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Les confessions d'un révolutionnaire pour servir à l'histoire de la Révolution de Février

Que les rois se codliseiU d’im biiiil de l'Europe à l’auli'c eonti'e les nalioiis;

Que le vicaire du Jé.sus-Clirist lance l’aiiatlièuie à la liberté;

Que les républicains tombent écrasés sous les murs <le, leurs villes :

■ La Républiipie rest(.‘l'idéal des sociétés, et la libei'fé oulrap;ée reparaît liientùt, coiiiuie ie soleil après l’éclipse.

Uni, notissuiiiiiies vaincus et htuuiliés; oui. grâce à notre indésciplinc, à notre incapacité révolutionnaire, tious voilà tons dispersés, emprisonnés, désarmés, muets. I.e sort di‘ la démocratie européenne est tombé di; nos mains civi([ues à celles des prétoriens.

Mais la guerre de Uonie en est-elle plus juste cl plus constitutionnelle •?

Mais rilalie, la Hongrie, la Pologne, iiarce qu’elles protestent dans le silence, sont-elles rayées du catalogue des nations'.'

Mais, démocrates-socialistes, avons-nous cessé d’ètre le parti de l’avenir, parti qui compte aujourd’lmi la moitié do la France'.'

Mais vous, bourgeois désolés, que l’on ne

saslre consommera la ruine, en clcs-vous |)lus dynastiques, plus jésuites, plus cosaques'?...

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e l'ail

ilelli-

Itépublicams, voide'/.-vousdoni'abréger votre épreuve , l'cssaisir b: gouvernail . redi'veuir bienté)l les ai'bitresdii monde' Je vous di'inande pour tout ellort di' ne plus toucher, jnsipi'à nouvel ordre, à la Itévolution. \’ous ne l;i connaissez point ; étudie'/.-la. l.aissez l'air.seule la l’i(ivid(‘nci> ; jamais, pai' le conseil des mortels. (‘Ile ne l'id en meilleure voi(>. Itc'spr/ immobiles, quoi ([u’il advienne: recueillezvous dans votre foi, et n'gardez, avec le sourire du soldat a.ssuré do la victoire, vos superbes triomphateurs.

Ims insensi'st ils pleurent ce qu'ils ont tait depuis tn'Ute ans pour la liberti''! Ils demandent pardon à Dieu et aux hommes d’avoir

comballu dix-liiiit ans la enrruptiori ! Nôlis avons ^11 le chef de L’Êlat s’écrier, en se frappant la poitrine : Feccai i! Qu’il abdique donc, s’il a tant.de règret des cinq millions et deini de sdffragfô que lui à valus la llépubliqu'e!... Ne sait-il pas que la s«tisffldio;q aü'ssi bièii qûeié fermé-propos, iai[ paiiie cssenlielle de la Pésttexce’?

Puisque tout le monde se confesse, et qu’en brisant nos presses on n’a pas mis le sceau sur nos écritoircs. je veux, moi aussi,.piWler à nies concitoyens dans l’àmèrfume deinbliâme.

Écoutez la révélation d’un fidhimé qliise trompa quelquefois, mais qui fut toujours fidèle. Que ma voix s’élève à vous, comme la confession du condamné. comme la conscience de la prison.

La France a été donnée on exemple aux nations. Dans son abaissement comme dans ses gloires, elle est toujouré la reine dti monde. Si elle s’élève, les peuples sclcvent avec elle: si elle descend, ils s’allaisseiit. Nulle, bberie ne ]ieul être conquise sans elle: nulle conjuralioii du despolisinu iie prévaudra contre elle. Eludions les causes de uotra grandeur et do notre (kâiadeuce, afin que nous soyons fermes, à l’avenir, dans nos résolutions, et que les iieuples, sûrs de notre appui, formeiiî avec nous, sans crainte, la sainte alliance de la Liberté et de l’Egalité.

ie cliorcberai les causes qui ont amené parmi nous les malheurs de la démocratie, et qui nous empêchent de réaliser les promesses que nous avions faites pour elle. El. puisque le citoyen est toujours l’expression jdus ou moins complète de la pensée des partis, puisque les circonstances ont fait de moi, chétif et inconnu, l’un des originaux de la llévoiution démocratique et sociale, je dirai, sans dissimuler, quelles idées ont dirigé ma coiitluile, quelles espérances ont soutenu mon coura.ge. Eu faisant ma confession, je ferai celle de liiute la démocratie. DesiiUriuaiis. eniieniisuo toute société qui ne paie pas leurs vices, de toute religion qui condamne leur libertinage, nous oui accusés d’anarcliie et d’athéisme; d’autres, les mains pleines de rapines, ont dit que nous IH-échions ie^vol. Je mettrai notre foi, la foi démocratique et sociale, en regard de celle de ces liominos de Dieu ; ol l’on verra de quel côté est le véritable esprit d’ordre et de religion, de quel côté l’hypocrisie et la révolte. Je’ rappellerai ce que' nous avons tenté de faire pour l’émancipation des Iravailleiiis. et l’on verra de quel cote sont les parasites et les pillards. Je dirai, pour ce qui me concerne, les raisons de la politique que j’eusse, préférée, s’il m’avait été donné d’çn faire prévaloir une; j’exposerai les motifs de.lotis lues actes; Je ferai l’aveu de mes fautes: et, si quelque vive parole, si quelque pensée, hardie échappe à ma plume brûlante, pawloniiez-la moi, ô mes frères, comme à un pécheur huinihe. Ici je n exhorte, ni ne

èm&illo : je fais devant vous mon examen de conscience. Puisse-t-il vous donner, comme à moi-même le secret de vos misères, et l’espoir ■ d’un avenir meilleur !

