‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 20 sur 213 · Jouée le 5 février · texte numérisé non relu

Jouée le 5 février

98 LES CONFESSIONS t>E FRÉRON.

Je conviens d'abord que celles de vos remarques auxquelles je ne répondrai pas sont fondées. »

Suivent neuf pages de récriminations colériques, qui prouvent que Marmontel a tort, puisqu'il se fâche. Il conclut en ces termes cavaliers :

« En voilà assez, monsieur, pour vous prouver le casque je fais de vos remarques, et l'attention avec laquelle je les ai lues. Continuez de communiquer aux auteurs vos lumières. Des critiques, même hasardées, font faire à ceux qu'elles intéressent des réflexions utiles; mais on a mieux à attendre des vôtres, pourvu que vous vous donniez la peine de puiser dans les sources du goût et de la saine érudition, d'étudier les règles de l'art, d'approfondir et de combiner les parties du tout dont vous ferez l'analyse.

« Je suis avec une parfaite considération,

« Monsieur,

« Votre, etc. '.

« Marmontel. »

Marmontel s'était montré peu avisé en voulant manier l'arme difficile et surtout dangereuse du persiflage contre Fréron ; le maître lui renvoya ses traits de telle façon, que le jeune et infortuné père de Denys le Tyranne s'en releva jamais :

1. Lettres sur quelques écrits, etc., tome I, pages 104 à 115.

« De tous les auteurs, dont j'ai parlé dans mes premières feuilles , je croyais-, monsieur, que vous deviez être le moins mécontent.

« Vous avez trouvé peu de justesse dans quelquesunes de mes critiques.

<( Si les raisons que vous apportez pour vous justifier me paraissaient solides, je serais le premier à convenir de mon tort. Je n'aurais que des compliments à vous faire sur la beauté de votre tragédie, et des remerciments sur votre générosité à relever mes fautes. Mais comme vos objections n'ont pas à mes yeux désintéressés toute la force qu'elles doivent avoir aux vôtres, permettez-moi d'y répondre en peu de mots

« Je vous suis obligé, Monsieur, du conseil que vous me donnez à la fin de votre lettre, de puiser dans les sources du goût et de la saine érudition, d'étudier les règles de l'art, d'approfondir et de combiner les parties du tout dont je ferai l'analyse. Je suis bien résolu de profiter de ces leçons, et je tâcherai de les mettre en pratique, lorsque je rendrai compte de votre tragédie (VAristomène.

« Je suis, etc. f .

« Fréron. »

1. Lettres sur quelques écrits, etc., tome I, pages 115 à 125.

Fréron tint d'autant plu» facilement parole à Marmontel, qu* Aristomène était bien au dessous de Denys le Tyran. Après une longue analyse critique de la seconde œuvre tragique du jeune poète*, il se résume en ces termes :

« Je puis vous assurer, sans craindre que Ton me soupçonne de partialité, que toute la pièce est écrite d'un style rude, bas, ampoulé, plein d'ambiguïtés, d'inversions vicieuses, et de fautes de langage , Je ne vous parle point des vers imités, pour ne rien dire de plus, de tous les poètes que noua connaissons* Il y en a une quantité raisonnable. Il m'eût été fort aisé de vous indiquer les sources où un génie aussi fécond a daigné puiser. Maïs ce détail m'eût mené trop loin. Il n'y a donc dans ce tableau ni ordonnance, ni dessin, ni traits neufs, ni coloris, ni correction, ni chaleur ; c'est une peinture bizarre, sèche et morte. J'en suis réellement fâché pour l'auteur qui avait donné quelques espérances par son Denys le Tyran^que je mets, malgré tous ses défauts, fort au-dessus de son Aristomène 2 , »

Voltaire, après avoir lu l'examen d'Avis fomêhe, fe trouva si iuste, qu'il en fit faire dés Com piiinents à F^ëron- pà*' Thiriot, lequel dit au critiqué que Voltaire regardait cette excellente critique comme le pendant de celle du Cid par l'Académie française : ce furent ses propres ternies.- L'auteur de

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