ÉPILOGUE
Les frères de la Sulamite, qui ne savent pas son aventure^ causent entre eux de ce qu'ils doivent faire de leur jeune sœur. Ua Sulamite intervient, se moque de leurs
précautions inutiles, déclare qu'elle a su et saura se garder, et jette un défi dédaigneux à toutes les richesses de Salomon. On entend cependant la voix du berger qui arrive avec ses paianymphes. La jeune fille le prie d'attendre encore.
M. Renan était doué d'une sagacité trop avisée pour ne pas être gêné par cet épilogue, qui vient après la moralité de la pièce. Dans une étude critique, il indiqua la possibilité, la nécessité même de placer cette fin en tête du drame. Puis, avec une religieuse prudence, il s'abstint de prendre le parti qui lui parut être le meilleur.
Mais revenons à l'antiquité juive :
le drame du Cantique des Cantiques fut joué dans l'intimité des familles dès son apparition et longtemps après. Peu à peu, la lecture remplaça le jeu dramatique pour une pièce que chacun connaissait. Enfin, les noms mêmes des personnages disparurent. Et il paraît fort probable que les juifs de Jérusalem, avant les chrétiens, lurent déjà le Cantique^ sans le comprendre.
Ce furent ces lecteurs de lu dernière époque qui attribuèrent à Salomon l'œuvre qui est contre Salomon, et avec quelle violence d'expression ! Le titre même de Cantique des Cantiques est de plusieurs siècles postérieur à l'œuvre. Il fut donné pour exprimer l'excellence, d'une œuvre devenue classique et introduite tardivement dans le recueil des livres saints.
Les Talmudistes (1) même ne furent pas victimes de l'erreur qui allait devenir courante. Ils affirmèrent que le Cantique des Cantiques était l'œuvre d'Ezéchias. Rien n'indique cet auteur au choix des critiques. Mais ce nom a sur celui de Salomon l'avantage de ne pas faire du Cantique des Cantiques un pieux contresens, de ne pas être en opposition avec l'esprit de l'ouvrage.
Pour savoir à quelle époque appartient le Cantique des Cantiques^ il paraît plus utile de consulter l'histoire que la grammaire.
(i) Il y a deux Talmud : l'un est celui de Jérusalem, Vautre celui de Babylone. Ces livres sont d'une grande sagesse et d'une noble inspiration. .
11 est d'abord établi que l'attribution à Salomon est tout à fait ridicule. Le nom ■de Si-Hassirim indique un titre mis très tard. D'un bout à l'autre du poème dramatique, Salomon est violemment attaqué. Chaque phrase, chaque mot, chaque réplique, chaque geste est une dérision de cette puissance royale que Salomon porta si haut dans sa jeunesse et dont il souffrit la décadence à la fin de la vie.
Les critiques allemands, passant à l'autre pôle, ont voulu voir dans le Cantique des Cantiques une œuvre de la dernière Httérature hébraïque. Quelques uns même ont fixé comme époque le 111^ siècle avant Jésus- Christ. La raison donnée par ces critiques paraît assez forte : le Cantique, disent-ils, n'est cité dans aucun autre ouvrage hébreu. Il serait puéril de prétendre que Jérémio y fait allusion quand il dit : « Je ferai cesser la voix de l'époux et la voix de la fiancée ». Hitzig (1) a discuté justement les ressemblances entre le Cantique des Cantiques et
(i) Da^ h obi' Lied.
le livre des Proverbes. Mais le livre des Proverbes n'a pas de date. C'est une marqueterie faite de tous bois précieux.
Il ne faut pas se décider sur des particularités grammaticales(l). Un ou deux termes d'une relative modernité ne peuvent modifier l'opinion sur l'âge d'un antique poème soumis aux copies et aux grattages des scribes. Un mot mal lu ou effacé et remplacé par un autre ne serait qu'un incident humain dans la marche de la pensée divine elle-même. Or, il ne faut pas oublier que le Cantique des Cantiques fut, à son apparition, une œuvre d'actualité et de polémique, sans caractère sacré.
