‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 176 sur 213 · Ibid., tome VIII, page · texte numérisé non relu

Ibid., tome VIII, page

jamais être jugé par les étrangers, parce que le langage familier, différent du langage sublime, a des beautés qui ne peuvent être traduites. Corneille et Racine seraient plus aisés à être entendus de nos voisins que Molière et la Fontaine; ces derniers ont une délicatesse qui ne peut être sentie que par un Français homme de lettres et de goût 1 .

La nature est beaucoup plus au-dessus de nos efforts que l'art; rien de plus éloigné de nous que le vrai*.

Depuis vingt ans, nos écrivains abusent jusqu'à l'ennui de ces expressions du cœur et de l'esprit, de l'art et de la nature; l'art est un mode vide de sens; la belle nature; a des proportions dans ses parties; elle est parfaite; elle se suffit à elle-même; et qu'est-ce que l'art sans la nature?

Y a-t-il de l'art dans ce chant admirable de Milton où il décrit le paradis terrestre et les amours innocents d'Adam et d'Eve? Y a-t-il de l'art dans la peinture des jardins d'Armide, de son amour, de sa fureur, de son désespoir? Ces beaux morceaux, les productions du génie, ne sont dûs qu'à la nature; c'est l'art qui a créé YAdone du cavalier Marin et cette foule de poètes et

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