II. PvafèssiGii lïe ïëî. Kâilîis'e et clcslî- EiattGB tics pnêtis.

Lés jugéniéus de Dieu sont impénétrables, dit le crÔyaul. Une ])liilosophio sacrilège, ajipliquanl liux événemens sa logique vacillante, peut seule eiilreprondre, dans son indomptable oigiieil, do les rendre intelligibles. Pourquoi, (iemandez-vou3,‘CCsrévblulions, avec leurs déviations et leurs retours, leurs calasli'ophes et leurs crimes'? Pourquoi ces crises terribles, qui semblent annoncer aux sociétés leur dernière heure; ces tremblemens parmi les,peuples, ces grandes désolations do l’iiisloire? Écoutez lîossuet, écoutez tous ceux que la foi humilie sons son joug salutaire : ils vous répondront que les vues de la Providence sont inaccessibles à la prudence de l’homme, et que tout ariive |iour la plus grande gloire de Dieu, ad majurem Iki ÿhrkim !

Moins modeste que la foi, la philosophie essaie do donner un peu de sens aux choses de ce monde: elle leur assigne des motifs et des causes : et, C[uand la théologie, sa souveraine, se tait, l’audacieuse suivaute prend la parole. Où la révélation surnaturelle finit, la révélation rationnelle commence.

Qii’est-cc d’abord que la religion ? La l'eligion est l’éternel amour qui ravit les âmes au-delà du sensible, et qui eulrelicul dans les sociétés une inaltérable jeunesse. Ce n’est point à elle do nous donner la sieiice : le dogme dans la religion ne sert qu’à éteindre la charité. Pourquoi donedosoi-disantthéologiens voudraientils faire du plus pur do notre conscience une plianlasmasie de m.vstèrcs?...

Dieu est la forceuniversolio, pénétrée (t’inlell igence,qui produit, par une information infinie à’elle-méme les êtres de tous les règnes, clejnii.s lelluide impondérable ju^u’à rhonnne,et qui, dans l’homme seul, iiarvient à se connaître et h dire Moi.' Loin d’être notre mailre, Dieu est l’objet de notre étude : comment les thaumaturges on ont-ils fait un être personnel, tantôt roi''absolu, comme le dieu des Juifs et dos chrétiens, tantôt souverain constitutionucl comme celui des déistes, et dont la Proxidence incompréhensible n’est occuiiée, par ses préceptes comme par ses actes, qu'à dérouteniolre raison ■?

Quel est cet ordre du sa/ii/, qui ri’a rien de commun avec l’ordre îîu sièc/e; ce spirituel qui annulle tout autre intérêt, cette contemplation qui avilit tout idéal, cotte prétendue science inspirée contre toute science? Que nous veulent-ils avec leurs dogmes sans base intelligible, avec leurs symboles sans objet positif,

' avec leure riles dépourvus de signification hümaine? Ou le catholicisme est l’allé,gorie de la société, ou il n’est rien. Or. le temps est venu

où l’allégorie doit faire place à la réalité, où la lliéologie est impiété, et la foi sacrilège. Un Dieu qui gouverne et qui ne s’explique pas est un Dieu que je nie, que je hais par-dessus toute chose...

El croyez-vous, quand je lui adresse celle i|uestion :

« D’où vient, ô mon Dieu, que la Société est divisée en fractions ennemies, intolérantes, obstinées chacune dans son erreur, implacables dans leurs vengeances^ Où est la nécessité pour la marche du monde et le progrès de la civilisation, (|uo les hommes so détestent et se déchirent^ Quelle Destinée, quel Satan a voulu, pour l’ordre des cités et le perfeclionnonieni des individus, qu’ils ne pussent ]innser, agir librement les uns a côté des autres, s’aimer au besoin, et en tout cas so laisser tranquilles? »

El qi-io ce Dieu,'par la bouche de sesininis- Ires, me fait entendre celte parole imiûc :

<( llonnne, ne vois-tu pas que la race est déchue, et ton iliiio livrée depuis la création aux puissances infernales? La justice cl la paix ne sont pas du lieu que tu habiles. Le Souverain Arbitre, en oxpiationdororigincllesouil- Inre, a livré les linmains à leurs projircs qunrelles. Le vase a-t-il le droit do ilire au potier: pourquoi ni’as-lu fait ainsi? »

Croyez-vous, dis-je, que mon cœur so résigne et t|uo ma raison se tienne pour salisl'aile? f

Respectons, si vous voulez,lesccrctdcDieu; inclinons notre volonté devant ses indiscutables arrêts. Mais puisijn’il a livré le monde et nousmêmes à notre curiosité entreprenante, il permet sans doute que nous disputions mémo de l’origine et do la cause de nos dis|iutos, dût ceilo controverse nous rendre un jour aussi savans i[ue lui. Disputons donc ; et plût à l’Etre sans fond et sans lin que nous n’eussions jamais fait autre chose! L’homme serait depuis longtemps le niailro de la terre, et nous, déniacratcs-socialistes, nous n’eussions pas, du o'i. février Itl'iS nu 13 juin 18'r0, abandonné sans cesse la proie pour l’ombre.

Pour moi, JO no recule devant aucune investigation. Et si le Révélateur suprême so refuse à m’instruire, je m’instruirai moi-même, je descendrai au plus profond do mon âme; je mangerai, comme mou iière, le fruit sacré de la science : et quand d’infortune je me tromperais, j’aurais dn moins le mérite do mon audace, tandis que Lui n’aurait pas l’excuse de son silence.

Abandonné à mes propres lumières, je cherche à me reconnaître sur ce terrain hérissé lie la politique et do l’histoire; et voici ce qu’à première vue je crois d’abord comprendre.

La Société, comme le Temps, se présente à l’esprit sous deux ilimensions, le passé et l’«-

Lo présent est la ligue imaginaire qui les sé¬

pare Tun de l'autre, comme l'équateur divise le globe en deux hémisphères.!

Le passé et l’avenir, voilà lés tloux pôles du courant humanitaire : le premier, générateur du second; le second, complément logique et nécessaire rlu premier.

