L. Rinn
blables opinions pouvaient rencontrer beaucoup d'approbateurs, alors même que l'application qui en a été faite en Algérie ne les auraient pas rendues suspectes.
Aussi, bien que représentée par plusieurs zaouiya, la confrérie n'a-t-elle pas d'attaches profondes dans les villes saintes.
Malgré la grande réputation de savoir et de vertu de son fondateur, malgré les relations locales de la famille de Sid el Hadj Ali, son rôle y a toujours été des plus restreint. Peut-être, aujourd'hui, s'amoindrit-il encore.
REFAIYA
Issu de la « Tariqa Kadri3'a », l'ordre des Refaiya prit naissance au vie siècle de l'Hégire, à Oum Obéida, petite ville de l'Irak Arabi, située entre Bagdad et Bassora.
Son fondateur, Sid Ahmed er Refai, neveu et élève de Sid Abd el Kader el Djilani, était venu s'y établir pour propager de ce côté la règle de son oncle.
Mais il ne tarda pas à se donner comme chef d'une voie nouvelle, tout en continuant de professer, comme les Kadriya, le mysticisme extatique basé sur « l'anéan-
« tissement de l'individualité de l'homme, par l'absorp- « tien dans l'essence de Dieu ». Identique à la leur, sous ce rapport, sa doctrine s'en sépara en attribuant très explicitement au « Cheikh el Triqa » une mission quasi divine, comparable à celle du Prophète. Il se déclara investi lui-même de cette mission, et substituant son autorité à celle de Sidi Abd el Kader, ses disciples adoptèrent aussi son vocable.
C'est à l'école ainsi créée que se rattachent les Badaouiya, plus rapprochés des Kadriya, à d'autres égards.
Abd el Kader el Djilani n'était pour ses adeptes qu'un grand saint. Ahmed el Refai devint aux yeux des siens le dépositaire d'une sorte d'émanation de la Divinité,
Au premier s'adresse une vénération profonde; au second, presque un culte, qui se traduit par les invocations : la Refoi! la Refai! dans la Hadra, et a fait condamner la confrérie, malgré son antique renommée, par quelques ordres plus orthodoxes.
Comme plus tard les Badaouiya, les Refaiya admirent que leur Cheikh avait reçu directement sa mission dans une extase. Il est de fait que Sid er Refai avait poussé fort loin les pratiques extatiques. Elles l'avaient conduit à un état voisin du Fakirisme indien et dont les manifestations sont devenues traditionnelles dans son ordre.
Les plus importantes consistent pour les Refaiya actuels à avaler des serpents, des charbons enflammés, à se rouler au milieu de brasiers ardents. Ils s'habituent en outre à se précipiter sur des dards aigus, à s'en traverser les bras et les joues, à se faire fouler aux pieds par leurs Cheikh.
Sous ce rapport, ils peuvent être comparés aux Aissaoua, qu'ils ont précédés dans cette voie. Toutefois, au point de vue doctrinaire, il existe entre les deux confréries une différence marquée.
Dans la seconde, le développement des phénomènes pathologiques de l'hystérie , qui permettent au fidèle de se livrer à ces pratiques, est presque l'objet même de la Triqâ. Tous les adeptes s'y adonnent avec ardeur. Les Refaiya, au contraire, considèrent surtout la célébration de ces rites particuliers comme un hommage rendu à leur chef. EUe n'a pour eux qu'une valeur coramémorative.
Cette nuance doit être notée. Il en résulte, en effet, que, dans le dernier ordre, une minorité d'exaltés recherche seule ces manifestations hystériques. Elle explique le peu d'émotion provoquée parmi la masse des Khouan, lorsqu'il y a quelques années, les séances publiques, données par de petites congrégations locales, furent interdites en Turquie, en S5'rie, en Egypte. Outre les divergences fondamentales qui existent ainsi
entre les Refai5'a et les Kadriya , leurs rituels , bien que présentant quelque analogie d'ensemble, différent quant aux détails. Les premiers ont en Orient la Kherga blanche. Celle des seconds est noire i .
La Hadra des Rafaiya, bien connue par la description qu'en a donnée Théophile Gautier, n'est comparable à celle des Kadriya que comme effet général. On a vu comment ces derniers règlent la leur. Dans l'autre confrérie, après un premier temps, pendant lequel ils répètent « la Haoula ou la Kouata illah bi Allah » — il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu — avec un balancement rythmique de la tête d'avant en arrière et d'arrière en avant, les adeptes forment une chaîne, en se mettant les bras sur les épaules pour le Dhikre el Djellala. Ils se jettent alors en arrière d'un seul bloc, puis se lancent en avant d'un mouvement solidaire, lentement, plus vite ensuite et avec une frénésie croissante. Le K La Illaha ill Allah », jeté du fond de la poitrine, d'une voix rauque, devient bientôt un véritable hurlement dans lequel on distingue à peine encore Allah Hou ! Allah Hou !
