Voyez Fréron : Lettres sur quelques ÉaHts, etc., tome IV
Vous faites rentrer tous les maux Dans la boîte qu'ouvrit Pandore.
Du convive que la santé
De ses rayons brillants colore,
Vous n'êtes pas moins souhaité
Que du malade qui déplore
Les suites de la Volupté;
Et, tous les matins consulté
Comme un docteur grave et capable,
Le soir, vous êtes invité
A souper, comme un homme aimable.
Alors, après avoir dicté
Un arrêt cruel qui condamne
Cent malheureux à la tisane,
Votre gosier est humecté
D'un vin frais qui,- dans la fougère,
Sourit avec malignité,
Comme s'il avait médité
Par sa mousse vive et légère,
D'étourdir votre gravité.
Mais cet ermitage agréable, Par vous embelli chaque jour, Du bonheur pur et véritable Est à vos yeux le seul séjour.
p. 330 et 331 (1751, 3 mai) ; du même : Opuscules, tome I, pages 395 et 396 (1753), et VAlmanach des Muses, 1772, pages 125 et 126.
Homère, Anacréon, Pindare, La Fontaine, Boileau, La Fare, Sont les dieux de ce Tivoli; Et vous y mettez en oubli Le jargon funèbre et barbare D'Hippocrate et de Galien; Préférant à leur sombre style Les chants d'Horace et de Virgile, Et les bons mots de Lucien.
Pour ce modèle des vrais sages, Soleil, ne luis point à demi; Sur la tête de mon ami Lève-toi toujours sans nuages.
Puissé-je, au gré de mes désirs, Charmer ses rapides loisirs Dans cette retraite fleurie, Où, loin des bavards importants, Nous épanchons nos sentiments, Au sein de l'amitié chérie 1 Est-il des entretiens plus doux, Des plaisirs plus vrais que les nôtres?
MORAND, je parle avec les autres :
Je ne puis causer qu'avec vous 1 .
1. On trouve dans ces vers de l'esprit, de l'agrément, des éloges flatteurs. Fréron parlant ailleurs de cette Èpitre, dit : « Je ne puis, en conscience, ni la louer ni la critiquer. Je dirai seulement que ce qui m'en fait présumer quelque bien, c'est que le petit malin Bébé (La Harpe, ainsi surnommé à cause de sa petite taille, qui le faisait ressembler au fameux nain du même nom, au service de Stanislas, roi de Pologne), n'en a point balbutié de mal dans son Mercure. » (L 1 Année littéraire, 1772, tomo VIII, p. 346.)