Emlirassons par la iiensée, dans une mémo contemplation, les rloux dimensions do l'Iiistoiro : le tout ensemble formera le Système social, complet, sans solution do continuité, identique à lui-même dans toutes ses pai'lies, et dans lequel les anomalies et accidens serviront à faire mieux ressortir la pensée histol'ique, l’ordre.

Ainsi le système social, dans sa vérité et sou intégralité, ne peut existei' à tcljouretdans telle ïie du globe ; il ne peut nous être révélé 'il la lin'des lemiis, il ne sera connu i|ue du . -nier mortel. Pour nous, qui tenons le ndlicii des générations, nous ne iiouvons nous le représenter que sur îles ronjeclurcs de jilus 1 plus approxiimUives: la seule, chose tpii

do l’Immaiiilé progressive, c’est, d'après la e iulelligoiice de noire passé, do pri'parer

là so borne noire scie réduit l’exorcicede m nous-mêmes que no-, Iluer sur la i^lcs^linée^il

Or, puisque l’inn qu’elle n’agit que sur visions, elle se divisi grandes classes ; l’un l’expérience des anci en avant dans les in l’autre qui, inipalien' davantage aux réfoi égal, soit des Iradilioi .s’avancer d’nn pas cet grès, est chose impo.s exclusive. Nous ni.i dès l’abord nous jugi simullanéilé d’aperce la science. La conditii calion, c’est donc la d nous apercevons la c nous pouvons légilim cisme cl sans i do nous ; la Foi quand

)us nll’re-t-ciie u

U le proprt

celui-là?

Entrons dans les faits.

Le parti du passé, suivant qui‘ nous le consiilérons dans l’ordre îles faits religieux, politiques ou éçonomifiues. s’appelle Cullmlirisme, Léyilimite, Propriété. La généralisation do ces trois Iermc.sc5t \'Ahsoliitismc.

Tout CO que nous iiouvons, tout ce que nous

voulons, tout ce que nous sommes, à quelque . point de vue que nous nous placions, découle, soit à titre de filiation, soit à titre d’opposition, dece iiassé, c’est-à-dire de la propriété féodale ou patrimoniale, de la roj-auté, du catLoli-

Nous ne sommes plus aujourd’hui ce que nous étions hier, précisément parce que nous l’avons été; nous cesserons un jour d’être ce que nous sommes, précisément parce que nous le sommes.

liais comment s’accomplit cette évolution ?

Le catholicisme, pour sortir de l’état chaotique et s’élever àlunilé, tend à se rationaliser toujours davantage. Far" ce rationalisme, il se corrompt lui-même, il perd son carad'cre mystique, et devient une philosophie de la iiature et de l’humanité. — Les privilèges de l’Église gallicane au moyen âge, l’influence de la réforme au xvr= siècle: les travaux apologétiques des Fénelon, desBossuet,dos Fleury, etc., etc., nu XVII' ; le mouvement encyclopédiste du xvni' ; la tolérance, ou pour mieux dire, l’indilférence légale et constitutionnelle du xix', expriment autant de phases diverses du catholicisme.

D’autre part la royauté, aljsolue à son origine comme la puissance paternelle dont elle est l’incrément, a liesoin, à mesure qu’elle étend son domaine, de l’organiser, et cette organisation, qui n’est autre chose qu’une application à la politique du urincqie de la division du travail, conduit fatalemeut la royauté à la démocratie. — J.’émanci]»timides communes; les emiiicleiiiens successife de la royauté sous Louis XI, rûchelieu et Louis XIV: les constitutions de 1790, de l’an ni, de l’an vin, de 181i et de 1830; la constitution nouvelle de 1818, sont les manifestations, dans l’ordre politique, de l’œuvre révolulioimaire.

Enfin la iiropriété, par l’hérédité, par l’cgalilé de partage, par les mutations, jwr l’hypo- Ih’eque, par îa division du travail, iiar la circulation et par une foule d’autres causes, tend également à changer de nature et de forme : les économistes le savent tous. — L’abolition des maîtrises, mains-mortes, droits féodaux, etc. ; la vente, au nom de l’Etat, des biens du clergé; l’égalité devant riiiipol, ont fait subir à la propriété, depuis soixante ans, des modifications •qui, pom- être moins sensibles, n’en sont pas moins prefondes et réelles.

Du reste, ces trois mouvemens parallèles, le mouvement catholique, le mouvement monarchique, et le mouvement économique, ii’e.xpriment, tunsi iiu’il a été dit, qu’uiie seule et même chose, la conversion de l’idée absohtdslc, eu sa contraire, savoir, l’idée démocraligtic cl sociale. — Considérée philosophiquement, la royauté do droit divin est une émanation du catholicisme, formée par la distinction du spirituel et du temporel: la propriété est une émanation do la royauté, ]iar rinstilution féodale. Le socialisme, ou la démocratie sociale,

dernier terme du catholicisme, est donc aussi la dernière forme de la royauté et de la propriété. Le socialisme est le produit du catholicisme et en même temps son adversaire, tout à la fois fils du Christ et Ante-Christ. La foi n’en conviendra pas, sans doute : il nous suffit que la philosophie, que l’histoire en déposent.

Le catholicisme, la royauté, la propriété, en un mot l’absolutisme, expriment donc pour nous le passé historique et social ; la démocratie-socialiste en exprime l'avenir.

Comme l’absolutisme fut, à une autre époque, l’état légal et normal de lasociété, le Socialisme aspire à devenir aussi l’état légal'ct normal de cette société.

Tant que les deux termes opposés du mouvement, ou les partis qui les représentent, ne se seront jias compris, ils se feront la guerre; ils se diront, comme Ajax à Ulysse : Enlève-moi ou je f enlève ! Le jou r OÙ se fera leur mutuelle reconnaissance, ils ne tarderont pas à s’identifier et se fondre.

Le catholicisme a posé le iiroblème: le socialisme prélend le résoudre. Le premier a fourni la symbolique do l’humanité; au second d’en donner l’exég'ese. Cette évolution est inévitable, fatale.

