‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 130 sur 238 · LE DISCOURS DE M. ALBERT SARRAUT · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DE M. ALBERT SARRAUT

Il y a bien des sonneries hugolesques dans le discours que M. Albert Sarraut a prononcé hier à l'occasion de la rentrée des classes. Tout de même, il faut le louer d'oser dire dans une réunion universitaire que, décidément, c'est la France qui est « la seconde patrie de tout homme qui pense ». II y a seulement vingt ans, s'il eût inclus cette pensée dans sa composition de licence ou d'agrégation, le futur ministre de l'Instruction publique aurait été bel et bien retoqué. Vers 1894, ce n'était pas la France, c'était r Allemagne qui était « la seconde patrie de tout homme qui pense » d'après l'enseignement officiel de celte Université dont M. Albert Sarraut est aujourd'hui le Grand maître.

Celte formule à la louange derAlIcmagne, M.Albert Sarraut la trouvera mol à mot dans un petit volume intitulé Allemands et Français, écrit, publié au len-

demain de la guerre de 1870 et dont je recommande vivement la lecture. Une idée si avantageuse prise de nos vainqueurs avait été d'abord considérée comme l'opinion d'un original et d'un excentrique. Mais son auteur étant très vite devenu l'un des arbitres de la vie universitaire française, il fallut compter avec elle, car c'était l'opinion de M. Gabriel Monod. On peut dire qu'après la mort de Fustel de Goulanges, qui survint en 1889, cette opinion régna sans partage, et elle pesa lourdement sur la pensée et sur la carrière des jeunes patriotes qui se vouaient alors au professorat. Je sais plus d'un maître d'histoire auquel le discours de M. Sarraut aura fait pousser un « ouf » de soulagement. Le livre de Pierre Lasserre avait déjà délivré quelques consciences : voilà les bouches descellées, les plumes redevenues libres, franches, françaises! Vivent nos libérateurs militaires !

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