L'INDIVIDUALISME ALLEMAND
Essayons d'esquisser ce que M. Boutroux a laissé en blanc. La doctrine de Fichte, dans laquelle le libéralisme de Kant semble porter et mûrir son jacobinisme, est un individualisme absolu. KanC avait marqué la valeur transcendante de l'individu mais d'un individu général et abstrait. Ce que Kant avait cru du moi rationnel et humain, Fichte, en somme, le transporta à son moi concret de Germain. L'application qu'il en a faite à la nation allemande alors vaincue et terrassée, bénéficia du vaste courant de libéralisme politique et d'individualisme religieux qui coulaient en Allemagne non seulement depuis Kant et la Révolution française, non seulement depuis Rousseau, mais depuis la Réforme de Martin Luther. C'est ce dont il aurait fallu se souvenir, en bonne philosophie de l'histoire, au seul nom de Fichte. Mais c'est aussi ce qu'il fallait bien éviter, en bonne doctrine officielle do la République. Kant. Rousseau, les Droits de l'Homme, la Réforme : danger l En pleine invasion germanique, est-il possible de montrer l'étroite affinité du monde germanique, de l'esprit germanique avec les trois ou quatre dieux
et déesses qui président à l'esprit public de notre régime et que ce régime a dû mettre sur les autels?
V Action française qui protesta énergiquement en 1912 contre le bicentenaire de Rousseau ne peut concevoir les mêmes hésitations que M. Boutroux*. C'est d'ailleurs sa doctrine constante qu'elle retrouve et vérifie en s'exprimant en toute liberté sur ce fruit de Germanie : l'individualisme.