Mais, nous l’avons dit : les révolutions de l’humanité ne s’acrom]ilissent jioint avec cette ])lacidité philosophique; les iieu]des ne reçoivent la science qu’à contre-cœur; et puis, l’iiumanité n’est-elle lias libre? Il s’élève donc, à chaque tentative de iirpgrès, une tempête de contradictions, des oppositions et des luttes qui, sous l’impression d’une fureur divine, au lieu de se résoudre amiablement par des transactions, aboutissent à des catastrophes.

11 résulte de ces agitations et tiraillemens que la société ne parcourt iioint la série de ses (Il -.tincis sui un plan régulier, et par un droit chemin; elle s’écarte tantôt à droite, tantôt à gauche, comme attirée et repoussée par des forces contraires : et ce sont ces oscillations, coml.dnéesavec les attaques du socialisme et les résistances de l’absolutisme, c(ui produisent les [léripéties du drame social.

Ainsi, tandis ([ue le mouvement direct de la société donne lieu à deux jiarlis contraires, l’absolutisme et le socialisme; le mouvement oscillatoire iiroduil à son tour deux auli’cs ]iartis, hostiles entre eux et aux deux autres, que j’appellei'ai, de leurs noms histori([ues, le premier, jiisle-milieu ou duclrinc, le second, démagogie, jacohinisme, ou radicalisme.

Le juste-milieu, connu des philosophes sous le nom d’éclectisme, vient de cette disposition d’es})rit égoïste et p.ares3euse, qui préféré aux solutions franches des accoramodemeus impossibles; qui accepte la religion, mais faite à sa convenance; qui veut de la philosophie, mais sous réserve; qui supporte la inonarGliic, mais complaisatité, la démocratie, mais soumise; qui liroclame la liberté du commerce, mais en se

U’üiN llÉVOLUTIONNÀIllE,

couvrant de protections; qui s’arrangerait de la de liase, n’est qu’un vain mot. C’est pour cela gratuité de la circulation et du crédit, mais on que le parti absolutiste est appelé aussi jmrti stipulant un intérêt'pour ses capitaux;, qui, consemiteur.

enfin, lait consister la sagesse à tenir la balance Ce qui distingue le juste-milieu, ou doetriégale, autant que possible, entre l’autorité et la uarisme, est un caractère de sophistique et d’arlibei'lé, le statu guo cl le progrès, l’intérêt privé bitraire ; son idée vraie est cpi’ii la société il ajipt l’intérêt général; sans Jamais comprendre partient de se régir elle-même, d’être sa provi- ’que l’autorité engendre fatalement la liberté, dencc et son Dieu. Iji loi. pour le doctrinaire, que la philosophie est le produit incviUiblc de la est le produit pur do la pensée gouverni'inoureligion, que la monarchie se iransfurme con- laie, pai' conséipient émineniinent.vHê/VcO'rr.

tinuellement en démocratie, et, conséquem- Le radicalisme.se rccoimait à son ardeur conment, tiuele dernier termedu progrcs’est celui Ire rinimobilisme cl rarbilraire : sa jiroleslaoii, liai' la succession des réformes, l’intérêt in- lionesi sa jusiilication. dividuol est identique cà l’intérêt général, cl la Le socialisme conçoit l'ordi'csocial comme le liberté synonyme d’ordre. résullatd’uncscienceiiosiliYeotHft/cfq'rr: mais.

1.0 imrli démagogique ou soi-ilisani radical comme loul es.sor scientilùiue. il e.sl siijel à résulte de rimpalienco que fout également prendre ses hypodii'ses pour des réalités, ses éprouver aux esprilsde bonne foi et la réaction utopies jioiir (ies insiiiulions. absolutiste cl, les niénngemcns du jusle-iuilien. L’ahsolutisnie, fertile sa priorité, j’ai presl\e voyant dans les rois cl les iirêlros que des que dit de son droit d’ainesse, mais dupe de exploiteurs et des tyi'ans, dans les hommes de son principe, dont loulc l’eflicacité est. de s’ajusle-niilieu que des mystilicateurs et des ain- broger lui-même, toujours eiueuvrc de resbilieux, la démagogie songe moins il Iransfor- lauraliün,nc.serlqu’àalinicuierlcsrévolutions: mer pacifiquement qu’à supprimer brusque- —le juste-milieu s’efforce d’enrayer le char ment les institutions antérieures : elle prend le l'évulutionnaire, cl l'éussil seulemenl à le préciliassé, non comme. Ihème, mais comme adver- |iitcr. —la démagogie vont accélérer lu moiivesaire. S’adressant plus aux pa.ssions du iicnplc ment et le fail réagir; — le socialisme, faisant qu’à sa raison, quand elle s’imagine le faire violence aux tradilions, linit souvenl par s’exparler, elle ne réussit ipt’h l’ameuter. - communier de la société.

Le juste-milieu est l’hypocrisie du progrès; Du rosie, il eu est des partis poliliques com- La démagogie en est la lièvre. me des systèmes de jihilosophie. Ils .s’eugen-

Le juste-milieu s’adresse de préférence à la di'ent et se contredisent réciproqneiuenl, cumhüurgeuisie, hostile à la noblesse cl au clergé, me tous les Ici'ines exirêuies, se susciteul l’un à qui elle reproche leur immobilisme et dont l’autre, s’excluoni, jiai'fois semhleul s’éleiudre elle jalouse les prérogatives, mais qui répugne l'iour reparaître à de longs intervalles.'l'mil aux tendances radicales et se raidit contre les lionimuqui raisonne et qui cherche à se rendre, conclusions égalitaires du progrès. coiiqitodoses opinions, soitmi politique,soit en

