AU NOM DES ALSACES POSSIBLES
29 septembre 1914.
Quelques écrivains démocrates et socialistes considèrent comme une impiété que l'on veuille attenter à Tunité germanique. Mais je les renvoie à Proudhon, qu'ils ont eu le grand tort de négliger pour Marx. D'autres, parfois les mômes, croient que la paix dérivera du respect de cette nationalité allemande et, en général, de toutes les nationalités : c'est encore à Proudhon qu'il faut les renvoyer, car leur maître a prévu quels fleuves de sang couleraient pour ce principe, nullement pacifique, éminemment impérialiste, éminemment napoléonien.... D'autres enfin condamnent comme inique et dangereux tout regard de concupiscence jeté sur les villes de la Moselle et du Rhin, sur Coblentz, sur Mayence, sur Cologne, sur Trêves.... Ce sont pourtant des villes romaines et qui furent celtiques, bien avant l'invasion des Germains. Elles réalisèrent quelques-unes et même la plupart des conditions de l'Alsace avant sa réunion à notre pays. Je rappelais hier avec quelle rapidité Strasbourg, ville d'empire, devint un « brasier d'amour » pour la France de Louis XIV. Un Alsacien- Lorrain disait, l'année dernière, à Maurice Pujo :
— Savez-vous combien de familles optèrent pour l'Allemagne lorsque le roi de France réunit Strasbourg? Cinq familles, exactement!
Un véritable régime français aurait vite fait d'assimiler pareillement les bords mosellans et rhénans.
Comme les siècles ont travaillé de 1871 à 191-4 contre la germanisation de l'Alsace, les siècles ici travailleraient avec nous et pour nous, suivant le fil naturel de la civilisation.
D'autres Alsaccs que l'Alsace sont possibles : comment la germanomanie révolutionnaire dénieraitelle à ces Alsaces éventuelles et futures leur droit à la vie? La réunion administrative et militaire au domaine français est une condition de ce progrès civilisateur. Que pèse là-devant l'intérêt de la Germanie et de l'unité germanique? Là-devant, comme disait Gœthe « l'Allemagne n'est rien. »