‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 149 sur 238 · NOS SOCIALISTES ET L'ÉVIDENCE · texte numérisé non relu

NOS SOCIALISTES ET L'ÉVIDENCE

t^ompèrc-iMorel dont on a lu la page belle d'épouvante amèreei de noble fureur devant les monstruoïrités commises à Scnlis, Compère-Morel essaye de se leurrer encore. Il ne désespère pas d'un effort su-

prème des bons social-démocrates d'Allemagne. Si, d'ailleurs, ils échouent, la cruauté même du fléau de la guerre l'éloignera pour toujours, espère-t-il, de l'humanité. Compère-Morel ajoute néanmoins :

Et si véritablement cela ne pouvait pas être, si les hommes ne savaient profiter de la dure et effrayante leçon que le destin et la fatalité leur ont infligée ; si les odieux et pervers instincts que le désir de tuer réveille chez les êtres les plus civilisés ne faisaient désormais place à des sentiments plus nobles et plus élevés ; si les tueries sans nom que nous avons la douleur de voir perpétrer devant nous n'étaient les dernières que l'humanité doivent supporter, serait-ce bien la peine de vivre, de chercher à nous cultiver et de vouloir nous perfectionner?

Tout beau, nous sommes désolés de ne pouvoir offrir à M. Compère-Morel une planète plus habitable. Oui, ce monde (si beau, pourtant!) est affreux et rien n'est plus urgent que de l'améliorer, de le cultiver, de le perfectionner, en essayant de profiter nous mêmes de ses progrès. IMais a-t-on pris la bonne route ? C'est ce que les socialistes sérieux devraient se demander enfin. Cela vaudrait mieux que de gémir sur la fin de tout. L'erreur fut jusqu'ici de croire qu'ils amélioreraient les choses humaines en se les représentant autres qu'elles ne le sont. A notre avis le vrai progrès suppose au moins deux conditions :

D'abord, voir ce qui est ;

Puis, pour créer ce qui doit être, tenir compte des conditions du train du monde et des matériaux éprouvés par un long succès.

Non, les hommes ne sont pas toujours déchirés à ce point. Non, les guerres n'ont pas toujours été

ou EST LK PIÈGE. a'Jl

nnssi féroces'. Il y eut une Europe. Il y eut une Clirclienté. Tout cela est à bas. Pourquoi ? Tout'ccla, qui a été, peut renaître à la vie. Comment? Voilà les réflexions qui devraient tenter les socialistes intelligents, cultivés, patriotes, mais assiégés de ces tentations pessimistes. Il serait beaucoup plus agréable de revenir sur une erreur que de tout lAclier et de tout casser.

Ah! si quelques hommes voulaient! (Jucl ordre nouveau dans TEuropc et le monde, fondé non plus sur des chimères, mais sur la claire vue des sacrifices indispensables et des maux superflus, les maux ([u'on peut, qu'on doit épargner à nos descendants. Pour cela (vieille vérité) il faut commencer par obéir à la nature si l'on veut la dompter.

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