Chef de la zaouiya de Sioua
Hedjaz, est aussi complète, aussi régulière que peut le permettre l'état des mœurs arabes et musulmanes. Les différents services qu'elle comprend sont constitués et fonctionnent comme de véritables ministères, qui n'ont rien à envier à l'administration turque ou égyptienne.
Ce fait seul montre combien est actif le rôle de la confrérie, dans la terre sainte de l'Islam.
Un Hadji nous disait pour caractériser la situation qu'elle y occupe, que l'arrivée d'un simple Moqaddem venant de Djerboub prend l'importance d'un événement public. La foule, même à La Mecque, se porte à sa rencontre. Les habitants de la ville, les étrangers, Arabes ou nègres d'Afrique, Turcs, Indiens, se pressent autour de lui, se bousculent pour embrasser ses mains, ses vêtements. Dédaigneux de ces manifestations populaires, le nouveau venu ne témoigne cependant, le plus souvent, qu'une hautaine indifférence.
C'est qu'en effet, au Hedjaz, les Senoussiya ont la conviction que leur œuvre est accomplie.
Le pays n'est plus en quelque sorte ni une province turque , ni le patrimoine des Chorfa et des Eulema. Les garnisons ottomanes tiennent encore les villes et y assurent l'exercice de l'autorité légale. La milice i du
I. Le grand Chérif entretient aux frais du gouvernement ottoman une milice cViargée de la police dans les villes saintes.
Cette force présente à La Mecque un effectif de i.ooo hommes armés de fusils à tir rapide.
grand Chérif, lui conserve un certain prestige et sa caste semble encore un parti puissant. Les Eulema paraissent jouir du même ascendant qu'autrefois.
Mais, en réalité, les Senoussiya sont les maîtres de la situation et le savent.
En dehors des centres urbains, chez les nomades, leur pouvoir spirituel est seul reconnu. Dans les villes, leurs partisans forment, au point de vue numérique, une imposante majorité, La foule des pèlerins, qu'aucun intérêt personnel n'éloigne de leur cause, leur est entièrement dévouée. Un signe du chef de Tordre déterminerait une conflagration générale, dans laquelle les soldats turcs et l'aristocratie locale auraient à lutter contre le pays tout entier.
Les exemples fournis par l'insurrection Ouahabite du commencement du siècle, montrent ce qui se passerait alors. Unies aux Bédouins du Hedjaz, les tribus du Nedjed ont facilement balayé les garnisons régulières, enlevé Médine et La Mecque. Il a fallu de longs combats pour les refouler, et malgré leur valeur éprouvée, les armées de Mehemet Ali ont failli, après de sanglants revers, succomber sous, leurs coups.
Grâce à des sacrifices énormes pour elle, indispensables néanmoins, car sans le Hedjaz, elle perdrait toute influence dans l'Islam, la Porte entretient aujourd'hui à La Mecque, Médine, Djeddah, et dans les villes de la
province, lo.ooo hommes de garnison. Mais dans ce chiffre , il faut compter 6.000 irréguliers, dont la fidélité peut sembler douteuse. Quelques corps de Nizam et la milice du grand chérif s'opposeraient seuls résolument à une insurrection religieuse et nationale. Encore ces troupes sont-elles, quoique bien armées, mal nourries, mal payées, et démoralisées par mille causes.
Il semble donc probable que, sous l'étendard du Senoussisme, une nouvelle guerre sainte aurait bientôt chassé de l'Arabie occidentale ses maîtres actuels.
Peut-être la lutte commencera-t-eUe subitement un jour ou l'autre. Depuis dix ans, des signes précurseurs l'annoncent comme inévitable. Nulle part , les habitants des villes, les nomades , ne se cachent de préparer leurs armes. Partout les révoltes mollement réprimées se succèdent, et la dernière ne remonte qu'au printemps de 1886. Elle est caractérisque i.
