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LES ILLUSIONS

On s'est fait, depuis plus d'un demi-siècle, de grandes illusions sur les Associations ouvrières de production. Malgré les déceptions, on continue à les entretenir. Je ne saurais mieux faire que de répéter ici ce que je disais dans Tarticle que je publiai le 6 février 1900, après le banquet qui avait été offert, le 4 février, à MM. Waldeck-Rousseau et Millerand par la Chambre consultative, des Associations ouvrières de production.

Je ne puis pas donner des chiffres d'ensemble plus récents que ceux que j'ai donnés alors. Je les avais empruntés à un volume intéressant publié en 1897 par rOffice du travail intitulé : Les Associations ouvrières de production.

Depuis 1897, TOffice du travail a publié trois gros volumes dont le dernier a paru en 1903, intitulés : Les Associations professionnelles ouvrières. Elles sont rangées par classes industrielles. Les notices comprennent toutes les Associations professionnelles et leur histoire dans laquelle, le plus souvent, les grèves occupent la plus grande place, comme les batailles dans les histoires des peuples ; celle des Associations de production y est si bien enfouie qu'on ne pourrait la reconstituer que par un long travail de dépouillement; et malheureusement le résultat ne correspondrait pas à l'effort.

Dans son Bulletin, l'Office du travail ne donne d'autre renseignement sur les Associations ouvrières de production que la liste de celles qui touchent des subsides de l'État.

La Chambre consultative des Associations ouvrières de production qui offrait le banquet et dont le siège est actuellement 98, boulevard Sébastopol, est une Fédération d'Associations ouvrières dont l'objet était défini dans les termes suivants :

Au point de vue économique, elle cherche à procurer aux Associations adhérentes, par ses renseignements et son appui, la plus grande somme possible de travaux pubhcs et de travaux privés; elle sert tout spécialement d'intermédiaire pour les travaux qne ces Associations peuvent se commander les unes aux autres.

Au point de vue social, elle s'efforce de susciter des Asso* dations nouvelles et de les faire profiter de rexpérience acquise par les anciennes. En outre, elle se présente <îomme

une sorte de ti'ibunal arbitral destiné à régler tous les froissements qui pourront se produire entre adhérents de la coopération de production. Enfin elle poursuit avec persévérance auprès des pouvoirs publics les réformes légales jugées nécessaires au développement des Associations de production. Son action a contribué notamment à faire rendre le décret du 4 juin 1888, relatif aux conditions dans lesquelles les Associations ouvrières sont •admises à participer aux adjudications de l'Etat, du département et des communes.

En un mot, laChambre consultative des Associations ouvrières de production a pour objet la direction politique des Associations ouvrières de production. Elle se considère comme leur tutrice.

M. Waldeck- Rousseau, l'hôte de cette Chambre consultative, a été fort aimable pour elle et pour les Associations ouvrières de production. Mais ces amabilités ont un grand défaut. Elles créent des illusions : et ce ne sont pas les illusions qui constituent Tactif des bilans.

M. Waldeck-Rousseau a mêlé la loi de 1884 sur les Syndicats ouvriers et les Associations ouvrières de production fo^ndées en vertu de la loi de 1867, instituant les sociétés à capital variable. Ce sont choses très différentes.

La Chambre consultative elle-même le lui aurait appris. Elle dit, dans la monographie qui a paru dans le volume que TOffice du travail a publié en 1897 sur les Associations ouvrières de production :

Toute Association coopérative, lorsqu'elle émane d'un groupe syndical, a tendance à se séparer du Syndicat qui Ta fondée : c'est là un fait d'expérience. La Fédération des Associations ne devait pas échapper à cette règle (p. Ii5).

M. Waldeck-Rousseau a allégué « qu'en 1884, c'était

Un lieu commun accepté et reçu que la coopération appliquée à la production n'était qu'une chimère ». Il rappelle qu'il institua une commission extra-parlementaire chargée de faire une enquête sur les Associations ouvrières de production ; mais il n'a pas cité les paroles de son rapporteur qui, en mai 1885, disait :

Nous aurons, en France, avant dix ans, 500 Associations de production, ayant spuscrit ensemble 100 millions de francs.

LES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES ET l'ÉTAT

Cette déclaration optimiste date de dix-huit ans. Depuis sont intervenus le décret Floquet du 4 juin 1888, destiné à favoriser les Associations ouvrières pour les travaux de l'État, qui fut étendu aux communes par le décret du 24 juillet 1893. Ce décret prescrivit le sectionnement des lots, autorisa « les Sociétés d'ouvriers français » à soumissionner de gré à gré les lots jusqu'à 20.000 francs. Il les dégagea de l'obligation du cautionnement pour les lots au-dessous de 50.000 francs ; à égalité de rabais, la préférence doit être accordée aux sociétés ouvrières. Elles doivent recevoir des acomptes tous les quinze jours.

M. Waldeck-Rousseau a dit dans son discours de Saint-Mandé : « Le premier client des Associations ouyrières, ce devrait être l'État. » Et, en efifet, l'État a été un excellent client pour elles.

De 1888 à 1895, le montant annuel des travaux donnés par la ville de Paris aux associations ouvrières a atteint un million. Ceux de l'État se sont élevés, en 1895, à 4.574.000 francs.

Les charpentiers, menuisiers, serruriers, tailleurs de pierre et maçons, ont pris à peu près la moitié du chiffre des affaires; les granitiers, piqueurs de grès, paveurs, cimentiers et terrassiers, 70 p. 100; les plâtriers et peintres, 90 p. 100.

Mais le rapport* de la Banque coopérative des Associations ouvrières de production dit : « Pour les petits entrepreneurs, les travaux publics sont le miroir aux alouettes où ils vont se faire luer. » Quand elles ont une commande de l'État ou de la ville, les Associations ouvrières croient avoir fait fortune. Elles comptent sans les délais et les difficultés de règlement de compte.

Pendant que l'État et la ville de Paris les acculent à la liquidation, l'État leur alloue des subventions.

Du !«' janvier 1893 au l*»* janvier 1897, 362.000 francs ont été accordés à 135 Associations ouvrières, à la Chambre consultative (les Sociétés de production de Paris, à la Fédération du Sud-Est et aux deux banques des Associations ouvrières, soit à 139 groupements.

La Banque coopérative a absorbé 59.000 francs. La plupart des sociétés ont touché moins de 10.000 francs en plusieurs fois et 76 sociétés ont touché 2.000 ou moins.

Le rapport de l'Office du travail montre quelles illu sions provoquent et à quelles illusions aboutissent les subventions de l'État.

On espère un don de 3 à 4.000 francs, et le nombre des demandes est si grand, qu'on eu touche le tiers environ

Après l'État viennent les « généreux donateurs », comme M. Rampai, dont le legs constitue une expérience très intéressante. Un anonyme, animé des meil-

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