‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 171 sur 238 · IDÉES FRANÇAISES OU GERMAINES · texte numérisé non relu

IDÉES FRANÇAISES OU GERMAINES

« Idées françaises », disait-on. On peut se reporter à nos lointains fascicules de 1899; nous répondions déjà : elles sont germaniques, les idées de la Bévolution et de la Béformc ! Cela se lit presque en toutes lettres dans Montesquieu, et le protestant doctrinaire Guizot ne s'y trompait pas lorsqu'il enseignait que la thèse de la « liberté individuelle » du Contrat social et de la Déclaration des Droits nous était venue des Germains. L'autre soir, au Temps, M. Edmond Perrier, en rapportant cette opinion, s'en étonnait. Il rapportait aussi le sentiment de Gœthe qui, lui, ne s'en étonnait point et qui donnait à Eckermann ce commentaire des vues de Guizot :

1. Il n'est que juste d'ajouter que, deux mois plus lard, M. Boutroux osa faire un pas en ce sens. Au cours d'une conférence donnée à Londres, en décembre, M. Boutroux rcmonia par delà Ficlite « jusqu'à Kant lui-même ■•. à qui il reprocha d'avoir enseigné une morale trop purement formelle, ignorante de la matière des actes, pleine de mépris pour les cas. Des esprits lents et chicaniers ont reproché à M. Boutroux d'avoir éclairci et approfondi sa pensée depuis la guerre : la Gazelle de Francfort les en a récompensés.

« N'est-ce pas complètement exacte La Réformation n'en dérive-t-elle pas... Et ce salmigondis de notre littérature ; cette manie d'originalité chez nos poètes dont chacun s'imagine frayer de nouvelles routes, ce besoin qu'éprouvent nos savants de vivre à part et dans l'isolement; ces individualités qui ne relèvent que d'elles-mêmes, qui n'agissent qu'à ce point de vue, tout remonte à ce principe. Les Français et les Anglais ont plus de cohésion... Quant aux Allemands chacun procède à sa guise ; chacun recherche sa propre satisfaction ; on ne s'inquiète pas d'autrui, car l'individu porte en soi l'idée de la liberté personnelle et celle-ci, en effet, inspire d'excellentes choses mais aussi bon nombre d'absurdités ».

Les « traditions de brutal égoïsme », que Gœlhe trouvait propres à sa patrie ne purent être associées dans l'ordre politique ou administratif qu'à la manière de Bismarck, usant d'abord du fer et du feu, puis maintenant la coopération de ces égoïsmes par un appel continu aux convoitises, aux goûts du pillage, aux passions de la rapine et du gain. A ce prix, mais à ce prix seulement, l'égoïsme forcené des personnes était mis en état de consentir des sacrifices à un égoïsme collectif, à un égoïsme de race. La sociabilité spontanée n'existant point ou existant peu en Allemagne une sociabilité artificielle y naquit de la cupidité devant les proies offertes et les butins promis.

Page 1