Le gouverneur de Yambo en Nekhal avait voulu répartir, entre tous les habitants , le montant de l'impôt
1. Nous empruntons ces renseignements à une lettre envoyée de La Mecque à Djerboub, par un des principaux agents des Senoussiya,
Cheikh au mois de mai 1886. Quelques indications, que le messager
chargé de porter cette missive devait donner verbalement, complètent celles qu'elle contient . Voici le passage relatif à la révolte de Yambo :
« En arrivant à Djeddah, j'ai trouvé un grand nombre de soldats arrivés de Yambo. Ils rapportaient avec eux environ huit têtes et ramenaient un groupe de prisonniers, se composant d'environ douze individus. Le tout provient des habitants de Yambo en Nekhal. Voici les causes de cet événement. L'autorité avant réclamé au.x habitants de
dû pour les nombreux palmiers habbous de la zaouiya locale, qui n'acquit'tait plus leur redevance.
Le chiffre total des impositions est, en effet, seul fixé à Yambo, comme dans les autres centres du pays, et suivant l'usage général, les Ouakf des Senoussiya avaient cessé de figurer dans la répartition. Leur importance devenant considérable, les gens de la ville se refusèrent à en payer la quote-part, conformément d'ailleurs à la véritable tradition islamique, qui admet l'exonération des fondations pieuses, en matière d'impôt.
Telle fut l'origine de la révolte à laquelle prirent part presque tous les Senoussiya de Yambo, malgré les efforts du Moqaddem de la zaoui\?a. Un petit détachement de troupes, envo3'é tout d'abord, perdit vingt hommes, et il fallut une véritable expédition pour rétablir l'ordre.
Les prescriptions du gouverneur purent ainsi être exécutées. Mais les douze prisonniers faits sur les rebelles, ne tardèrent pas à recouvrer leur liberté, et le châtiment
cette oasis les redevances visuelles payées sur les palmiers, ils se sont refusés à les verser, La route de Médine a été interrompue pendant quelque temps et vingt soldats environ ont été tués. L'autorité, informée de ces événements, envoya de nombreuses troupes et organisa contre eux l'expédition qui vient d'avoir lieu. »
Et en post-scriptum,
« Les habitants de Yambo se sont engagés à payer les redevances. Quant à ces détails, ils émanent tant des gens de distinction que du vulgaire parmi les frères. »
infligé aux coupables se borna à l'exposition publique des huit têtes rapportées à Djeddah, celles des seuls indigènes de Yambo tués dans la lutte.
Les occasions de conflit ne manquent donc point entre les Senoussiya du Hedjaz et le gouvernement local.
D'ailleurs, une évolution très importante s'est accomplie depuis peu dans l'attitude respective de leurs chefs locaux d'une part, des fonctionnaires turcs et des Eulema de l'autre.
On a vu qu'à l'origine du mouvement panislamique, l'accord intervenu entre le grand maître de l'ordre et la Porte, avait eu son contre-coup au Hedjaz. La propagande des Moqaddem s'était appuyée sur le concours officiel des agents du gouvernement, et leur avait dû quelques nouveaux succès.
Actuellement, ces rapports se sont modifiés. Ils continuent d'être assez bons en apparence, mais sont en réalité très tendus. La mesure qui a déterminé l'insurrection de Yambo en est un indice. Elle visait, au fond, les intérêts de la confrérie. C'est là ce qui décida les Khouan à se joindre aux insurgés. Il y a donc eu à la fois provocation du parti turc et rébellion des partisans du senoussisme.
Néanmoins le gouverneur de la ville sut éviter de mettre directement en cause le moqaddem de la
— agi —
2aouiya, et celui-ci essaya d'empêcher l'effusion du sang. L'incident donne la note exacte de la situation.
Les Eulema de leur côté, avaient cessé depuis quelques années de se montrer hostiles aux Senoussiya.
Nous avons exposé déjà les motifs qui les empêchèrent, à une époque antérieure, de persister dans leur opposition systématique envers les agents de Djerboub : représailles exercées par les nomades, et crainte de compromettre leur propre ascendant.
Ils trouvèrent néanmoins dans le grand Chérif, jusqu'en 1880, un protecteur docile de leurs intérêts de caste, et purent ainsi se tenir sur une certaine réserve. Mais au début de l'agitation panislamique officielle , le titulaire de cette charge, Sid El Haoussin , fut assassiné à Djeddah, par un Derouich, dont l'identité n'a jamais pu être établie i, bien qu'on le regarde en général comme ayant agi d'après des ordres partis de haut.
