‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 136 sur 238 · CE SERA LA DERNIÈRE GUERRE · texte numérisé non relu

CE SERA LA DERNIÈRE GUERRE

Il jure maintenant que voici la dernière guerre. Il en fait son affaire! Qui doute de cela inflige à Hervé un affront personnel. Junius de VÉcho de Paris s'étant permis de hausser les épaules, Hervé, les yeux en feu, la main sur son cœur, se demande si Junius est chrétien, si Junius est homme, si même Junius n'est point né des horribles embrassements d'une tigresse et d'un serpent à sonnette, et si « les grands hommes qui sont le sel de la terre » auront toujours rêvé en vain.... Le truc n'a pas changé : c'est au nom de leur bonté d'âme que les rhéteurs prétendent interdire aux gens de voir juste.

La Nuée de la « dernière guerre » vaut la Nuée de la « guerre impossible ». Ce qu'on peut souhaiter de raisonnable c'est que la guerre de 191-4 prenne fin par un ensemble d'accords aussi artistement noués que ces traités de Westphalie qui réduisirent les Allemands à l'impossibilité de nuire. Voilà le grand point. Voilà qui, pour l'Europe et pour l'univers, serait un gentil débarras. Un énorme facteur de

querelles et de divisions serait éliminé ainsi. La situation du reste du monde ne sera pas limpide comme l'eau de roche, et de grandes sources troublées continueront de bouillonner à l'est et au sud de l'Europe. D'ailleurs, ni les passions ni les intérêts personnels et nationaux n'auront cessé d'agiter notre vie humaine. Il faudra y veiller et sans doute aussi larme au bras! Le seul vœu sensé à produire, c'est que le plus raisonnable et le plus pacifique soit aussi le mieux paré.

Dira-t-on que les plaies de notre guerre effrayeront le genre humain? Mais il suffit de voir la petite Serbie qui a fait une guerre en 1912, une deuxième guerre en 1915 et qui, plutôt que de sacrifier son indépendance et sa dignité, en a accepté de bon cœur une troisième en juillet 1914!

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