I. En Egypte, pour empêcher de confondre les Coptes, qui portent aussi le turban noir, avec les Refaiya, une ancienne loi, encore en vigueur, oblige les premiers à se servir de cotonnades noires pour leur coiffure. Les Refaiya, au contraire, emploient les tissus de laine. Ils ont néanmoins adopté une autre marque distinctive, une sorte de passe-poil rouge à l'extrémité d'un des bouts du turban qu'ils laissent flotter sur l'épaule.
L'exaltation parvient à son comble, l'ivresse hystérique se produit et, pendant que la plupart s'affaissent épuisés, quelques-uns se précipitent sur les serpents, sur les brasiers, préparés pour la scène finale, en lançant au saint l'invocation suprême : ia Refai ! ia Refai !
Mais, à côté de ces dissemblances, la communauté d'origine a aussi maintenu dans les deux ordres quelques traditions similaires : ainsi les Refaiya, comme les Kadriya, ont partout en Orient des couvents comparables de tout point aux Tekkié de ces derniers, et où le genre d'existence est identique.
L'histoire des deux confréries présente d'ailleurs des analogies remarquables.
Leur place dans l'Islam est fort différente. En effet, les Kadriya sont l'ordre le plus populaire, le plus répandu de tous. Au contraire, les Refaiya ne sont guère connus, en dehors de la Turquie, que dans l'Orient de langue arabe, en Egypte, en Syrie, dans l'Irak- Arabi et dans l'Arabie. Leur développement n'en rappelle pas moins celui des premiers, par sa forme. Sid ed Refai avait laissé une nombreuse postérité. Pendant plusieurs générations, sa succession resta sans partage, héréditaire dans sa famille. Puis les Chorfa de sa race se multipliant, ils se séparèrent en groupes rivaux.
Les Khouan d'Egypte se rendirent ainsi indépendants dès la fin du vue sièele, sous le Khalifat de Cheikh Ali
Chabbak, arrière-petit-fils du fondateur de l'ordre, et dont la famille s'est perpétuée dans le pays. Elle a aujourd'hui pour chef Sid Mohammed Yacin, Cheikh el Sedjada de la branche locale.
Dans l'Irak Arabi, un peu plus tard, un ancien Moqaddeni de la zaouiya d'Ouacith, Omar Ibn Abi el Feredj el Kazrouni, devint, à son tour, le chef d'une autre fraction, qui, sous le nom de Kazrouniya, peut être regardée comme une nouvelle confrérie.
Il en fut de même successivement des Saadiya, des Habibiya, des Djendalij'a, etc.
En même temps, l'indépendance des congrégations restées fidèles à la règle, au vocable de l'ordre primitif, s'accentuait en Syrie et en Arabie, où des succursales s'étaient créées sur la côte du golfe Persique, dans l'Hadramaout, au Yémen et au Hedjaz.
Actuellement encore, cette désagrégation continue à s'affirmer, quelque complète qu'elle soit déjà. En Syrie, la branche d'Alep i s'est divisée il y a un demisiècle, donnant naissance au groupe des Refaiya Sayadiya fondé par le Cheikh Hassan Effendi.
Fort peu important tout d'abord, ce rameau est devenu très puissant depuis quelques années, en Turquie surtout. Il y est dirigé par Cheikh Abou el Houda,
I. Dirigée actuellement par Cheikh Mohammed bcn Cheikh Ali Kheir Allah.
fils du précédent et qui, installé à Yildiz Kiosk par le sultan Abd ul Hamid, joue auprès du Padischah le même rôle que Cheildi Zaffer.
En Egypte, une petite congrégation prenant le nom d'Ananiya, s'est séparée avec éclat, au commencement de iS86, des autres Refaiya. Son chef. Cheikh Abd el Ouahab el Anani, dirigeait une modeste zaouiya fondée sous le vocable de Sidi Ali ibn Nouaïm, et à la tête de laquelle il avait succédé à son père Abd el Fatali el Hariri, simple Moqaddem de l'ordre. Depuis quelques années. Cheikh el Anani refusait de reconnaître l'autorité du Cheikh el Sedjada, Mohammed Yacin, qui voulut l'empêcher de porter la Kerga noire.
Il n'en fallut pas davantage pour provoquer un conflit, dans lequel les Refaiya purs s'appuyèrent sur le Cheikh el Troûq, Cheikh el Bekri, pendant que le Cheikh el Islam défendait les prétentions des Ananiya. En dernier lieu, l'affaire fut portée devant le Khédive, et les dissidents obtinrent momentanément gain de cause. Mais la lutte a recommencé et paraît devoir se prolonger.
Étant donnée cette situation générale, les Refaiya du Hedjaz forment naturellement depuis longtemps un rameau indépendant. Ils sont d'ailleurs peu nombreux , au moins comme habitants du pays même, et comptent seulement une zaouiya à Djeddah i, deux à La