‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 147 sur 207 · LE PRIMAT DU MOI 'GERMANIQUE · texte numérisé non relu

LE PRIMAT DU MOI 'GERMANIQUE

Le culte instinctif et traditionnel de chaque moi allemand est devenu ainsi le culte du nous germanique. Et là se montre une différence profonde entre l'apothéose que fait d'elle-même l'Allemagne et le

procédés qui y ressemblent de loin chez d'autres peuples. A la lueur de la doctrine individualiste on comprend que l'Allemagne veut déifier non l'idée qu'elle peut avoir de son droit et de sa raison ou même de sa force, mais purement et simplement l'idée qu'elle a d'elle-même, l'idée allemande, le nom allemand. Quia nominor Deustchtandl Athènes s'est épanouie dans le symbole de la sagesse humaine et divine, mais c'était la couronne même de ses œuvres, le rêve de son art, l'expression et le signe d'une loi qu'elle obéissait Rome s'est élevé des temples, mais en se prévalant de services séculaires rendus à toutes les races du monde. La chrétienté incarnait dans ses armes la volonté de Dieu, mais en commençant par considérer de combien de façons « païens ont tort, chrétiens ont droit ». Avec l'Allemagne, tout change : elle commence par dire moi et, tout ce à quoi les autres peuples se subordonnaient, beauté, civilisation, science ou religion, elle se le subordonne à elle*. Sa science n'est pas bonne comme science, mais comme allemande. Cette ancilla Germanise se justifie par les services rendus à l'Allemagne, non l'Allemagne par les services rendus à la science, l'individualisme germain ne pouvant être primé par quoi que ce soit^ Voilà l'erreur philosophique allemande. Son rap-

1. Dans son étude sur le manifeste des intellectuels allemands et sa préface des Tronçons du serpent, Louis Dimier a parfaitement montré comment, pour préférer son être inculte à l'Europe civilisée, l'Allemagne adopta avec passion les idées de Rousseau sur l'état de pure nature conçu comme supérieur à l'état social.

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