Certains passages, certaines allusions sont plus probantes : la Sulamite est comparée à Thersa et à Jérusalem. L'auteur oppose ainsi l'une à l'autre les deux capitales de Juda et d'Israël. Or Thersa disparait de
(i) De tous les termes où certains ont trouvé Tinfluence persane ou grecque, un seul vaut d'être retenu : Pardès (parc). Ce mot ne serait entré dahs'rhébreu, comme dans les autres langues de l'Asie occidentale et dans le grec [paradeisos] qu'à l'époque achéménide.
Fhistoire en 923, quand Omri élève Samaiie. Un poète écrivant après la captivité ou môme après la période des Rois n'aurait jamais comparé une ville disparue à la glorieuse Jérusalem.
Le Cantique des Cantiques est certainement antérieur à l'an 924 avant Jésus- Christ. Pourquoi n'aurait-il pas été composé pendant la vie de Salomon ?
Ce roi fut deux fois légendaire : au début de son règne il vécut sa propre apothéose. Puis la fin de son existence fut triste, presque misérable. Ses grandes entreprises, ses belles dépenses furent odieuses au peuple, surtout dans les tribus du Nord. Il semble que les soleils, quand ils se couchent après un trop bel éclat, versent au peuple, avec leurs derniers rayons, la colère et la haine contre leur lumière. Les hommes, quand ils cessent d'être éblouis, commenceraient-ils à être jaloux de leur éblouissement ? Salomon connut les tristesses de l'impopularité et la sublime douleur de l'isolement sur le trône. Mais très peu de temps après sa mort, le même roi devint le modèle de toute sagesse, le héros légendaire et demi divin qui sort
(l'objet glorieux aux générations amantes du merveilleux. Dans le monde moderne, la légende de Napoléon n'a pas mis un demisiècle à naître, à grandir et à chevaucher par-dessus la défaite, l'abandon et l'exil. Dans le petit espace de l'ancien monde, la légende Salomon ne dut guère être plus lente à étouffer l'histoire. L'éclat très profane de la cour de Salomon devint tôt un idéal sacré. Enfin les juifs placèrent eux-mêmes le Cantique des Cantiques parmi les livres saints. Tombés dans la piété rituelle ils n'auraient pas accepté une telle œuvre dans le recueil des livres révélés, avant qu'elle eût prit la parure et la poussière des archives. Le Cantique était certainement une chose vénérable par l'âge, au temps du piétisme juif. Faut-il ajouter que la pensée maitresse, que l'allure httéraire du drame sont de la grande époque, plus sémitique que juive ? Faut il noter que les chiffres indiqués dans différentes phrases du drame sont loin des chiffrei> légendaires adoptés plus tard dans d'autres livres, quand il s'agit de la fortune ou de l'armée de Salomon ? La modestie même des estimations pour le nombre
des soldats, des boucliers, des vaillants, pour le prix des fermages, prouve que le Cantique des Cantiques n'a pas été composé dans la lumière grossissante de la légende.
Une foule de traits, dit M. Renan, tels que la mention des deux piscines d'Hésébon (Hésébon avait cessé d'être une ville juive dès l'époque d'Isaïe), les relations familières avec la vieille tribu arabe de Cédar, la circonstance que les équipages de luxe sont appelés des « chars de Pharaon )> (nous savons expressément que Salomon achetait à grands frais des chevaux et des chars en Egypte), l'impression vive des règnes de David et de Salomon, la mention des danses de Mahanaïm, qui nous reporte aux plus anciennes traditions d'Israël, concourent au même résultat, ou du moins rendent insoutenable l'opinion de ceux qui voudraient placer la composition du Cantique après la captivité, époque où le souvenir de l'ancien royaume était fort effacé.
Certains ont conclu que ce drame chargé de haine contre Salomon ne pouvait avoir été fait qu'après sa mort, au temps du schisme, quand les provinces du Nord donnèrent
libre cours à leur colère et à leur liai ne. Cela est po^:sible. Mais est-il invraisemblable que le Cantique des Cantiques ait été composé du vivant même de Salomon, ai- déclin df cette vie royale ? Serait-ce une hypothèse trop hardie que de chercher l'auteur parmi les anciens adulateurs du triomphe qui furent les ordinaires insulteurs de la vieillesse chancelante.
