CONTRE LA CATHÉDRALE DE REIMS
20 septembre 1914.
Le lève fou d'anéantir la résistance par i'intimidation avait su décréter en ces âmes simples et basses l'incendie et la mise à sac de Louvain. Et voici que l'écroulement d'une folie dont les malheureux désespèrent les a déterminés à un autre acte de sauvagerie méthodique, au bombardement de la cathédrale de Reims! Ils ne rêvent plus de nous faire reculer et capituler. Ils songent simplement à nous faire payer le plus cher possible, par un dommage aussi définitif que possible, rhumiliation de la défaite de leur puissance. Ne pouvant rien avoir en France, ne pouvant y rester, ils y cassent tout. Encore n'est-ce pas le mot : ce qu'ils détruisent est expressément choisi parmi ce qu'on leur a dit être le plus noble, le plus précieux.
De ce prix, ils ne savent rien. S ils le savaient par eux-mêmes, si ces hautes merveilles leur parlaient un langage qui leur fût perceptible, ils les respecteraient comme un bien commun à tous les hommes et ils se garderaient de tarir une source de joie qui coulerait aussi pour eux. Tirer sur les flèches de lart médiéval, qu'on le dise gothique, qu'on le dise français, ce serait, pour des civilisés, tirer sur soimême. Mais ces rustres épais ne connaissent Ihonneur de l'intelligence, de l'histoire et de l'art que par la surface et l'écorce. Ils ont entendu dire, ils ont lu sur les guides et sur les catalogues qu'un