‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 205 sur 238 · L'AME DE L'ENNEMI · texte numérisé non relu

L'AME DE L'ENNEMI

Cela est plus facile i\ subodorer qu'à préciser, mais il y a vraisemblablement quelque chose : puissent les perspectives lumineuses ouvertes par Bainville incliner l'esprit de parti devant les nécessités du pays! Les bons Jeunes-Turcs se sont chargés de démontrer à Conslantinople les profondes affinités de la démocratie libérale et sociale avec l'empire allemand ; évitons, quant à nous, une expérience nouvelle dont il faudrait payer les frais et lisons plutôt, mais lisons avec profit cette dépêche de Berlin que l'Agence Stefani fait circuler à travers la presse italienne. Elle est découpée dans un organe romain :

Dans un article relatif à la mobilisation allemande, le socialiste badois, Fcudrich dit : « Nos fils et nos neveux rediront encore comment le prétendu mécanisme sans âme de notre puissance militaire s'est révélé être simplement une part de cette organisation sainte que Frédéric Schiller nomme fille du ciel. Tous maintenant, voient bien où sont allés les millions et les milliards demandés chaque année parle gouvernement pour les projets militaires. Voilà nos chers soldats bien vêtus, bien chaussés, bien armés! Même ceux qui avaient quelquefois déploré le militarisme et étaient toujours mécontents rendent grâce à Dieu eu

secret pour le fait que le Reichstag ait voté malgré eux toutes les dépenses; car sans cela, que serait-il à présent advenu de nous ? »

Pas un mot qu'il ne faille peser. Pas un qui ne puisse servir contre les préjugés absurdes qu'on essaye d'accréditer dans les cerveaux français.

On a traité le militarisme allemand de machine : ce n'est pas un général, ni un prince, c'est un socialiste qui répond que cette prétendue machine est l'un des organes sacrés de l'âme de sa patrie. On veut nous faire croire que l'opinion avancée des pays germaniques murmure aussi contre le gouffre du budget miUtaire; un socialiste se lève pour dire que chacun voit désormais où est passé tout cet or. Nous savions déjà, Marcel Sembat l'ayant écrit dans Faites un Roi sinon faites la paix, que du budget impérial allemand il n'y a pas dix centimes d'inemployés ; un autre socialiste, allemand celui-là affirme que les milliards sont bien utilisés. Il en crie de plaisir pour ses « chers soldats bien vêtus, bien chaussés, bien armés! » Et il ne finit pas sans former un acte explicite de repentir sur ses vieilles critiques, pourtant bien timides et bien discrètes, du militarisme prussien : ces refus de budget de la guerre, ajoute-t-il, n'ont pas eu de conséquences. Les auteurs du refus bénissent le ciel d'avoir été sauvés malgré eux. Ils s'abîment, ils disparaissent dans la nation. Ils s'enfoncent et s'efTondrent dans un « nous » plein de tendresse pour les composantes de l'action militaire allemande. Leur « nous » embrasse un peuple qui va de l'empereur au dernier adhérent du Parti socialiste démocratique, lequel est le mieux stylé des

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partis. Voih\ l'ûme ennemie ! A nous de la connaître telle quelle est dans les princes et dans le peuple, dans les professeurs, les publicistes et les lettrés : il n'est pas très flatteur de nous être laissés berner pendant la paix, mais il serait un peu trop risible de recommencer l'illusion et la déception pendant que les compatriotes de M. le socialiste Feudrich et de Guillaume II envoient sur nos soldats des arguments auquel l'humanité ne s'est pas trompée jusqu'ici !

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