Le radicalisme va mieux au pciqile. Euelfet, philosophie,seclassoimmédiatcmenllui-même,

idus l’homme se seul déshérité, plus il est en- jwrlesoul fait diijugomcut qu’il exprime, dans clin à bouleverser et l'econsli'uire violeumient un parti ou système'cjuelconquc ; celui-là seul la société qui le déshérite. qui ne pense |)as n’est d'aucun parti, d’aucune

Ainsi la démagogie et le juslp-milieu sont |ihilusophie, d’aucune religion. Et tel est préciopposés l’im à l’autre, comme rahsolutisme sèment l’état habituel des masses, ijui, hors les et le socialisme le sont oiitre eux : ces quatre époques d’agilaliou, restent conqilèlenieul inpartis forment, si j’ose ainsi dire, les quatre dilférentes aux siiéculalions jioliliques et relipoinls cardinaux de l’histoire. Résultat uéces- gieiises. itlais ce calme, celle atara.xiu intellecsairo de notre perfectibilité, ils sont, conlem- luelle du peuple n’est point stérile. C’est le peuporains dans la société comme dans la raison, |>lo qui, à la longue,sans théories, par ses créact indestructibles. Sous’nulle noms divers, lions spontanées, modilie, l'éforme, absorbe les grec et barbare, citoyen et esclave, Spartiate et projets des politiques et les doelrines des phi- Ilote, patricien et prolétaire, guelfe et gibelin, losophes, et qiii, créant sans cesse une réalité noble et serf, bourgeois cl compagnon, capila- nouvelle, change inccssainmeiil la base de la liste cl ouvrier, vous les retrouvez dans tous ■ poliliiiue et de la philosophie, les siècles et chez tous les jieuples. 'fous ont eu L’al-isolutisnio , dominant en Erance jusi|uc leurs crimes et leurs folies, comme ils ont leur vers la lin du dernier siècle, est depuis celle part do vérité et leur utilité dans l’évolution époque en décroissance continue; — le doctrihumanilairo.lnstigateursderopinion, agens et narismo, manifesté avec un certain éclat à la modérateurs du progrès, ils pcrsonnirioni en eux suite de la révolution do juillet, a jinssé avec le les facultés do l’être collectif, les conditions do règne de dix-huit ans. Quant à la démagogie la vie sociale. et au socialisme, la première, rcchaullée par les

L’absolulismcscdistinguesurtontparsaforce romanciers révolutionnaires, a reparu eu féd’iuerlic ; ce. qu’il a de vrai est sou esjiril de vrier, pour refouler la révolution dans les juurconscrvalion, sans lequel le progrès, manquant nées des 17 mars, 16 avril, 15 mai, et s’abîmer

dans celle du 13 juin;-rie second, ap% ayoip traîné .vingt ans sa mystique existence, est tout près de se dissoudre. U n’y a pius,,à l’heure où j’écris, de partis en France; il lie reste plus, sous rétendai-d de la République, qu’une coalition de bourgeois ruinés contre une coalition de prolétaii-es niouranl de faim. La mis'ere commune aura produit ce que n’avait pu faire la raison générale : en détruisant la richesse, elle aura détruit l’anlagonisme.

Ce que je viens de dire des partis qui divisent primordialement toute société, ii’est encore qu’une définition : eh bien ! c’est déjà toute l’histoire. C’est la pliilosopbie même du progrès, la mort du mysjicisiiie social, finis iheolagite! Que le sceptique et l’inspiré disputent à [lerte de vue sur la valeur et la légitimité de la raison humaine, qu’importe leur doute, si la raison nous impose fatidiquement ses formules f Que nous importe de savoir ([ue nous leurrions n etre pas hommes? C’est le privilège de la raison, c’est sa misère, si l’on veut, de ramener à des idées simples et lucides les phénomènes les plus gigantesques, les plus embrouillés de la c'ralisalion et de la nature. De même que les plus grands lleuves ne sont que des ruisseaux à leur source; de même, pour la raison du philosophe, les révolutions les plus terribles dépendent-de causes d’une simplicité naïve. La foi ne nous apprend point à juger les choses avec ce discernement vulgaire : c’est que la foi, ainsi que Dieu dont elle est un don, ne raisonne pas.

La détermination que je viens de faire des partis, de leurs principes et de leurs tendances, est vraie, parce qu’elle est nécessaire et universelle. commune a tous les siècles et à tous les peuples, quelle que soit la variété des partis, leurs origines, leurs intérêts, leur but; elle est n’aie,'fiarce qu’elle ne peut pas ne pas être vraie.

C’est l’expression des aspects les qilus généraux de l’bistüiro, et des attractions primitives de la société.

La société, être vivant et perfectible, qui so dévelopjie dans le temiis, à l’opposite de Dieu, ijui existe immobile dans l’éternite, a nécessairement deux pôles, l’uu qui regarde le passé, l’autre tourné vers l’avenir. Dans la société, où les idées et les opinions se divisent et se classent comme les tempéramens et les intérêts, il y â donc aussi deux partis principaux : le parti alisolutiste, qui s’etforce de conserver et de reconstruire le passé : et le parti socialiste, qui tend incessamment à dégager et à produire l’avenir.

Mais la société, en vertu de la raison analytique dont l’homme est doué, oscille et dévie continuellement à droite et à gauche de la ligne du progrès, suivant la divei'sité des passions qui lui servent de moteurs, fl y a donc aussi, entre les deux partis extrêmes, deux partis moyeus, en termes parlementaires, un yentre droit et mi centre gauche, une Gironde et une

5Ioutagne, qui pou^e ou relient incessaniment la Révolution hors, de sa voie.

Tout céla est d’une évidence presque mathématique, d’uue cérlitudé expérimentale. Telle est rexactilude de cptle topographie, qu’il suffit d’y jeter les yeux pour avoir aussitôt lit clef de toutes les évolutions et rétrogradations d.c l’humanité.

U faut', dit l’Ecriture sainte, qu'il y ait des partis : Opurtet cnim hæreses esse. —' Terrible - Il faut ! s’écrie Bossuet dans une adoration profonde, sans qu’il ose chercher la raison do cet Il faut!

