‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 56 sur 207 · ON NOUS A DIT LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

ON NOUS A DIT LA VÉRITÉ

6 septembre 1914.

Nul ne peut reprocher à ï Action française d'avoir abusé, ni même beaucoup usé de la stratégie en chambre; nous avons généralement consacré à la critiquer dans ses excès pernicieux le papier et le temps que beaucoup de « pauvres d'esprit », comme disait l'un d'eux, M. Clemenceau, ont gaspillé dans ces déductions sans substance, sans base, sans point de départ solide et sérieux. La confiance et le silence peuvent demander un peu d'effort sur soi-même; nvais, une fois qu'on en a compris l'utilité, et pour ainsi dire la fonction militante, quand on s'est rendu compte du service que l'abstention de tout verbiage critique rend à l'opinion française, par conséquent à l'armée française, par conséquent au peuple français, l'esprit discipliné se rend compte qu'il n'y a rien de plus nécessaire ni de plus fructueux.

Une main amie qui me passe le Connere délia Srra de mardi dernier me permet de faire voir et toucher l'un des excellents fruits de cette discipline, non seulement au point de vue de la santé nationale, mais pour la connaissance de la vérité désintéressée, objective, pure. Qu'on ne s'étonne pas de ce témoignage étranger! Les Italiens sont placés par leur neutralité et par leurs relations dans les deux camps de telle façon qu'ils reçoivent et comparent les communiqués de Paris et de Berlin. Or, que disent les Italiens du Corrierel Exactement ce que

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nous a dit le bulletin officiel du ministère de la Guerre à Paris. La note du Corriere résume en quelques lignes toute la substance de ce qui nous a été « communiqué ». Rien de plus, mais rien de moins. Il faut donc bien que l'essentiel nous ait été dit, puisqu'un impartial Italien le peut résumer ainsi :

Un des traits caractéristiques de la guerre entre la France et l'Allemagne est l'absence d'événements formant pour ainsi dire points de repère. Il n'y a pas eu (ou tout au moins la nouvelle n'en est pas venue jusqu'à nous), de grandes batailles, terminées par un résultat net, signalant les différentes phases de l'action générale. Depuis les premières recontres de patrouilles à la frontière au commencement des hostilités, on peut dire que la lutte a été continuelle, avec plus ou moins d'intensité, plutôt au nord qu'au sud ou inversement, sans interruption cependant. Ainsi l'observation de la marche de la guerre a été rendue très difficile, étant donné que l'action, procédant par faibles degrés, se laissait à peine apercevoir. Il semblait que tous les jours se ressemblassent, qu'aujourd'hui fût égal à hier....

Le Corriere ajoute certes, comnie nul ne l'ignore en France, qu'au bout de cette série de combats dont aucun n'était décisif, les Allemands sont arrivés sur la Somme et puis sur l'Oise, comme ils sont aujourd'hui sur la Marne : mais il se rend compte que cette avance de l'ennemi, par suite d'un recul graduel de l'armée française, peut très bien résulter d'un plan concerté de défense et rentrer dans une méthode de stratégie. En tout cas, il ressort de son exposé que, de la frontière belge à la Somme, comme de la Somme à l'Oise, comme de l'Oise à la Marne,

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on ne nous a rien caché : rien de « catastrophique », rien même d'important.

Que de gens, malgré tout, le crurent! Et combien s'écrièrent que ce n'était pas possible! et que, pour avoir dû céder tant de terrain, il fallait y avoir été déterminé par d'affreux revers. Ces affreux revers, l'Europe neutre les ignore, l'Allemagne a dû les laisser ignorer au monde, elle qui n'eût pas manqué de les claironner aux quatre vents du ciel, comme elle y avait intérêt, si ces prétendues catastrophes et ces fantastiques revers n'eussent été le simple et ignoble effet de l'imagination de nos vertueux « paniquards ».

... Je suis bien bon d'aller chercher mes preuves au fond de l'Italie! Il n'y a qu'à voir la tenue des bons soldats Français, de retour du champ de bataille. Joie des yeux, sérénité des visages, calme de la voix et du ton, on sent une force maîtresse d'elle, pénétrée de confiance dans la victoire.

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