Le Cantique des Cantiques serait une œuvre politique, faite pour diminuer la gloire de Salomon et préparer le schisme prochain. Que Ton ne parle point du crime de lèsemajesté ; qu'on ne le dise pas impossible tandis que vivait le Roi ! L'histoire nous apprend d'autres outrages et plus graves que celui d'un drame intime.
L'auteur du Cantique des Cantiques ne serait-il pas un de ces cavaliers trop jeunes et trop jolis, qui accompagnaient Salomon quand le Roi allait au délicieux jardin d'Etham, un de ces adolescents que le Roi chérissait en vieilHssant, comme il avait chéri la belle Egyptienne tant aimée ?
Parmi ces jeunes hommes brillait un bel Ephraïmite, fils de la veuve Zeroua. Son
nom était Jéroboam. La Bible et Josèphe ont laissé le portrait de cet adolescent, qui devait plus tard porter un lambeau du manteau du grand roi. Jéroboam était grand et mince, avec la taille du lion passant et dressé. Les yeux de cet être rare avaient des effarements adorables, des regards profonds qui tombaient en feux sur les filles de Sion. Cette jeune et délicate chair où vibraient les premières ardeurs de la vie n'avait pas encore la mâle beauté qui sied au guerrier. Mais cette beauté était plus royale que n'avait jamais été celle de Salomon. Tout l'être avait ce chai me étincelant dont la nature revêt, comme d'une cuirasse d'or, les êtres faits pour dominer. Jéroboam avait une de ces têtes de lumière et de clarté qui n'ont pas de sexe en leur jeunesse mais qui, en un jour, se virilisent et deviennent plus belles en devenant terribles tout à coup.
Au temps où l'éphèbe Jéroboam avait sa première beauté, une beauté éclatante comme la sonnerie d'un instrument de fête, en ce temps là Salomon l'accabla de sa faveur royale et ressentit pour lui un de ces
sentiments du fond desquels les rois méprisent la colère do Dieu.
A vivre dans le rayonnement de la cour. Jéroboam prit du goût pour la royauté.
A souffrir la passion du vieillard il prit du mépris pour le Roi.
Un jour, le fils de la veuve sortit de Jérusalem et suivit la route d'Ephraïm pour aller revoir sa maison et ses parcs. Sur la route, il rencontra un vieux nabi, âpre et sévère, qui haïssait le roi Salomon, parce que le fils de David avait fixé pour toujours la Barque d'alliance et sa gloire dans le temple de Jérusalem. iM
Sur les épaules lasses du nabi flottait un long manteau que le nabi coupa en douze morceaux. Puis il prononça des paroles prophétiques, annonçant à Jéroboam dix parts de royauté dans l'héritage de Salomon.
La rencontre entre le nabi et le jeune homme fut peut-être moins poétique et moins imprévue que ne le dit la légende. En tout cas, le vieux prophète et Jéroboam firent une alliance de haine contre Salomon. Le Cantique des Cantiques^ la puissante satire contre le despote affaibli, paraît être
une des armes de combat forgées par les deux alliés ou leurs partisans. Ils durent jouer et réciter en secret l'œuvre amère, ceux qui reprochaient au Roi la multiplicité de ses épouses et les débordements de sa luxure. Jéroboam dut répandre partout le drame politique qui fouaillait Salomon, et les échos des montagnes répondirent avec allégresse aux paroles des acteurs improvisés qui proclamaient la victoire de l'amour rustique sur les richesses, les triomphes de la bergère sur la puissance royale. Le début de la pièce rappelait aux paysans les courses cruelles des gens de Salomon, cherchant, parmi les villages et les vignes, de belles jeunes filles pour la couche royale.
Salomon est devenu le roi de la sagesse et de l'infaillibilité, mais quand le recul du temps a permis de voiler les faiblesses humaines de ce dieu des humains.
Sa naissance môme était marquée d'une honte. Né peut-être de l'adultère de David et de Bethsabée, ou au moins d'un mariage préparé par un double crime, Salomon usurpa fort malhonnêtement le trône, sur Adonias, son frère aine.
