‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 152 sur 207 · L'ALLEMAGNE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNE CRIMINELLE

informé, ne peut ignorer l'origine des communications de M. Boudouresque.

M. Boudouresque a décrit dans un tableau plein de couleur, de mouvement et de vie, la journée du 1^'' août à Rome. D'abord la fausse bonne nouvelle, la nouvelle de la paix, donnée par l'ambassadeur de Russie au chef de la Consulta, et, celui-ci, à l'idée de la médiation que l'Autriche accceptait, laissant échapper un peu trop vite ce cri du cœur énigmatique : — Ma qiiesto è lasconfita primo délia hataglia. Eh! quoi, la défaite avant la bataille! Une demiheure plus tard, la capitulation honorable, la concession aux droits de l'humanité faite par le gouvernement de François-Joseph était confirmée par une dépêche de Russie.... Mais, le soir, l'Allemagne, entre en scène avec l'ultimatum à Paris-Pétersbourg, elle fait sa démarche auprès de l'Italie pour invoquer le casus fœderis de la Triplice : séance du conseil des ministres de Victor-Emmanuel, exposé « objectif » de M. di San Giuliano, exposé politique de M. Salandra en faveur de là neutralité et se réclamant de l'autorité du roi ; la même nuit, entre minuit et quatre heures, visite de M. von Flotow^, l'ambassadeur de Guillaume II à Rome, et au petit matin sa sortie, le teint livide, les traits altérés par la déconvenue et le désespoir : la monarchie italienne, lui avait refusé de suivre la loi de Berlin ! K

De nouveaux renseignements, tout à fait inédits, qui me parviennent à l'instant, confirmeraient encore, sil en était besoin, ce que l'on sait de l'opposition

1. Voir VAct. franc, du 28 septembre 191 i, à la revue de la presse.

r,56 LA FRANCE SE SAUVE ELLE-MÊME.

finale de Guillaume II à tout arrangement. Un très haut personnage, dont je ne suis pas autorisé à dire le nom, mais dont le témoignage m'a été communiqué, entendit, en août dernier, M. Chébéquo, ambassadeur de l'empereur de Russie à Vienne, rappeler que, le jour de la rupture définitive, il avait eu un entretien avec le comte Berchtold, que cet entretien avait été cordial et que, en se séparant, les deux hommes d'Etat étaient si près de l'accord complet, quils considéraient l'un et l'autre la paix comme assurée. Quelques heures plus tard, éclatait la nouvelle de l'ultimatum berlinois, puis de la guerre déclarée. Qui fut stupéfait? Deux personnes : l'ambassadeur du tsar et le premier ministre de François- Joseph. L'action décisive avait été brusquée sans eux, en dehors de leur volonté et, en définitive, contre la volonté qui les animait tous les deux.

20 octobre 1914.

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