‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 17 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L'ofFxier qui la concîuisoit m'aperçut : il m'ordonna aussitôt de descendre pour me faire arrêter, et je descendis en enrageant. Mais à peine cet officier, qui était de mon régiment, m'eut-il reconnu qu'il fit un éclat de rire :

(( Quoi ! c'est vous, dit-il, mon colonel ? Et que diable allez-vous donc faire par ce balcon ? Je croyois vos affaires plus avancées.

— Morbleu ! lui dis-je, je Ile croyois aus^i, mais une sotte complaisance pour une folle...

— Allez, allez, reprit-il, vous n'êtes point fait pour prendre cette voie-là ; on ne doit faire entrer aujourd'hui par une fenêtre que ceux qu'on y peut faire sertir : frappez à la porte, et faites-vous ouvrir. »

Il se mettoit déjà en devoir d'exécuter ce qu'il me disoit, mais je l'en empêchai, et je me retirai chez moi plein de dépit.

Une aventure arrivée à un colonel dans une garnison ne peut pas être secrète ; la mienne fut publique le lendemain.

J'avois eu le temps de me remettre, et je me prêtai de bonne grâce à toutes les plaisanteries. Les plus iTîauvaises que j'eus à essuyer furent celles de l'intendante. Elle me dit que le conimerce de la bourgeoisie étoit au-dessous de moi, et qu'elle avoit à se plaindre de ce que je la négligeois. Il est vrai que j'y allais peu. L'insipide fatuité qui régnoit à l'intendance m'en avoit écarté.

Monsieur l'intendant était un petit homme plein de prétentions, d'une mine basse, d'un air fat, d'un esprit faux, d'un babil éternel et d'un maintien impertinent.

Dès notre première entrevue j'avois remarqué, dans les politesses excessives qu'il croyoit me faire, une' suffisance que j'aurois imaginé être au dernier période, si je n'avois vu quelque temps après madame l'intendante. Ce couple poussoit la morgue et la vanité au dernier excès-

Les agaceries que mon aventure m'attira de la part de l'intendante me firent changer de conduite, et je résolus de m'y attacher. Je pris He parti de m'en amuser ; et, pour y parvenir, j'eus la méclianceté d'entretenir leur manie. D'ailleurs, les troupes ont malheureusement besoin de ces gens-là ; je flattai donc leur orgueil, j'applaudis à leurs ridicules, je disois en leur parlant d'eux-mêmes, : des gens comme eux.

Je soutenois que la représentation était nécessaire dans la place qu'ils occupoient, et faisoit partie du service du ïoi.

Cette conduite fut très utile à mon régiment. Il n'étoit que par détachement dans la ville, le reste étoit répandu dans les villages autour de la place.

Le soldat avoit beau faire du désordre, toutes les plaintes du pays n'étoient pas seulement écoutées, et le quartier fut bon ; les bonnes grâces de madame l'intendante, que je parvins à obtenir, le

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