Adonias, fils de David et de Hagguih, voulut se consoler dans les joies d'un lit^ après la douleur d'un trône perdu. Il chargea Bethsabée de demander à Salomon la jeune Abischag, la plus radieuse aurore parmi les matins d'Israël. Sans doute d'accord avec Bethsabée, Salomon feignit une grande colère et fit massacrer son frère Adonias.
A la honte du meurtre s'ajoutait la lâcheté d'un serment trahi, car Salomon avait juré que son frère découronné « ne perdrait pas un cheveu de la tête ».
Salomon fit mettre à mort Joab, général de l'armée, qui avait appuyé les droits d'Adonias. Le fier compagnon de David fut frappé dans le tabernacle de Dieu et au coin de l'autel. Nouveau sacrilège doublant un nouveau crime !
Enfin Schimei, qui avait insulté David, Schimei, à la nature ardente et souple, fut massacré sur l'ordre de Salomon.
Ainsi s'affermit par trois crimes la royauté, dans la main sacerdotale de Salomon.
Il possédait cette puissance contre laquelle on commence à se révolter seulement
quand celui qui la possède commence à faiblir.
Salomon semble, à travers le temps, avoir manqué de suite dans les actes, sinon dans les idées : il fit bâtir le Temple et favorisa le clergé. Puis il devint tolérant et pratiqua l'idolâtrie. La prospérité et la gian- ■deur du règne sont peut-être sortis de cette tolérance. Salomon feignit de se donner à l'idolâtrie, pour mieux plaire aux femmes, et <îe culte de la femme a été le plus sincère de cette longue et royale existence. Il fut à peine atténué aux heures où les jeunes hommes eurent quelque empire sur les sens épuisés du roi. Salomon fut, en sa vieillesse, plus épris de beauté et d'amour qu'en sa jeunesse. C'était le regard de la femme qu'il cherchait encore dans les yeux de l'éphèbe.
Les historiens disputent pour savoir si Salomon est mort impénitent ou converti. Il est fort probable que si le grand roi était mort dans les bras des prêtres, l'Ecriture tsainte en tirerait gloire. Elle est muette sur le sujet de la conversion de Salomon.
Il est certain qu'il ne congédia jamais les belles filles idolâtres dont il avait ouaté sa couche.
Les temples en l'honneur des faux dieux et les hauts lieux qu'il avait construits, pour se reposer d'avoir édifié le vrai Temple, ne furent pas détruits sous son règne ; ce fut Josias qui les fit raser. Au surplus, la grande majorité des Pères de l'Eglise et des auteurs croient que le roi Salomon est mort dans l'impénitence finale.
Rien ne prouve que cette attitude traitée d'impénitence fut autre chose que de la sagesse.
Le Cantique des Cantiques est animé de tant de haine contre le grand roi, et le peuple d'où est sortie cette œuvre, avait tant de sens pratique que cette colère ne peut s'être levée que contre un être vivant et en décadence. Montrer la victoire d'une bergère sur le Pacificateur, c'est décapiter le roi de la couronne d'amour, dont chaque fleur était une femme.
Le héros de la pièce est donc la victime, et cruellement immolée. Le Cantique des
Cantiques n'est pas seulement sur Salomon il est contre Salomon.
Mais le drame satirique sur l'aventure du roi et de la Sulamite est aussi une œuvre de philosophie générale, de morale universelle. C'est le privilège des très belles choses de porter en elles leur date comme un sceau et d'être, par surcroît, de tous les temps, parce qu'elles sont humaines : le Tartuffe fait la satire de mœurs aujourd'hui périmées, et il reste pour jamais un chef-d'œuvre sans âge.
De même le Cantique des Cantiques passe par dessus la couronne de Salomon et monte à une thèse éternelle. Il célèbre le triomphe de la passion sur les richesses, de l'amour jeune sur la gloire vieillie. Il crie aux générations qu'aimer c'est être fort, qu'aimer c'est être riche, qu'aimer c'est vivre !
