‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 7 sur 238 · LK .M OH AI · texte numérisé non relu

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linie, que ce brusque arrêt imposé par la vie devant l'acte décisif qui les réalise. Il est beau de mourir pour l'idée à laquelle on se donne, il n'est pas moins beau de vivre pour elle, quand partout notre vie atteint à ce maximum d'intensité de dévouement, de détachement, — le combat! Ceux des nôtres qui ont connu, dans leur jeunesse ou leur maturité, le bonheur, la douceur de porter les armes en se préparant à la défense du sol sacré, ceux, moins favorisés qui. tout enfants, se sont sentis appelés à cette existence sublime, et qu'un sort inflexible en a détournés, ceux-là me comprendront, car nous pouvons nous plaindre ensemble de ne pouvoir donner à la Patrie commune que ces ombres sans chair, nos paroles et nos pensées !

Eh bien ! que du moins ces pensées et ces paroles, s'il en est encore temps, lui servent. Qu'elles dressent dans tous les esprits un autel, aussi solide, aussi durable, aussi éclatant que possible, au culte de ces armes que d'autres porteront, à la religion de cette discipline que d'autres observeront, à l'honneur du drapeau qui sera défendu, hélas! par d'autres que nous. Si nous n'exerçons pas sur l'agresseur l'action directe désirée, développons du moins une influence utile. Il ne nous appartient plus de donner des conseils ni de tracer sa ligne de conduite à la magnifique jeunesse qui marcha avec nous contre lennemi de l'intérieur avant d'aller affronter l'ennemi du dehors. Mais comme elle aime ses anciens chefs, comme ils savent qu'elle leur est passionnément dévouée, nous pouvons bien lui dire

de reporter ce dévouement et cette afTection (afin qu'elle déborde, de beaucoup, le simple devoir) sur les chefs militaires que demain peut-être va leur donner. Qu'ils soient des soldats accomplis! Je ne dis pas «eulement des guerriers : le sang français y suffirait. Qu'ils s'efforcent d'être bons militaires professionnels. Que leur docilité, leur impassibilité, leur esprit d'abnégation soient cités en modèle. Il faut des modèles partout. Que ces modèles soient donnés par l'unanimité des Camelots du Roi, des Étudiants et des Ligueurs d'Action française. Il y a des moments où une élite d'hommes peut tout emporter.

En poursuivant la même hypothèse cruelle, on me permettra de reposer aussi le regard sur ceux de nos amis qui, jeunes ou déjà anciens, iront à la frontière en qualité de chefs. Simples chefs d'escouade, meneurs de compagnie ou d'unités plus vastes encore, leur grave et sereine allégresse nous cause autant d'envie et d'admiration que l'entrain sérieux et l'enthousiasme réfléchi des jeunes soldats. En prenant les responsabilités dont le poids est proportionné à leur grade et à leur fonction, nous voyons bien qu'ils les ont prises dans la plénitude du sentiment des services sollicités et obtenus par la volonté supérieure de la patrie. Débutants, vétérans, s'ils sentent que la charge est lourde, quelle joie pour eux de sentir aussi que, du moins à quelque degré, il dépendra de leur sangfroid, de leur courage, de leur initiative et de leur science de refouler une invasion, de la refouler loin de France ! L'esprit que nous leur connaissons

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nous assure que ce sentiment de haute clairvoyance décuplera la vigueur de leurs facultés.

