LA VÉRITÉ
point-là, l'absoliilismc de Guillaume II peut invoquer le patronage du Sénal américain et de la monarchie tempérée du Japon. Aux uns comme aux autres, il n'y a pas à dire à bas la Monarchie, ni à bas la République, mais bien à bas la barbarie! Il y a six cents ans, le roi de France, Philippe le Bel l'avait jugée et condamnée en deux mots : Troup alemanl!
Reste à sentir par les trois exemples de l'Amérique, de l'Asie et de l'Allemagne, donnés en seize années à peine, le peu de fonds que l'on doit faire sur les superstitions juridiques et ce respect du droit des gens que tant de bons esprits préférèrent longtemps à nos troupes de couverture'. Tant valent la faim, la soif, la jalousie, le fol orgueil de l'Allemand, tant vaudrait l'esprit de justice d'une Allemagne parlementaire.
Ce n'est pas du côté des chimères qu'il convient d'orienter notre esprit public. Dans la concorde revenue, dans les libres communications retrouvées, essayons, répandons et rendons lumineuses les causes vraies, profondes, de ce que M. Louis Dubreuilh appelait, à la réunion socialiste d'avant-hier, « un sinistre destin ». Ce destin, au point où il se dévoile, contient de précieuses révélations sur la nature exacte de la force des choses par laquelle, Français, nous ne voulons pas être emportés et qu'il nous appartient de maîtriser, puis de gouverner.
Les socialistes se montrent soucieux de réserver
-1. Le jour où parurent ces lignes, le territoire belge était envahi au mépris des conventions européennes signées par la Prusse elle-mémo.
l'orthodoxie de leur doctrine et cet attachement à l'idée directrice fait toujours de l'honneur; mais l'idée vaut par sa vérité, une idée fausse ne mérite que l'oubli. Il faut, il faut que les hommes de bonne foi, nés bons Français et qui par socialisme, radicalisme ou libéralisme, adhérèrent de près ou de loin aux idées qui font ces faillites éclatantes se mettent en présence de la réalité politique, la voient, la palpent et s'en pénètrent exactement : l'impuissance profonde de l'internationalisme n'est pas un accident, mais un fruit essentiel de vingt siècles d'histoire humaine. Il n'y a pas à rêver que voici la dernière guerre, et qu'on n'en fera plus ensuite, et que les États-Unis d'Europe s'en vont fleurir. Nous ne défendons pas une fleur idéale, mais la fleur réelle et vivante de la civilisation de notre univers. Tâchons de briser l'agression et, l'agression brisée, de créer de solides défenses pour l'avenir.
...Voilà les pensées que l'on roule. Pendant qu'on les écrit, la porte s'ouvre, un Camelot du roi, un Etudiant, un Ligueur, un vieil ami se précipite, nous embrasse ou nous dit adieu et nous laisse pleurant de rage, mais obstinés dans noire ancien effort d'éclaircissement national. En une heure où tant de biens sont mis en commun, et de si grand cœur, . afin d'éloigner l'ennemi, n'a-t-on pas le devoir d'y ajouter encore le plus collectif et le plus utile de tous les biens, celui qui grandit sans cesse, au fur et à mesure qu'on le partage : la vérité.