L'ÉDUCATION SOCIALISTE
Il y a d'ailleurs des accusations plus sérieuses que V Humanité se devrait de repousser et sur lesquelles elle garde un silence fâcheux. L'article du Nouveau Journal de Stuttgart est du 14 octobre, mais je conserve depuis trois semaines, espérant le voir commenter ou contester dans les organes du I Parti », le résumé d'un article plus qu'étr.ange du Vorwaerts, résumé fait par le correspondant berlinois du Carrière délia Sera. Malgré tout l'intérêt qu'elle avait à relever cette pièce presque insultante pour le patriotisme de ses camarades belges ou français, V Humanité n'a pas pipé. Les insinuations de l'organe de la social-démocratie allemande sont antérieures à sa suspension provisoire par l'autorité militaire et à la soumission définitive sur laquelle, à Paris, on versa un hélas! Le VorwaertS]0\i\?,sait de son franc parler quand il a publié l'article résumé par M. Morandetti, le 27, paru le 28 :
Le journal socialiste Vorwaerts, pour démontrer les bons effets de l'éducation socialiste, observe que les
francs-tireurs interviennent contre les soldats allemands presque exclusivement dans les régions dominées par les cléricaux, alors que les régions socialistes comprirent que la guerre se fait entre soldats, sans intervention des habitants. Ainsi dans la ville ouvrière de Verviers il n'est rien survenu, ; lors que dans les districts suivants : Hervé, Battice et Visé, lieux d'éducation cléricale, des faits survinrent qui causèrent la dévastation de ces endroits. La libérale et socialiste Liège, avec son puissant prolétariat, s'nbstint; elle fut protégée, à part quelques exceptions, de l'assaut des soldats allemands, et c'est à cause de cette abstention qu'elle fut épargnée. La cléricale Louvain est détruite; la socialiste Huy est intacte; la cléricale Andenne est détruite. Aucune agression ne semble avoir été commise dans les districts industriels de Charleroi et du Borinage: population socialiste.
La cléricale Dinant paye ses attaques (contre les soldats) de sa destruction, alors que dans la socialistelibérale Bruxelles on n'eût qu'une seule attaque....
Le Vorwaerls continue en faisant remarquer que ces curieuses coïncidences ne dérivaient pas de l'excitation directe des prêtres contre les Allemauds, mais des conditions générales de l'esprit et de l'éducation dans lesquelles se trouvaient les masses cléricales.
Ainsi d'après le Vorwaerls, l'énergie de la résistance spontanée, de la résistance civique varierait en raison inverse de l'énergie socialiste de chaque pays envahi : élancée jusqu'à l'héroïsme partout où la tradition catholique l'avait emportée, tombée à rien ou près de rien partout où l'idée « socialiste-libérale « avait le dessus.
Nous, n'avons pas à prendre à notre compte les statistiques perfides du Vorwaerts. Nous les repoussons même. La mise à l'ordre du jour de l'armée française de tel ou tel militant socialiste et le
UNE MANŒUVRE SOCIALISTE ALLEMANDE. 35r.
nombre de ceux <|iii tombent au champ d'honneur montrent que, selon le mot de Léon Daudet, bien des révolutionnaires sont de beaux soldats qui s'ij^norent. La valeur du bon sang belge ou français n'est pas diminuée par une doctrine sociale. Ce que je souligne, c'est la prétention de la sozial-démocratie d'Allemagne à se faire une alliée et une complice traîtresse de la doctrine socialiste enseignée chez les Belges et chez les Français.
Les organes socialistes français seraient sages d'y contredire. D'autant plus sages que la prétention est vieille, elle ne date pas de la fin de septembre 1914. Bien avant la guerre elle a milité contre nous. En militant ainsi, le pangermanisme, couvert du masque socialiste, avait persuadé bien des esprits impartiaux de l'identité de ces deux propagandes. Quel est donc ce député nationaliste de la Pologne russe, qui, évincé par un socialiste, écrivait à la Revue Bleue de 1911 ou i9Iii que, par sa sozial-démocralie, l'Allemagne était en train de conquérir les socialistes étrangers, de les détacher de leur propre pays?
Imputations calomnieuses! Contre elles les membres des organisations françaises ont protesté et protestent encore en versant chaque jour le plus pur de leur sang pour repousser l'armée barbare de la terre de la patrie. Mais on voudrait entendre un peu moins rarement la protestation des chefs du parti, de ses écrivains, de ses guides. Le parti lui-même en serait honoré et, ce qui ne gâterait rien, le pays en serait servi au lieu d'être divisé par d'absurdes potins antiroyalistes et anticalholiques.