El Haoussin passait, en effet, pour être peu favorable aux projets caressés alors à Constantinople.
Il eut pour successeur un fanatique ambitieux, chef d'une famille rivale de la sienne, Abd el Mouthaleb, dont le père, Ghaleb, avait joué un rôle important dans
I. M. W. S. Blunt donne très explicitement ce derouich pour un agent de quelque personnage familier du sultan Abd ul Hamid, sinon du sultan lui-même (The Future of Islam).
l'insurrection des Ouahabites, et s'était rallié à leurs doctrines ».
Cette nomination ne tarda pas à porter ses fruits ; elle donna partout la suprématie aux doctrines senoussiennes, et les Eulema eux-mêmes, durent fournir des gages de leur bon vouloir envers l'ordre.
Mais, lorsqu'en 1884-188 5, la politique turque s'orienta dans une nouvelle direction, Abd el Mouthaleb qui, autrefois, avait occupé déjà, puis perdu à deux reprises la charge de grand Chérif, fut de nouveau remplacé. Un Chérif de la famille des Chorfa Aoun, celle de son prédécesseur, le remplaça. Grâce à ce changement, les anciens adversaires des Senoussiya, secrètement appuyés par les autorités provinciales, purent donner plus librement carrière à leurs véritables tendances.
Sans chercher à réagir ouvertement contre le Senoussisme, ce que les circonstances rendaient toujours dangereux, le clergé officiel ne craignit pas, du moins, de susciter quelques difficultés personnelles aux représentants de la confrérie. Il continua d'ailleurs, à témoigner d'une profonde déférence pour son fondateur, ses doctrines et ses chefs supérieurs , mais en cherchant à rega-
I. Deux mois auparavant, Abd el Mouthaleb, alors en Turquie, avait annoncé son prochain retour comme grand chérif. L'assassinat d'El Haoussin avait donc été préparé de longue main.
gner dans les questions de détail un peu du terrain perdu.
Un fait récent permet de s'en rendre compte '. Les Senoussiya considéraient depuis longtemps comme dépendant d'une maison qu'ils avaient transformée en couvent, en asile, un terrain vacant, situé près de Bab el Oudâa. En 1886, les Eulema le déclarèrent à leur insu Ouakf de la grande mosquée et y élevèrent quelques constructions. Tout d'abord, Sid Hamed, le Khalifat provincial, n'y avait pas pris garde. Lorsqu'il s'en aperçut, jugeant au dessous de lui de revendiquer l'objet de cette spoliation, il tint du moins â manifester son mécontentement, en quittant brusquement La Mecque.
L'affaire en est restée là. Elle a peu d'importance en fait, mais montre que l'aristocratie sacerdotale, docile au mouvement d'opinion qui s'est manifesté dans les sphères officielles, fournit elle aussi aux Senoussiya des prétextes de rupture.
I. Cet incident est également mentionné dans la lettre dont nous avons déjà donné un extrait page 288 et qui était adressée au grand maître de l'ordre par un de ses principaux représentants au Hedjaz. Après avoir annoncé que Sid Hamed ben Mohammed Ghanem, qui lui avait donné rendez-vous à La Mecque, était parti inopinément pour Médine, cet agent ajoutait : « J'ai appris également le motif du voyage de Sid Hamed. C'est l'idée conçue par les gens de mérite, tels que les Eulema, en même temps que la prise de possession (par eux) de certains Ouarkf et l'affectation (de ceux-ci) à leur gré, et c'est le Rebat (couvent) qui nous fait déÊiut à Bab el Oudâa. C'est pour cela que Sid Hamed a affecté d'aller accomplir la visite (du tombeau du Prophète) et s'est abrité derrière ce prétexte. »
infligé aux coupables se borna à l'exposition publique des huit têtes rapportées à Djeddah, celles des seuls indigènes de Yambo tués dans la lutte.