Dans toutes les littératures, des poèmes ont consacré cette thèse glorieuse. Mais il est curieux de noter que le moyen-âge a donné en France une pièce dramatique qui semble calquée sur le Cantique des Cantiques. Dans une œuvre de valeur, M. Eugène
Lintilhac (1) a longuement admiré et analysé cette Moralité qu'il appelle « un vrai drame, et fort remarquable ».
Le titre est long. C'est : « La nouvelle moralité d'une pauvre fille villageoise, laquelle ayma mieux avoir la teste couppée par son père que d'être violée par son seigneur, faite à la louenge et honneur des chastes et honnestes filles. » (2)
Ce titre est d'ailleurs une aimable supercherie de l'auteur inconnu. Car l'honnête fille n'eut pas la tête coupée.
Nous voyons d'abord un pauvre serf qui se lamente sur la mort de sa femme qui a laissé un grand vide. Suivons l'analyse, exacte et claire, de M. Eugène Lintilhac :
Heureusement sa fille Eglantine reste au veuf, diligente et qui remplace la mère. Elle a, en effet, le cœur à l'ouvrage. Ainsi la maison marche, mais que ferait le bonhomme sans elle ?
(1) Histoire générale du Théâtre en France, par Eugène Lintilhac. Tome i : Le théâtre sérieux du moyen-âge., p. 317.
(2) Charles Brunet. Bibliothèque nationale Z. tome K p. 27 sq.q; et les frères Parfait, op. c. tome III, p. 145.
Ma vie me serait trop dure, Si vous me laissiez^ mon enfant.
Cependant le malheur rôde autour de la pauvre maison. Voici le « seigneur de la ville », un beau fils à la mode, un gorrier, à en croire les premiers mots de son dialogue avec son valet :
Mon valet., ay-je beaux habits ?
Mais il a une vilaine âme, car il est en quête de filles à forcer. Sur sa demande son valet lui indique :
La fille au pauvre Groux- Moulu., Eglantine au beau corps menu.
Sur le portrait que le drôle lui fait de la belle, il l'envoie auprès d'elle pour la lui amener : il faut qu'elle vienne en sa serre.
Justement la fille se trouve seule à la maison, le père étant allé fendre du bois pour cuire la lessive. La manière dont Eglantine accueille le courtier d'amour est d'abord piquante, et nous rend plus émouvante, par contraste, l'horreur de la situation qui suivra. Le valet a cherché de prime aboid
à amadouer la belle, en le prenant sur le beau ton et parlant du cœur transy de son maître ; à quoi elle a répliqué, entre autres mots poignans (piquants) par celui-ci que ne désavouerait pas Dorine :
Or s'il a froide si le couvrez ?
Mais le ton va changer. Sur le rapport de son valet, le seigneur déclare qu'il veut la fille « soit par force, soit autrement n ; et il renvoie son factotum avec cet ordre à transmettre au père :
Et luy dy que je luy commande Qu'il me convient avoir sa fille
sinon il la réduira à l'extrême misère. Mais si Groux-Moulu allait se fâcher, objecte le valet qui a plus de langue que de bravoure, et me « donner du boys au dos » ? Il serait pendu ou « brûlé entre cent fagots » répond le seigneur.
Cependant le père qui achevait de fendre son bois et y suait d'ahan, se félicitait, quoique « aussi pauvre que Job «, d'êtie heureux en sa pauvreté, grâce à sa fille.
Entre temps le valet a transmis à Eglantine les propositions pressantes du seigneur, avec offre de vêtements et de parures, de quoi (( se marier richement », mais la brave fille lui a riposté :
Ce serait très belle parure
Mais mon corps ne seroit qu^ ordure
Comme il veut user de violence, Eglantine appelle à l'aide. Le père accourt, et va rosser le coquin qui prend la parade avec ce mot : « Je suis au seigneur de la ville » ! La fille est la première à calmer son père : « Vous seriez tué, lui crie t-elle, et moy à honte diffamée ». On s'explique donc :
LE PERE La veut-il prendre en mariage'^
LE VALET Nenny, mais c'est pour s'en servir.
LE PERE ( J'entends : avoir son pucelage.