que mes ressources physiques et scientifiques, je repoussai d'abord une pareille idée; mais ensuite pressé par le désir de contribuer aussi, pour ma faible part, au bien commun et ne mettant ma confiance qu'en Dieu, comme en la lumière véritable et inextinguible qui éclaire nos intelligences, je ne calculai plus les graves difficultés que j'allais rencontrer dans mon nouveau travail et me rendant aux exhortations de mon ami, je me mis, sans plus larder, à l'œuvre que je présente aujourd'hui au public. Si l'on n'y découvre point de mérite littéraire, on l'accueillera du moins, j'ose l'espérer, avec indulgence, en pensant que vu l'état de l'auteur : voluisse sat est.

Connaissant maintenant l'origine de cet ouvrage, le lecteur se demandera probablement pourquoi je l'ai fait paraître en français, à l'état de traduction, faite sur mon manuscrit italien et inédit. Celte question est trop légitime pour être laissée sans réponse.

Dans la pauvre Italie, en proie aux dissensions de toute espèce et déchirée par les factions, on ne lit guère plus que des journaux, de toutes les couleurs et de tous les formats, et Von rencontre bien peu de

personnes qui aient le goût des lectures sérieuses. Le Clergé tant séculier que régulier, appauvri par la Révolution, trouve à peine de quoi vivre et à défaut des livres que celle-ci lui a volés il doit se contenter de recourir aux bibliothèques publiques, ce qu'il ne peut faire sans s'exposer quelquefois aux insultes d'une jeunesse impie et prétentieuse. En Italie donc, mon livre ri aurait point trouvé de lecteurs, parce que d'une part il n'est ni un roman, ni un journal, et parce que d'autre part le Clergé, à qui les éludes sont le plus familières, se trouve présentement réduit à la misère. Le sort de l'ouvrage que j'ai publié sur le différend de S. Cyprien et de S. Etienne prouve la vérité de mon assertion.

Au contraire en France, où règne de nouveau une parfaite tranquillité, on lit volontiers les ouvrages qui viennent de Rome et le Clergé français ne vil point dans l'extrême pauvreté comme le clergé italien. Ajoutons qu'en France se manifeste une tendance de plus en plus marquée à connaître la vérité en matières et surtout en histoire ecclésiastiques et que l'empressement y est général, même chez les laïques, je ne dirai point à lire, mais à dévorer les publications nouvelles, tant y est répandu le désir de se rendre compte du progrès des différentes sciences.

J'ai eu encore un autre but en publiant cet ouvrage en français, j'ai voulu rendre un hommage à la fille aînée de l'Eglise, à la grande nation, qui au siècle dernier, surprise à l'improviste et influencée par des causes qu'il serait inutile d'indiquer ici, a bien pu se laisser entraîner à de graves excès contre la Religion, mais qui en revanche a su depuis, avec son héroïsme chrétien, réparer par beaucoup de bien le mal commis précédemment. Car à l'époque ou nous vivons, si tous les yeux se tournent avec admiration vers Rome, la cité des Papes, pour y contempler la constance dans la foi, la force dans les souffrances et le courage à les affronter, ils se tournent presque aussitôt avec reconnaissance vers la France trèschrétienne, où le souvenir de ce que Charlemagne a su faire pour défendre le Pape Léon III est encore si vivant.

La bienveillance du lecteur approuvera sans doute maintenant les motifs que j'ai eus de publier mon ouvrage en français. La traduction en a été faite, aussi fidèlement qu'il lui a été possible, par le P. Joseph Antonin Doussot que le Rme Père Jandel, Général des Dominicains, a bien voulu, sur ma demande, me désigner pour celte tâche.

Il ne me reste plus que quelques mots à ajouter touchant la dédicace de l'ouvrage. Je suppose

en effet que certaines personnes seront curieuses de savoir pourquoi j'ai dédié mon livre a S. A. Mgr le Prince Lucien Bonaparte; d'autant plus que tous ceux qui me connaissent savent que j'ai toujours vécu loin du commerce des grands et fréquenté, de préférence aux palais, les échoppes des libraires. Je vais satisfaire celle curiosité.

J'avais d'abord eu l'intention de ne point faire de dédicace. Il me semblait en effet qu'en agir autrement, aurait été mendier en quelque sorte, à l'aide du nom de quelque grand personnage, l'indulgance du public en faveur d'un ouvrage sur la valeur duquel je ne me fais point illusion . En outre, un auteur peut passer pour flatteur (bien qu'il ne le soit point), uniquement parce qu'il fait dans la dédicace l'éloge de celui à qui elle est adressée. El c'est pour cette dernière raison que dédiant à Sa Sainteté Pie IX mon écrit en défense de S. Cyprien, et voulant donner au Souverain Pontife une marque publique de ma vénération filiale, je me contentai d'inscrire en tête de l'ouvrage ces simples paroles : P10 IX PONTIFICI MAXIMO.

Néanmoins j'ai voulu profiter de l'occasion qui s'offrait à moi de manifester à Mgr le Prince Lucien ma reconnaissance pour l'affectueuse et persévérante assistance qu'il m'a prêtée pendant ma dernière

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maladie d'yeux, à la suite de laquelle j'ai entièrement perdu la vue. Oui, il a été le seul qui soit venu chaque jour soulager mes peines et adoucir mes douleurs aiguës par le baume d'une parole affectueuse et parmi le nombre, déjà si restreint, des vrais amis qui ne m'oublièrent point pendant ces longs mois de maladie, Monseigneur Bonaparte fut le seul à passer des heures entières auprès de moi pour tacher de relever mon courage abattu. Pareille œuvre de charité avait déjà été exercée envers moi par lui et par sa vertueuse sœur la Princesse Augusta en /8o4, lors de ma première maladie d'yeux, à la suite de laquelle je perdis l'œil droit. Or comme le présent livre a été composé depuis ma cécité, la raison et la justice m'ont décidé à le dédier à ce véritable ami, si digne d'nn témoignage public de reconnaissance de la part d'un aveugle, qui sait par expérience que l'on regarde d'ordinaire les infortunés privés du bienfait de la vue, sinon comme déjà morts pour la société, au moins comme simplement tolérés par elle dans son sein.

Il convenait de mettre au courant de tous ces détails le lecteur qui ignorait certainement la particularité de ma vie que je viens de raconter.

Rome %i Décembre 1867 .

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