V Année littéraire, 1758, tome II, pages 37 et
bilement ce que nous nous cachions à nous-mêmes; nos ridicules, nos travers, nos opinions, nos préjugés, nos vices, nos défauts, les motifs clandestins de nos démarches, les ruses de notre amour-propre, son influence imperceptible sur nos paroles et nos actions les plus indifférentes en apparence; en un mot, un ouvrage de ce genre, pour être goûté, doit être le résultat de l'étude de soi-même et surtout de la connaissance de ses semblables.
Un mauvais moraliste est celui qui se consulte plus qu'il.n'observe ceux qui l'environnent; je cherche dans ses écrits l'âme universelle, en quelque sorte, qui anime cette fourmilière d'êtres appelés hommes, et je n'y trouve que son âme personnelle; je lui demande un tableau de l'humanité, en général; il ne me trace que Je portrait d'un individu, en particulier.
Mais pour l'ordinaire, ce qui nuit le plus aux réflexions morales, est le nuage dont se couvrent la plu part des Penseurs modernes; on exige un style concis; le leur est haché ; chaque phrase doit être un corps : ils ne donnent que des membres; ils présentent des énigmes h deviner plutôt que des maximes à méditer, des ténèbres ou tout au plus des crépuscules à la place des lumières. Leur but est de dévoiler; ils remettent sur le cœur de l'homme le masque qu'ils voulaient ôter 1
Il n'y a pas bien longtemps que les mathématiques