Les occasions de conflit ne manquent donc point entre les Senoussiya du Hedjaz et le gouvernement local.
D'aiUeurs, une évolution très importante s'est accomplie depuis peu dans l'attitude respective de leurs chefs locaux d'une part, des fonctionnaires turcs et des Eulema de l'autre.
On a vu qu'à l'origine du mouvement panislamique, l'accord intervenu entre le grand maître de l'ordre et la Porte, avait eu son contre-coup au Hedjaz. La propagande des Moqaddem s'était appuyée sur le concours officiel des agents du gouvernement, et leur avait dû quelques nouveaux succès.
Actuellement, ces rapports se sont modifiés. Ils continuent d'être assez bons en apparence, mais sont en réalité très tendus. La mesure qui a déterminé l'insurrection de Yambo en est un indice. Elle visait, au fond, les intérêts de la confrérie. C'est là ce qui décida les Khouan à se joindre aux insurgés. Il y a donc eu à la fois provocation du parti turc et rébellion des partisans du senoussisme.
Néanmoins le gouverneur de la ville sut éviter de mettre directement en cause le moqaddem de la
zaouiya, et celui-ci essaya d'empêcher l'effusion du sang. L'incident donne la note exacte de la situation.
Les Eulema de leur côté, avaient cessé depuis quelques années de se montrer hostiles aux Senoussiya.
Nous avons exposé déjà les motifs qui les empêchèrent, à une époque antérieure, de persister dans leur opposition systématique envers les agents de Djerboub : représailles exercées par les nomades, et crainte de compromettre leur propre ascendant.
Ils trouvèrent néanmoins dans le grand Chérif, jusqu'en 1880, un protecteur docile de leurs intérêts de caste, et purent ainsi se tenir sur une certaine réserve. Mais au début de l'agitation panislamique officielle , le titulaire de cette charge, Sid El Haoussin , fut assassiné à Djeddah, par un Derouich, dont l'identité n'a jamais pu être établie i, bien qu'on le regarde en général comme ayant agi d'après des ordres partis de haut.
El Haoussin passait, en effet, pour être peu favorable aux projets caressés alors à Constantinople.
Il eut pour successeur un fanatique ambitieux, chef d'une famille rivale de la sienne, Abd el Mouthaleb, dont le père, Ghaleb, avait joué un rôle important dans
I. M. W. S. Blunt donne très explicitement ce derouich pour un agent de quelque personnage familier du sultan Abd ul Hamid, sinon du sultan lui-même (The Future of Islam).
l'insurrection des Ouahabites, et s'était rallié à leurs doctrines i.
Cette nomination ne tarda pas à porter ses fruits ; elle donna partout la suprématie aux doctrines senoussiennes, et les Eulema eux-mêmes, durent fournir des gages de leur bon vouloir envers l'ordre.
Mais, lorsqu'en 1884-1885, la politique turque s'orienta dans une nouvelle direction, Abd el Mouthaleb qui, autrefois, avait occupé déjà, puis perdu à deux reprises la charge de grand Chérif , fut de nouveau remplacé. Un Chérif de la famille des Chorfa Aoun, celle de son prédécesseur, le remplaça. Grâce à ce changement, les anciens adversaires des Senoussiya, secrètement appuyés par les autorités provmciales, purent donner plus librement carrière à leurs véritables tendances.
Sans chercher à réagir ouvertement contre le Senoussisme, ce que les circonstances rendaient toujours dangereux, le clergé officiel ne craignit pas, du moins, de susciter quelques difficultés personnelles aux représentants de la confrérie. Il continua d'ailleurs, à témoigner d'une profonde déférence pour son fondateur, ses doctrines et ses chefs supérieurs , mais en cherchant à rega-
1. Deux mois auparavant, Abd el Mouthaleb, alors en Turquie, avait annoncé son prochain retonr comme grand cbérif. L'assassinat d'EI Haoussin avait donc été préparé de longue main,
gner dans les questions de détail un peu du terrain perdu.
