‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 15 sur 238 · RAGE DE CYCLOPE · texte numérisé non relu

RAGE DE CYCLOPE

du convoi de Jaurès à la gare d'Orsay, toute voisine. Ils achevaient de déjeuner. Ma vue leur fit pousser de bruyantes exclamations. Sans y avoir pris garde, je m'assis à la place que j'occupe habituellement tout près de la porte d'entrée. Alors, ces messieurs, se jetant sur moi, me poussèrent dehors en redoublant de cris. Un attroupement se forma aussitôt, composé des honnêtes gens du quartier; l'un d'eux m'adjurait de m'éloigner, l'heure n'étant pas aux violences. Je le remerciai, mais l'assurai que je resterais. Il n'y avait d'ailleurs aucun risque de violence, car tous les passants prenaient fait et cause pour moi, s'indignaient du sans-gène brutal avec lequel des inconnus prétendaient faire la loi dans un établissement du quartier, et comme un de mes agresseurs arguait de sa carte de député, le public répondit, tout d'une voix, que ce litre-là n'effrayait personne. Je me hâtai d'intervenir en invoquant la nécessité de suspendre toutes nos querelles civiles, de respecter et faire partout respecter l'union nationale la plus complète; j'ajoutai que la nervosité des socialistes s'expliquait par le deuil de leur chef, mais que tout bon citoyen devait s'appliquer à réparer les effets de leurs provocations, aussi ridicules qu'imprudentes, en un pareil moment. Ces messieurs s'éloignèrent au milieu de la réprobation générale et je pus déjeuner en paix.

Je prie formellement nos amis de ne tenir aucun compte de l'incident. Il fallait le faire connaître pour en éviter de pareils. Chacun de nous doit mettre son sang-froid et sa sagesse au service de l'ordre qui est indispensable à la défense du pays.

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