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L'ANTIQUE NATURE ALLEMANDE

50 septembre l'.)14.

Les journaux en sont pleins : des sales farces macabres, telle que la profanation du caveau Poincaré, à Sampigny-sur-Meuse, aux ignobles supplices donl les victimes sont des vieillards et des prêtres, des femmes et des enfants, la nature allemande se donne libre cours, et tous ceux qui se souviennent de son histoire, entre lesquels j'ai plaisir à remarquer un ancien ministre, M. Stephen Pichon, reconnaissent que cette nature najoute absolument rien à ce quelle a été manifestée de tout temps.

Il ne faut pas dire : ce n'est pas allemand, c'est prussien.

11 est très vrai que le Prussien est peut-être le moins Germain des Germains. Sa formation fînnoslave ne pouvait pas faire de doutes. On en verra de jolis traits dans l'article « Leur Race » de Félicien Pascal, au dernier Correspondant, inspiré d'une brochure de M. de Ouatrefages en 1870. L'illustre antliropologiste avait été frappé de la sauvagerie des troupes prussiennes au siège de Paris et au siège de Strasbourg. Il en avait rapproché leur conduite exactement pareille au siège de Prague par leur roi philosophe en 1757. Cette « constante » lui avait suggéré l'idée d'une brutalité proprement prussienne; il avait eu tort d'arrêter son enquête au xmu'' siècle.

Il eût été sage d'examiner si, avant quil y eût une Prusse, les Allemands s'étaient montrés plus mode-

rés, plus sages, meilleurs observateurs des lois de la guerre, en un mot plus civilisés. Il se fût rendu compte que la brutalité allemande dépend non de l'influence prussienne, mais de l'état des forces du Corps germanique : elle s'enfle et s'exerce si ce corps est unifié et puissant ; elle s'abaisse et file doux quand on a mis cette puissance à la raison. Les Allemands redeviennent alors de bonnes gens. Mais ils se révèlent durs, pillards, acharnés sur les faibles, faisant suivre l'astuce impudente de faciles violences à chaque fois qu'une force allemande s'est dressée sur l'Europe. Peu importe le lieu d'où cette force s'élève, dans les tristes plaines du nord, aux bords riants du Rhin, dans la forêt Noire, le long du beau Danube bleu. Que le César tudesque soit de Franconie ou de Saxe, d'Autriche ou de Brandebourg et que l'affaire se passe au xii'= siècle, au xvi% au xix«, il fait éclater la même Apre combinaison de rage ostentatoire et de grosse ruse perfide. Les Français qui n'ont pas perdu toute cervelle citent, avant 70, la guerre de Trente Ans. Ils rappellent le dicton immémorial qui dénomme chez nous « querelles d'Allemands » les disputes sans queue ni tête qui ne relèvent que de la mauvaise foi et du poing. L'admirable « troup alemand » de notre roi Philippe le Bel avait aussi l'allure d'un proverbe déjà séculaire en Ile-de-France'. Ainsi nos bons aïeux, dont nous méconnaissions le langage et l'expérience, auraient fourni à M. de Oua-

1. J'ai cité jilusieurs fois ce mot dans son sens ordinaire. Il est temps de dire que, d'après M. Flach, il faut lire, au lieu de troup, l'onomaLopée tricpt. En ce cas, au lieu de nimis germanicum, il faudrait comprendre crepitus gcrmanicus, dans un même sens de vanité prétentieuse.

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