Un peu de réllexion nous a révélé le principe et la signification des partis : il s’agit d’en connaître le but et la fin.

Tous les hommes sont é.gaux cl libres : la société, par nature et destination, est doncau- lonome, comme qui dirait ingouvernable. La "sphère d’activité de chaque citoyen étant déterminée par la division naturelle du travail et par .le choix qu’il fait d’une profession, les fonctions sociales combinées de manière à produire un etlèt harmoniciue, l’ordre résulte do la libre action de tous ; il n’y a pas de gouvernement. Quiconque mot la main sur moi pour me gouverner est un usurpateur et un tyran ; je le déclare mon cimenii.

Mais la physiologie sociale ne coinportc pas d’abord cette organisation égalitaire : l’idée de Providence, qui apparaît une des pi'emicres dans la société, y répugne. L’égalité nous de arrive par une succession de tyrannies et gouveriiemens, dans lesquels la Liberté est continuellement aux prises avec l'absolutisme, comme Israël avec Jéhovah. L’égalité naît donc continuellement pour nous de l’inégalité : la Liberté a ])Our père le Gouvernement.'

Lorsque les premiers hommes s’assemblèrent au bord des forêts pour fonder la société; ils ne se dirent point, comme feraient les actionnaires d’une commandite : Organisons nus droits et nos devoiis, de maniéré à produire pour chacun et pour tous la plus grande somme de bienêtre, et amener en même temjis notre égalité et notre indépendance. Tant do raisoirétait hors de la portée des premiers hommes, et en contradiction avec la théorie des révélateurs. On se tint un tout autre langage : Constituons au milieu de nous une Actorhé qui nous surveille et nous gouverne, Consliltiamus super nos reejem ! C’est ainsi que l’entendirent, au 10 décembre 1818, nos paysans, quand ils donnèrent leuis suffrages à Louis Bonaparte. La voix du peuple est la voix du pouvoir, en attendant qu’elle deiienne la voix de la liberté. Aussi, toute autorité est de droit divin : Omnis poleslas à Dm, dit saint Paul.

L’autorité, voilà donc quelle a été la première idée sociale du goure humain.

D’UN RÉVÔtÜTIONNAIRE.

Kl la scpoiido a dlé de l'ravailloV inmiddiàlemeiil à l’alidlilion de l’autovifé, chacun la voulant faire servir d’ihslrnihcnt il sa lihorlé propre contre la liberté d’aulrui : telle est la destinée, telle est l’œuvre des Partis.

L’autnriié ne fut pas plus tût inaugurée dans le inoiide, qu’elle devint l’ohjet de la compétition universelle. Autorité, Gouvernement. Pouvoir, Etal,—ces mots désignent tous la même chose; — chacun y vit le moyen d’ojiprimer et d’exploiter scs semhlahles. Absolutistes, doctrinaires, démagogues et socialistes, tnurnéreni incessamment leurs regards, vers l’autorité, (‘omme vers loue pôle unique.

De là cct aiihorismc du parti radical, que les doctrinaires et les absolutistes ne désavoueraient assurément pas ; Lu rcvnhiliov soriak est k inU ; la rirohainn polilùp/c ( c’est-à-diro le déjilacemcnt de l’autorité) est le moijcn. Ce qui veut dire : Donnez-nous droit de vie et do mort sur vos )iorsonnes et sur vos biens, et nous

vous ferons libres !.11 y a plus de six mille

ans cpie les rois et les prêtres nous répètent cela !

Ainsi le Gouvernement et les Partis sont réciproipicmont l’im à l’autre Cause Eiu et Moyen. Ils existent l’im pour l’autre ; leur destinée est commune : c’est d’appeler chaqucijour les peuples à rémancipaiiou; c'est do solliciter énergiquemeiU leur initiative i)ar la gêne do leuis facultés; c’est do façonner leur esprit et de les pou.sser contimiellemeui voi's le |irogrès ))ar le préjugé, par les restrictions, ])ar nue résistance calcidée à toutes leurs idées, à tous leurs besoins. Tu no feras point ceci; lu t’abstiendras de cela : le Gouvernement, quel que soit le parti qui règne, n’a jamais su’ dire antre chose. La Dcfksf. est depuis Eden le .système d’éducation du genre linmain. Mais, l'iionnno une fois parvenu à l’ilge de maj(}rilé, le Gouvernement et les Partis doivent dfeparaîll'e. Celte cfinclnsion arrive ici avec la même rigueur de logique, avec la même nécessité de tendance (1 lie nous a vous vu le social isme sort ir do Ta bso- Intisme, la philosophie naitre de la religion, l’égalité seposersur l’inégalité même.

Lorsque, par l’analyse philosopldtpie. On vent se. rendre compte de l’autorité, do son principe, de scs formes, de scs ollèts, on reconnait bientôt (juo la constitution do l’autorité, spirituelle et temporelle, n’est, autre chose qii’un oiyçanisme préparatoire, essentiellement parasite et corruptible, incapable par lui-même de produire autre chose, quelle que soit sa forme, quelque idée qu’il rejiréscnte, que tyrannie et mi.sère. Ixi philosophie affirme en coiikiquencc, contrairement a la foi; que la constitution d’une anioïité sur le peuple n’est qu’un établissemént de transition ; que le pouvoir n’étant point une conclusion: de la science, mais un produi,! de la spontanéité, s’évanotiit dès qu’il se discute ; que, loin de se fortifier et de grandir avec le lemiB, comme le supposent les partis rivaux

-qui rassiégenl; il doit se idduiro indéfiniment et s’absorber dans l’organisation industrielle: qu’eil conséquence, il iie doit point être placé son, mais socs la société ; et, retournant l’aphorisme des radicaux, clic conclut : Larévoliilinn jmliliqne, Taholitiôn de l’autorité parmi les honnnes est le bul ; la rcvolulinn sociale csl le moyen.

