‹ Les confessions de Fréron (1719-1776): sa vie, souvenirs intimes et anecdotiques, ses penséesChapitre 32 sur 213 · Jean-Jacques Rousseau · texte numérisé non relu

Jean-Jacques Rousseau

Vénus l'art de se faire aimer; Les Grâces leur souris, les Muses leur langage Les Dieux ont des mêmes présens Comblé STANISLAS leur image, Mais avec des traits différents :

La Boîte que donna Pandore 1 Renfermait tous les maux; et celle que je tiens M'offre les traits chéris du Héros que j'adore : Elle renferme tous les biens*. »

A son retour à Paris, Fréron trouva en vente ses Opuscules, publiés en trois volumes in-12, sous la rubrique d'Amsterdam (Paris).

Une « Lettre de l'éditeur à M. l'abbé G*** » lui annonce, en ees termes mystérieux, l'objet de cette publication :

« Il y a longtemps, monsieur/ que vous me sollicitez de vous faire part des petits ouvrages de M. F*** , dont les uns , publiés avec succès , sont devenus extrêmement rares» et les autres sont encore manuscrits. Vous savez que jeles possède tous. Je suis lié depuis douze ans avec Fauteur de l'amitié la plus iutime, et il n'a jamais cessé de me communiquer ce qu'il a composé, soit en prose , soit en vers , pas même depuis que je suis en Hollande. J'ai pris le parti, me trouvant dans un pays libre, de faire

1. A Prométhéej et qu'ouvrit si imprudemment le trop curieux Épiméthée.

2. Lettres $m quelques écrits, etc., 1753, ttfme IX, pages 332 à 351. Lettre XV (21 juin 1753).

imprimer ses Opuscules, au risque de lui déplaire, « M. F***, au sortir des Jésuites, en 1739, connut feu M. l'abbé Des fontaines, qui le jugea digne de partager ses occupations littéraires, lia constamment travaillé aux Observations sur les écrits modernes et aux Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, jusqu'à la mort de cet abbé , arrivée au mois de décembre 1745; en sorte que dans la collection des Observations et des Jugements, il y a, pour le moins, sept à huit volumes de la façon de mon ami. Mais vous pensez bien que je n'en ai rien détaché pour mettre dans ces Opuscules, quoique je connaisse parfaitement les morceaux qui lui appartiennent. J'ai cru seulement pouvoir prendre trois ou quatre Lettres imprimées particulièrement sous son nom. <( Parmi les pièces que je vous envoie, il y en a quelques-unes dont il n'est pas bien certain que M. F*** soit l'auteur. Telles sont la Lettre sur les Discours prononcés à F Académie française, la Lettre de fabbé Cotin, la Lettre d'un bourgeois de Paris. La raison qui me les a fait employer, c'est qu'elles ont passé dans le public pour être de lui. On a cru y reconnaître son tour d'esprit et son style. Je l'ai souvent questionné là-dessus jusqu'à l'importunité ; il ne m'a jamais donné de réponse positive. À l'exception de ces trois morceaux douteux, tout ce que vous lirez, monsieur, dans ces trois volumes, est absolument de lui. J'ai pris la liberté d'y faire quelques

retranchements, quelques additions et quelques notes qui m'ont paru nécessaires.

« J'ai fait imprimer ces Opuscules à mes frais, et je n'ai pas lieu de m'en repentir. Tous ceux qui prennent les Lettres sur quelques Écrits de ce temps, du même auteur (et le nombre en est ici considérable), font l'acquisition de ces trois volumes. Je voudrais bien en faire passer un certain nombre à Paris; mais je ne sais comment m'y prendre. Ne pourriez -vous pas, monsieur, m'en indiquer les moyens, ou plutôt obtenir une permission du Magistrat éclairé et prudemment facile qui préside aujourd'hui à votre librairie? Je suis persuadé qu'il ne vous la refusera pas, lorsqu'après avoir lu l'exemplaire que je vous envoie et que je vous prie de lui communiquer, il aura vu qu'il n'y a rien, dans ces trois volumes, de contraire à la religion, aux bonnes mœurs, au gouvernement de France, et qu'ils ne contiennent que des critiques purement littéraires. Je vous prie en grâce, monsieur, de me rendre ce service. Je vous en aurai la plus grande obligation, et je serai toute ma vie, avec l'attachement le plus inviolable et la plus vive reconnaissance, « Monsieur, - « -Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« À Amsterdam, ce 6 février 1753. »

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