ENCORE LES INTELLECTUELS ALLEMANDS
13 octobre 1914.
Nous possédons depuis hier le texte complet de l'appel aux nations civilisées signé par les intellectuels les plus réputés de l'Allemagne. Nos lecteurs en connaissent l'essentiel par les extraits que nous en avons faits d'après la version italienne envoyée de Berlin aux journaux de Rome. C'est bien l'apologie de l'empereur et de l'armée, de leurs massacres, de leurs incendies, de leurs cruautés et de tous leurs crimes. Jamais race, nation. État, armée, intelligence ne déclarèrent plus étroitement leur union de pensée et leur solidarité d'intérêts.
L'accord n'est pas d'hier. Tous ceux d'entre nous qui suivaient les choses d'Europe savaient que tel est bien le caractère de l'empire allemand. Tout le monde lettré y travaille depuis un demi-siècle, non pour l'amour de la science, mais pour l'amour de la patrie. Sanctus amor patrise çlat animtim, dit l'épigraphe de leurs Monumenta hhlorise. Leur fanatisme allemand prêchait de si haut la religion de leur patrie et le mépris de la patrie des autres que souvent nos propres savants s'y laissaient prendre. Au lieu d'imiter en ce qu'il avait de sage, le patriotisme des chimistes, des historiens et des philologues d'Allemagne, ils transportaient, à l'état brut, chez nous, le culte de l'Allemagne et le mépris de ce qui n'était pas allemand • ! J'ai rappelé le mot de Gabriel