C’est )iOur cela, ajoute le philosophe, que tous les partis, sans exception, en tant (pi'ils all'eclent le pouvoir, sont des variétés de l'alisolutismc, et qu’il n’y aura de lihcrié pour les citoyens, d’ordre pour les .sociétés, d’union entre les travailleurs, que lorsque lercnuma'ment à l’autorité aura remplacé dans le catéchisme politique la foi à l’aulor'dé.

Plus (le punis ;

Plus d’autorité-,

IJliertc atisolui! de l'homme cl du citoyen

En trois mots, j'ai fait ma profession do foi politique et sociale.

C'est dans cet esprit de négation gouvernementale que je disais un jour h un homme d'une rare intelligence, maisqni a lafaiblessi: de vouloir être nunistre:

« Conspirez avec nous la démolition du gonvornemenl. Eailcs-vous révolulionuairo pour la iiansformation do l'Europe et du monde, et r(!sl(.‘z journaliste. » (P.eprcsentant du Ihiple,. 5juinl8i-8.)

Il me fut répondu ;

« Il y a deux manières d’être révolutionnaire : par en haut . c'est la révolution par l'initiative, par l’intelligence, parle iirogrî's, |iar les idées;— par en bas, c’est la révolution jiar Tinsnrrection, iiar la force, par le- dé.sespoir. par les pavés.

» .te fus, je suis encore révolutionnaire/wr en /(«!(/; je n’ai Jamais été, je neserai jamais révolutionnaire par en bas.

» Ac comptez donc pas sur moi pour cousjiii'eijamais la démolition d’aucun gouvernemeni, mon esprit s'y refuserait. Il n'est accessible qu’à une seuie pcnsiT’ ; améliorer le gouvei'noment. » [Presse, G juin 18'f8.)

Il y a dans cette ilislinction, /wr en haut, par ru te, beaucoup de clicpielisel fort])ou de vérit:'’. M. de Girardin, en s’exprimant de la sorte, a Cru dire une chose aussi neiivt; que ttrofonde : il n’a fait que reproduire rélernello illusion des démagogues qui, pensant, avec l'aid:' du pouvoir, faire avancer les révolutions, n’ont jamais su que les faire rétrograder. Examinons (le pris la penstîe de M. do Girardin.

Il plaît à cet ingémieux publiciste d’appeler la révolution par l’inilialivc, par l’intelligence, le progrès et les idées, révolution par en haut ; il lui plaît d’appeler la révolution par l’insurrection et le désespoir, révolution par en bas. C’est juste le contraire qui est mai.

Par en haut, dans la pensée de Tauteur que je cite, signifie évidemment le pouvoir ; par en bas signifie le peuple. D’qn côté l’action du

gnuvernement, de l’autre l’initiative dos niasses.

Tl s’agit donc de savoir laquelle de ces deux initiatives, celle du gouvernement ou celle du jwiiple, est la plus intelligente, la plus progressive, la plus pacifique.'

• Or, la révolution par en haut, c’est inévitablement, j’en dirai plus taixl la raison, la révolution par le bon plaisir du prince, par l’arbitraire d’un ministre, par les tàtonneinens d’une assemblée, par la violence d’un clul) ; c’est la révolution par la dictature et le despotisme.

Amsi font pratiquée Louis XIV, Napoléon, Charles X ; ainsi la veulent 5DI. Guizot, Louis Blanc, Léon Fauelièr. Les blancs, les bleus, les rouges, tous sur ce point sont d’accord.

La révolution par l’iniliativc des masses, c’est la révolution.par le concert des citoyens, par l’expérience des travailleur, par le progrès et la üittusion des lumières, la révolution parla liberté. Condorcet, ïurgot, Robespierre, cherchaient la révolution par en bas, la vraie démocratie. Un des hommes qui révolutionna le plus, et qui gouverna le moins, fut saint Louis. La France, au temps de saint Louis, s’était faite elle-même; elle avait produit, comme une vigne pousse ses bouigeons, ses seigneur et ses vassaux: quand le roi publia son fameux règlement, il n’était que l’enregistreur des volontés publiques.

Le socialisme a donné en plein dans l’illusion du radicalisme- le divin Platon, il y a plus de deux mille ans, en fut un triste exemple. Saint- Simon, Fourier, Owen, Cabet, LouisBlanc, tous p.artisansde l’organisation du travail par l’Etat, par le capital, par une autorité quelconque, appellent, comme M.de Girardin, la révolution par en /laiil. Au lieu d’apprendre au peuple h s’organiser lui-même, de faire appel à son expérience et à sa raison, ils lui demandent le itouvoir ! En quoi dillcrent-ils des des))otesi Aussi sont-ils utopistes comme tous les despotes: ceux-ci s’en vont, ceux-là ne peuvent prendre racine. .

Il implique que le Gouvernement puisse être jamais révolutionnaire, et cela par la raison toute simple qu’il est gouvernement. La société seule, la masse pénétrée d’intelligence, peut se révolutionner elle-même, parce que seule elle peut deplover rationnellement sa spontanéité, analyser, expliquer le mystère de sa destinée et de son origine, changer sa foi et sa | philosophie: parce que seule, enfin, elle est calialile de lutter contreson auteur, et de produire son fruit. Les gouvernemens senties fléaux de Dieu, établis pour disrip/iH?/- le monde; et vous voulez qu’ils se détruisent eux-mêmes, qu’ils ci-éent la liberté, qu’ils fassent des i-évolutions 1

Il n’en peut être ainsi. Toutes les révolutions, dejmis le sacre du premier roi jusqu’à la Déclaration des Droits de l’Homme, se sont accomplies par la spontanéité du peuple : les gouvernemens ont toujours empêché, toujours comprimé, toujours frappé; ilsn’ont jamais rien ré¬

volutionné. Leur rôle n’est pas de procurer le mouvement, mais de le retenir. Quand même, ce qui répugne, ils auraient la science révolutionnaire, la science sociale, ils ne pourraient l’appliquer, ils n’en auraient pas le droit. Il faudrait qu’au préalidde ils fissent passer leur science dans le peuple, qu’ils obtinssent le con- ■ sentement des citoyens: ce qui est méconnaître la nature de l’autorité et du pouvoir.

