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ALSACE ET LORRAINE

10 août 1914.

Quelle journée que ce dimanche d'hier ! Ni excitation, ni ivresse, rien qui sortît des mesures de la grave raison. On ne rit pas, on ne chante pas à l'heure où coule un si beau sang ! Mais de tous les points de la ville, semblait monter un cri de joie, qui, arrêté au fond des gorges, s'échappait des yeux et des fronts comme un trait de lumière ardente.

Nous avions appris, la veille au soir, Altkirch^ puis Mulhouse et, les débris de notre rédaction ajoutée au reste de notre équipe de linotypistes, nous avions, au petit matin, bu un verre de vin de France en l'honneur du retour des drapeaux en Alsace et des poteaux frontières bienheureusement arrachés. Le jour s'étant levé, un fiacre attardé nous rapatriait Pujo et moi, dans notre quartier, mais au coin d'une rue nous sommes tombés sur un détachement assez considérable, un bataillon peut-ôtre, de soldats qui, traversant Paris, prenaient quelques minutes de repos. Les premiers feux de la matinée tenaient déjà toutes les pentes du ciel et la bonne nouvelle faisait apparaître plus beau le jour d'aurore que reflétaient ces visages étincelants du patriotisme de la jeunesse. Au fur et à mesure que nous passions devant eux, nous les saluions tous, presque un par un, avec un mélange de respect profond et de confiante amitié ; et puis, comme il nous souvenait que sur la môme route, quatre mois plus tôt, s'était déroulé le cortège de Jeanne d'Arc et que nous

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