Un fait récent permet de s'en rendre compte ». Les Senoussiya considéraient depuis longtemps comme dépendant d'une maison qu'ils avaient transformée en couvent, en asile, un terrain vacant, situé près de Bab el Oudâa. En 1886, les Eulema le déclarèrent à leur insu Ouakf de la grande mosquée et y élevèrent quelques constructions. Tout d'abord, Sid Hamed, le Khalifat provincial, n'y avait pas pris garde. Lorsqu'il s'en aperçut, jugeant au dessous de lui de revendiquer l'objet de cette spoliation, il tint du moins à manifester son mécontentement, en quittant brusquement La Mecque.
L'affaire en est restée là. Elle a peu d'importance en fait, mais montre que l'aristocratie sacerdotale, docile au mouvement d'opinion qui s'est manifesté dans les sphères officielles, fournit elle aussi aux Senoussiya des prétextes de rupture.
I. Cet incident est également mentionné dans la lettre dont nous avons déjà donné un extrait page 288 et qui était adressée au grand maitre de l'ordre par un de ses principaux représentants au Hedjaz. Après avoir annoncé que Sid Hamed ben Mohammed Ghanem, qui lui avait donné rendez-vous à La Mecque, était parti inopinément pour Médine, cet agent ajoutait : « J'ai appris également le motif du voyage de Sid Hamed. C'est l'idée conçue par les gens de mérite, tels que les Eulema, en même temps que la prise de possession (par eux) de certains Ouarkf et l'affectation (de ceux-ci) à leur gré, et c'est le Rebat (couvent) qui nous fait défaut à Bab el Oudâa. C'est pour cela que Sid Hamed a affecté d'aller accomplir la visite (du tombeau du Prophète) et s'est abrité derrière ce prétexte. »
La quasi certitude de leur triomphe, si une lutte ouverte venait à éclater entre leurs partisans et les maîtres actuels du Hedjaz, n'a pas encore modifié la ligne de conduite des chefs de l'ordre. Poursuivant méthodiquement l'accomplissement de leur programme, ils contiennent les aspirations de leurs disciples, cherchent à éviter les occasions de conflit avec l'autorité temporelle, et se contentent d'asseoir plus solidement d'année en année leur propre souveraineté par des voies pacifiques.
Elle est d'ailleurs assez absolue dès maintenant, pour que le Hedjaz puisse être considéré comme une province spirituelle de l'Imamat de Djerboub.
Peut-être quelques complications européennes détermineront-elles bientôt le choc qui suffirait pour enlever au vieil empire ottoman ce palladium de sa puissance.
Placées sous la dépendance des Cheikh el Troûq, les autres confréries du pays n'ont qu'un rôle effacé. Quelques-unes exercent, il est vrai , une certaine action locale, par leur fanatisme intransigeant. Il en est aussi qui, anciennes succursales d'ordres étrangers, doivent une influence extérieure aux relations indirectes qu'elles ont conservées avec leurs chefs naturels, leurs grands maîtres.
Toutes cependant, écoles philosophiques ou sectes
extatiques, congrégations isolées, branches d'ordres réguliers, ou clans féodaux et apanages d'une aristocratie héréditaire, toutes ont subi les effets du temps et du régime administratif qui leur est imposé.
Seuls les Senoussiya ont conquis dans les villes saintes une hégémonie morale, qui paraît supérieure aux hommes et aux événements.
Tel est le fait considérable auquel se résume, pour le Hedjaz, le mouvement qui s'est produit dans l'Islam au xixe siècle. Les anciennes traditions des âges précédents se sont effacées devant une doctrine nouvelle , représentant à la fois les aspirations nationales de la race authochtone , et la réaction du vieux monde mahométan , menacé dans sa foi. Les Khouan, les Derouich psalmodient encore dans leurs zaouij^a l'antique formule unitaire : « La illaha ill' Allah. » Ils s'enivrent encore de la communion mystique. Mais ce ne sont plus les rites du Soufisme, ni l'enseignement banal du clergé officiel, que viennent évoquer les pèlerins.
Dans la terre sacrée du Hadj, un seul mot d'ordre domine tous les autres, le cri de guerre final du Senoussisme : « 7nrcs et chrétiens, je les liriserai d'un seul coup. «