Les hommes de ma génération ont connu l'officier sceptique, le vieux militaire à la Picquart, murmurant à la cantonade que la manœuvre ne sert de rien, que la guerre n'aura jamais lieu. D'autres concédaient la possibilité du péril, mais ils mettaient leur confiance dans les idées démocratiques ou libérales, estimant qu'elles seules pouvaient fournir les éléments moraux de l'efTort populaire : elles dont l'effet le plus sûr était, au contraire, de détourner le peuple de la discipline militaire en môme temps que du devoir national ! D'autres enfin, parmi les officiers de l'ancien style, allaient jusqu'au pacifisme tout net, car, disaient-ils, à mettre les choses au pis et en supposant une guerre, nul sentiment que celui de la justice offensée n'était capable de mettre debout la nation, qui, alors, serait invincible.... On peut parler de ces chimères au passé. Les mihtaires qui les professaient les ont désavouées, les uns devant l'évidence de la vérité, et les autres sous la poussée des circonstances. Un moment égarés, ils ne peuvent plus s'attarder à de telles vieilleries. Depuis trois ou quatre ans, l'action les a ralliés tous. Mais ces convertis n'ont pas eu à faire la leçon à leurs nouveaux camarades, car ceux-ci étaient tous imbus du même esprit nouveau, qui ressemble au souffle de la respiration d'un peuple rajeuni.

Cet esprit militaire, grave, clairvoyant, incapable d'irréflexion et d'emportement, mais immuablement

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résolu, c'est celui que, depuis quinze ans, nous enseignons, pour notre part, au reste de la France. Nous n'avons pas la fatuité de soutenir que le moral du corps des officiers puisse nous devoir quelque chose, nous affirmons même l'inverse : c'est au vieil esprit militaire français que nous sommes allés demander nos leçons. C'est lui que nous avons écouté avec une attention et un respect qui n'excluaient pas la raison critique. Tous nos sentiments sur l'autorité, la continuité, la hiérarchie, la responsabilité nous viennent en très grande partie de ce noble esprit. La corporation militaire est fille de l'histoire et de l'expérience autant que du génie et de la science. Ses décisions spéciales nous ont souvent guidés dans nos jugements généraux. Rien d'étonnant donc à ce qu'une sorte d'accord profond, de concordance spontanée ait été remarquée entre les principes de notre milice civile et les règles de l'organisation militaire. Mais nous serions très fiers si, comme on nous l'a dit souvent, la confrontation de notre réalisme politique avec les directions supérieures de l'art de la guerre avait affermi ou développé l'esprit, la volonté, la haute confiance de ceux de nos amis qui peuvent avoir rang de chefs.

Il y a quinze ans que nous nous appliq^uons non seulement à donner un cerveau, un chef, un chef héréditaire, à la nation française, mais encore à lui retremper le moral. C'est à V Action française, que, au moment d'Agadir, un adversaire clairvoyant, M. Etienne Rey, faisait le principal honneur de ce qu'il appelait : « la renaissance de J'orgueil français ». Nous avons toujours été opposés à tous les

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verliges, celui de rorgiieil comme les aulreb, celui de l'orgueil personnel comme de l'orgueil national. Mais si, dans l'ombre et à l'écart, en un temps où nous n'étions conniis encore que d'une élite, il nous était pourtantpossible de servir dans celte direction, nous conservons l'espoir de pouvoir servir encore, au môme grand objet. A défaut d'armes, nous nous cfTorceronsde rendre cette plume utile. Dans ce journal, où \iavuiV Avant Guerre, dans l'organe qui, dès avanthier, proposait à la presse parisienne la juste conception du devoir militaire et civique', nous essaierons de rendre le même service sacré si les conditions changent et que la guerre doive éclater. Sans^crier : « A Berlin », sans consentir à prendre aucune responsabilité dans les décisions politiques, nous soutiendrons de notre voix ceux qui courront à la frontière, en essayant d'y mettre tout ce que nous avons de vie, d'âme et de sans: !

1. Le 50 juillet, par l'initiative de Jacques Bainville, l'Action française avait publié un « appel à la presse française • invitant nos confrères à imiter les journaux anglais qui venaient de prendre « l'engagement d'honneur de ne publier, sur les préparatifs militaires de leur pays, aucune information qui n'ait été communiquée par les administrations compétentes et responsables aux fins même d'une publication ». Le soir du même jour, le ministre de l'mtérieur convoquait les directeurs des journaux parisiens pour leur demander la même chose dans les mêmes termes ou h peu près.

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