PRÉJUGÉS ARISTOCRATTOUES ET ANTI-ÉCONOMIQUES
Ils pensent provoquer des baisses, si par leurs prétentions, étayées sur des préjugés économiques, ils raréfient la demande de travail.
M. Smart, le célèbre professeur d'économie politique de Glascow, a fait l'observation suivante dans son ouvrage Distribution of Income^ :
1. Traduit en français sous le titre de Ja Répartition du revenu national.
Les trade unionistes ont dit surtout depuis 1897 : « Nous acceptons les nouvelles machines, dirigées par des manœuvres, mais à la condition que leur salaire au lieu de 25 sh. soit de 35 sh. »
Or, en donnant 25 sh, à des manœuvres, l'employeur augmentait le salaire d'un certain nombre d'ouvriers : et, en demandant le chififre de 35 sh. Içs trade unionistes repoussent, au profit d'une aristocratie d'ouvriers, cette amélioration; car, mis en demeure d'opter, l'employeur payera les plus capables, à moins que, ne pouvant se servir du coefficient d'efficacité avec lequel il' pouvait faire un certain produit à un certain prix, il ne soit forcé d'y renoncer.
Presque tous les jeunes docteurs qui font des thèses pour le doctorat économique, les jeunes gens chargés de missions par le Musée social se croient démocratiques et d'un socialisme comme il faut, en approuvant cette prétention des Trade Unions\
Je leur recommande de méditer ces considérations présentées par M. Smart :
Les conséquences de cette prétention des Trade unionistes seraient : 1° que l'invention des machines serait limitée et découragée; 2° que cette réduction des frais serait interdite, les prix des produits des machines restant assez élevés; 3^ les prix restant élevés, leur demande resterait stationnaire, sauf le cas où la population s'accroîtrait; 4« la fabrication des machines verrait disparaître l'accroissement naturel qu'elle prend avec la demande correspondante de travail et de capital; 5^ le capital qui devrait naturellement échoir aux hommes rémunérés à raison de 25 sh. serait amoindri et ces hommes perdraient toute chance d'améliorer leur situation. Ainsi la perte qui en résulterait
1. La Crise, du Tirade unionisyne, par MM. Paul Mantoux et Alfassa. Le Contrai collectif de Travail par M. Raynaud.
se répartirait sur trois classes, les consommateurs, les fabricants de machines et les hommes de peine : tout cela pour maintenir les salaires des ouvriers instruits faisant un travail qui ne demande pas d'instruction.
L'égalité des salaires était un des postulats socialistes. Il a disparu. Les Irade unionistes, les membres des syndicats admettent fort bien Finégalité des salaires entre professions, mais ils veulent l'égalité des salaires dans la profession. Le ravaleur de Paris déclare qu'il lui faut 1 fr. 20 par heure, comme salaire minimum indispensable à son existence; et il considère que le garçon maçon peut parfaitement se contenter de fr. 55. Mais les Card rooms d'une filature anglaise gagnant de 10 à 20 sh. par semaine se mettent en grève pour maintenir le taux de filateurs gagnant 40 sh. par semaine en moyenne.
On reconnaît Tinégalité des facteurs, c'est un progrès. Mais on la proclame « rémunération identique pour un effort identique ». Or, ce n'est pas V effort qui vaut : c'est le résultat de l'effort.
Toutefois la fixation du salaire normal ne s'applique qu'au minimum. Quand un industriel paye la même catégorie d'ouvriers plus cher que le prix fixé, on n'a pas encore vu un syndicat ou une Trade Union se mettre en grève pour ramener le prix à l'égalité.