Les faits viennent ici confirmer la théorie.

Les nations les plus libres sont celles où le pouvoir a le moins dimliativc, ou son rôle est le plus restreint; citons seulement les Etats-Unis d’Amérique, la Suisse, l’Angleterre, la Hollande. Au contraire, lesnations les plus asservies sont celles où le pouvoir est le mieux organisé et le plus fort, témoin nous. Et cepemiant nous nous plaignons sans cesse de n’ètre pas gouvernés, nous demandons un pouvoir fort, toujours plus fort!

L’église disait jadis, parlant comme une mère tendre ; ’fout pour le p.;uple, mais tout par les prêtres.

La monarchie est venue après l’église ; Toui pour le peuple, mais tout par le prince.

Les doctrinaires : Tout jiour le peuple, mais tout par la bourgeoisie.

Les radicaux n’ont pas changé le principe pour avoir changé la formule- Tout pour le peuple, mais tout par l’état.

C’est toujours le même gouvernementalisme, le même communisme.

, Qui doncosera dire enfin : Tout pour le peuple, et tout par le peuple, même le gouvernement? — 'fout pour le peuple; Agriculture, commerce, industrie, philosophie, religion, police, etc. ’fout par le peuple ; le gouvernement et la religion, aussi bien que f agriculture et le commerce.

La démocratie est l’abolition de tous les pouvoirs, spirituel et temporel; législatif, exécutif, judiciaire, propriétaire. Ce n’est pas la Bible, sans doute, qui nous le révèle ; c’est la logique des sociétés, c’est l’enchaînement des actes révolutionnaires, c’est toute la philosophie moderne.

Suivant M. de Lamartine, d’accord en cela avec M. de Genoude, c’est au gouvernement à dire : Je veux. Le paj-s n’a qu’à répondre : Je consens.

Et l’expérience des siècles leur répond que le meilleur des gouvernemens est celui qui parvient le mieux à se rendre inutile. Avons-nous besoin de parasites pour travailler et de prêtres pour parler à Dieu 1 Nous n’avons pas davantage besoin d’élus qui nous gouvernent.

L’exploitation de l’homme par l’homme, a dit quelqu’un, d’est le vol. Eh bien! le gouvernement de l’homme par l’homme, c’est la servitude ; et toute religion positive, aboutissant au dogme de l'infaillibilité papale, n’est elle-mèmc autre chose que l'adoration de l’homme par.

l’homme, l’idolâtrie.

D’DN REVOLUHONNATUE. 9

L’altsolulismc, fondant à la fois la puissance de V’aiitol, du trône et du coffrc-forl, a niulliplid,-comme un réseau, les chaînes sur l’huraanilé.Apr'osl’exploilalioii de l’honnne par l’homme, apres le gouvernement do riiomme par l’homme, après l’adoration de riioinme par l’homme, nous-avons encore:

Le jugement do l’homme par l’homme,

La condamnation do l’Iiomme par l’homme,

Et pour terminor la série, la punition de l’Iiomme par l’homme !

Cos institutions religieuses, polilicpics, judiciaires, dont nous sommes si fiers, que nous devons respecter, auxquelles il faut ohéir, jusqu’à CO (pie, par le progrès du temps, elle se llétrissont et qu’elles tombent, comme lefruit toiuhe dans .sa saison, sont lesinstrumens de notre aplirenlissagc, signes visibles du gouvernement de l’Instinct sur l’humanitc, restes affaiblis, mais non défigurés, dos conlumes sangninail'cs qui signalèrent notre has-fige. L’anthropophagie a dispai'ii depuis longtemps, non sans résistance do l’autorité toutefois, avec se.s làtos alrocos : elle subsiste paiîont dans l’esprit de nos institutions, j’en atteste le sacrement d’eucharistie et le Code iiénal.

La rai.sou ])hilosn|)hiqno répudie cette symbolique do sauvages; elle proscrit ces formes exagérées du rcapcct humain. Et pourtant elle n’entend point, avec les radicaux et lesdoctrinairos, qu’on puisse procéder à cette réforme par autorité législative; elle n’admet pas (pic personne aille droildepiïjcurerle bien du peuple malgié le peuple, qu’il soit licite de rendre libre \me nation (|ui veut être gouvernée. La pliilosoiihic ne donne sa confiance qu’aux réformes sorties de la libre volonté des sociétés : les seules révolutions qu’elle avoue soûl celles ipii iirocèdent de l’iuiliative des masses : elle nie, do la maiiièro la plus absolue, la compéjonee révolutionnaire des gouvernemens.

En résumé :

Si l’on n’iutcrroge que, la foi, la scission de la société apparaît comme l’effet terrible do la déchéance originelle do l’homme. C'(3sl ce que la mythologie grecrpic a cx|irimé par la fable dos guerriers nés des dents du sorpeni, et qui s’eniretuèrenl tous après leur naissance. Dieu, d’après ce mythe, a laissé aux mains do partis antagonistes le gouvernement de rimnumilé, afin que la discorde établisse son règne sur la terre, cl C[ue l'homme Apprenne, sous une ]ierpctuelle tyrannie, à roiiorler sa pensée vers un autre séjour.

Devant la raison, les gouvernemens et les partis ne sont que la mise en scène de6cunco[its iondàmentaux de la société, une réalisation d’abstractions, une iiantomime métaphysic[uo, dont le sons est LiBiatTC.

J’ai fait ma profession de foi. Vous connaissez les,personnages qui, dans ce compte-rendu de ma vie politique doivent jouer les principaux rôles: vous savez quel est le sujet do la

représentation : soyez attentifs à ce que je vais maintonaul vous raconter.

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