INTERNATIONALISME ET NATIONALISME
'28 septembre 1914.
A Paris, du moins, il n est presque plus nécessaire d'acheter un journal pour connaître les communiqués de 5 heures : en entrant au métro, la couleur des visages m'annonce distinctement la nuance des nouvelles bonnes ou indécises, joyeuses ou brouillées.
Ainsi cet air du temps, nous affectant tous à peu de même manière, imprime jusqu'au fond des cœurs cette vérité essentielle que le plus grand, le plus vivace de tous les intérêts temporels qui nous soient communs sont les intérêts de notre patrie et que, de tous les systèmes politiques en présence, un seul fournit un point de départ assuré, le Nationalisme.
Pour le cinquantenaire de l'Internationale ouvrière, qui tombe aujourd'hui, voilà la dure et claire réponse de la réalité méconnue. Au 28 septembre 1864, deux idées secouaient le monde, l'une disant aux hommes : « Unissez-vous selon votre classe, c'est- « à-dire selon votre genre de vie matérielle et votre « degré de bien-être », l'autre : < prenez conscience « de vos intérêts nationaux ». Qui a raison? On ne demande pas aux socialistes de nier l'existence d'un intérêt de classes, ni ses répercussions par-dessus les frontières : on leur dit que cet intérêt est commandé, primé par l'intérêt national. On ne conteste pas qu'ils soient ni qu'ils aient été patriotes, on leur dit qu'ils se sont trompés sur le degré d'im-
portance du patriotisme, sur le numéro d'ordre à donnera ce sentiment. Hier le patriotisme était jugé égal ou inférieur aux sentiments de la solidarité ouvrière. Aujourd'hui, il faut avouer qu'il est et doit être supérieur. Cette rectification ne devrait inspirer de froissement à personne. Ceux qui se trompaient sur ce point retardaient Ils ne se trompent plus. Ils avancent donc. Si les intérêts personnels ne s'eflbrçaient de passionner et d'envenimer le débat, ce serait la chose la plus simple du monde.