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LA MOBILISATION ÉCONOMIQUE

Nous avons été des premiers (avec M. Jouhaux de la G. G. T.) à parler de la nécessité de reprendre et de faire reprendre le travail, par tous ceux qui ne se battent pas. Notre article, « en avant les civils ■» qui n'est pas le premier de la série remonte au 16 août : il n'a été écouté qu'en octobre par le gouvernement qui s'est occupé à cette date d'enlever aux Allemands le monopole de la fabrication des produits chimiques. Il faudrait revenir sans cesse sur ce propos. M. Jean Longuet apporte un curieux témoignage de l'activité allemande, d'après un exposé des motifs tiré de la Gazette de l' Allemagne du Nord, et ainsi il confirme tout ce qu'a dit Bainville des avances de l'Allemagne couronnée à « sa » démocratie socialiste, laquelle ne paraît pas vouloir être en reste de politesses avec le royal et impérial protecteur. Canaux, chemins de fer, dessèchement de marais, tout sera poursuivi dans les délais les plus brefs, toutes formalités abrégées, moyennant une procédure que M. Longuet qualifie de « hardie » et qui suppose une autorité singuliè-

rement forte dans TELaL Voici le menu royal du festin proposé au monde du travail allemand :

1° Achèvement des travaux de canalisation de l'Oder sur la section de KoUan à Annaberg; 2" Suppression des dépôts et alluvions sur le parcours et sur les bordures de l'Oder; 5" Dessèchement et endiguement des parties marécageuses contiguës au fleuve; 4° Travaux de nivellement des francs-bords de l'Oder; 5° Travaux prévus par la loi concernant Tamélioration de la voie d'eau de l'Oder au-dessous de Breslau, du 50 juin 1913; (1° Achèvement du canal de Plauen ; 7° Travaux d'approfondissement de l'Elbe ; 8° Etablissement du canal latéral de la Lippe entre Wesel et Dattelm et entre Hamon et Lippstadt.

Cette hardiesse, cette activité se comprennent très bien dans un État oii les pouvoirs publics sont compétents et permanents, où l'ordre règne, où il existe une autorité qui l'impose. Car c'est un axiome que « l'ordre ne naît pas spontanément dans la société » ; il faut une puissance pour l'établir, soit du dedans soit du dehors. Envahis, nous subissons l'autorité du dehors : c'est elle qui nous décide à accepter notre ordre militaire puissant, notre discipline civile approximative. Les envahisseurs allemands ont une autorité qui leur est ^intérieure. Ce contraste n'est pas sans poser à l'esprit de M. Longuet un problème embarrassant. Il écrit donc :

Il faut bien reconnaître qu'à cet égard la bureaucratie impérialiste allemande, si haïssables que soient ses principes essentiels et son esprit même, a su cependant faire largement appel, une fois de plus, aux qualités organisatrices merveilleuses de la race allemande—qualités dont bénéficierait si largement toute l'humanité, si elles n'étaient pas actuellement acca-

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parées et déviées au seul profit d'une politique d'impérialisme brutal.

A la dilTérence (déjà notée ici) de noire bureaucratie républicaine, la bureaucratie allemande a donc la vertu de savoir collaborer avec la nation allemande! La nation allemande a cette autre vertu de posséder des qualités d'org-anisation merveilleusesl Nous voici trois ou quatre fois chez Molière. Petit-fils de Karl Marx qui, bien que juif, a pu posséder quelques gouttes de sang allemand, M. Jean Longuet a des grâces d'état pour estimer la race allemande. Tous les révolutionnaires européens ne sont pas comme lui. Hier même, à la Bataille syndicaliste, un intéressant réquisitoire de Pierre Kropolkine nous montre le propre grand-père de M. Jean Longuet, qui absorba le socialisme international dans un socialisme allemand, imposant à son parti cette « logomachie hégélienne » qui fut, à son heure, un fléau. Marxisme à part, il reste que l'explication de M. Longuet n'est môme pas soutenable au tribunal des plus grands esprits de l'Allemagne. Ils ont nié avec ensemble les « qualités » et les « vertus k que, de tout temps, dans leur fanfaronnade ethnique, s'arrogèrent les Allemands.

Nous avons mille fois cité les pi'opos concordants de Gœthe, de Frédéric II, de Nietzsche, de Schopenhauer. L'explication Longuet est fausse. L'Allemagne ne doit pas ses avantages intérieurs à ce qu'elle est l'Allemagne. L'Allemagne n'est pas une « nation-chef ». Comme répondait Moréas à V Enquête de Morland, « l'Allemagne est un grand et beau pays, j'ai longtemps voyagé en Allemagne; ses

poètes et ses philosophes, du moins ceux de son bon temps, qui n'est pas celui d'aujourd'hui, me sont encore chers, mais j'aime l'ordre en tout et, certes, ce n'est pas à l'AUemag-ne de guider le monde. » Né Athénien et, si j'ai bonne mémoire, entré dans la littérature parisienne par une étude sur Schopenhauer, l'auteur de ces lignes fermes et pures était un témoin plus impartial que M. Longuet.

Un autre témoin impartial est le colonel Feyler, qui, rencontrant jeudi le même sujet (sans nier plus que nous l'organisation germanique) écrivait :

Les qualités d'organisation ne sont pas ignorées du Français : la clarté de son esprit les seconde au contraire, mais dans les affaires privées surtout. Dans les affaires publiques, desquelles l'organisation de l'armée ressortit, la médiocrité du régime politique a été incontestablement un fléau qui a pu légitimer les espérances des Allemands et même leurs illusions.

M. Jean Longuet serait sage d'en croire ce jugement d'un étranger, d'un républicain et sans doute d'un protestant. Il ne devrait d'ailleurs avoir besoin de personne pour douter d'une idée absurde : l'imprévoyance de notre État et l'état inorganique de notre société ne peuvent venir du péché originel de leur naissance française. Encore une fois, ces explications moliéresques sont de la pure comédie et même de la basse farce. Ce n'est pas ce pauvre rideau déployé par les journaux révolutionnaires qui empêchera l'opinion française d'ouvrir les yeux, d'y voir et d'épeler la question, telle qu'elle apparaît :

— Démocratie ou Monarchie.

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