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LEOPOLD II

Roi des Belges, Fondateur de V Association internationale Africaine (1876) Souverain de V Etat indépendant du Congo (1885).

brillante : présidée par le Roi, elle renfermait dans son sein un grand nombre d'illustrations politiques, de savants géographes, de célèbres voyageurs, parmi lesquels nous citerons :

Pour l'Allemagne, le baron de Richthofen, président de la Société de géographie de Berlin, MM. Nachtigal, Schweinfurth et Rohlfs, voyageurs célèbres ;

Pour l'Autriche Hongrie, le comte Zichy et M. de Hochstetter, président de la Société de géographie de Vienne ;

Pour l'Angleterre, sir Bartle Frère, ancien gouverneur du Cap, sir Rutherford Alcock, président de la Société de géographie de Londres, le major-général sir Henri Rawlinson, le contre-amiral sir Léopold Heatly, le commandant Yerney Lowett Cameron, explorateur ;

Pour la France, l'amiral de la Roncière le Noury, MM. Ferdinand de Lesseps, promoteur du percement des isthmes de Suez et de Panama, et Maunoir, secrétaire de la Société de géographie ;

Pour l'Italie, le commandant Negri ;

Pour la Russie, M. de Semenow.

Les six grandes puissances de l'Europe s'étaient donc fait représenter.

La Belgique l'était par MM. le baron Lanibermont, Banning, Em. de Borchgrave, Couvreur, le comte Goblet d'Alviella, E. de Laveleye, Sainctelette, Smolders, Van Biervliet, Van den Bosche et Van Volxem.

En ouvrant la conférence, le Roi prononça le discours suivant que nous reproduisons en entier, parce qu'il expose parfaitement le caractère de l'œuvre africaine :

« Messieurs,

Le sujet qui nous réunit aujourd'hui est de ceux qui méritent au premier chef d'occuper les amis de l'humanité. Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n'ait point encore pénétré, percer les ténèbres qui enveloppent des populations entières, c'est, si j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle de progrès; et je suis heureux de constater combien le sentiment public est favorable à son accomplissement; le courant est avec nous.

» Messieurs, parmi ceux qui ont le plus étudié l'Afrique, bon nombre ont été amenés à penser qu'il y aurait avantage pour le but commun qu'ils poursuivent à ce que l'on pût se réunir et conférer en vue de régler la marche, de combiner les efforts, de tirer parti de toutes les ressources, d'éviter les doubles emplois.

» Il m'a paru que la Belgique, Etat central et neutre, serait un terrain bien choisi pour une semblable réunion, et c'est ce qui m'a enhardi à vous appeler tous, ici, chez moi, dans la petite conférence que j'ai la grande satisfaction d'ouvrir aujourd'hui. Ai-je besoin de vous dire qu'en vous conviant à Bruxelles, je n'ai pas été guidé par des vues égoïstes. Non, messieurs ; si la Belgique est petite, elle est heureuse et satisfaite de son sort; je n'ai d'autre ambition que de la bien servir. Mais je n'irai pas jusqu'à affirmer que je serais insensible à l'honneur qui résulterait pour mon pays de ce qu'un progrès important dans une question qui marquera dans notre époque, fût daté de Bruxelles. Je serais heureux que Bruxelles devînt en quelque sorte le quartier-général de ce mouvement civilisateur.

» Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pourrait entrer dans vos convenances de venir discuter et préciser en commun, avec l'autorité qui vous appartient, b. 5

les voies à suivre, les moyens à employer pour planter définitivement letendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale ; de convenir ce qu'il y aurait à faire pour intéresser le public à votre noble entreprise et pour l'amener à y apporter son obole,

» Mon vœu est de servir comme vous l'indiquerez la grande cause pour laquelle vous avez déjà tant fait. Je me mets à votre disposition dans ce but, et je vous souhaite cordialement la bienvenue. »

Après trois jours d'études et de discussions, la conférence avant de se séparer, vota les résolutions suivantes :

Déclaration au sujet des stations. — « Pour atteindre le but de la Conférence internationale de Bruxelles, c'est-à-dire : explorer scientifiquement les parties inconnues de l'Afrique, faciliter l'ouverture des voies qui fassent pénétrer la civilisation dans l'intérieur du continent africain, rechercher des moyens pour la suppression de la traite des nègres en Afrique, il faut :

1° Organiser, sur un plan international commun, l'exploration des parties inconnues de l'Afrique, en limitant les régions à explorer, à l'orient et à l'occident, par les deux océans (Indien et Atlantique), au midi par le bassin du Zambèze, au nord par les frontières du nouveau territoire égyptien et le Soudan indépendant. Le moyen le mieux approprié à cette exploration sera l'emploi d'un nombre suffisant de voyageurs isolés, partant de diverses bases d'opération ;

2° Etablir, comme bases de ces opérations, un certain nombre de stations scientifiques et hospitalières, tant sur les côtes de l'Afrique que dans l'intérieur du continent, par exemple, à Bagamoyo et à Loanda, ainsi qu'à Oudjidji, Nyangoué et autres points déjà connus, qu'il faudrait relier par des stations intermédiaires. »

On décida ensuite la formation d'une Commission internationale et de Comités nationaux.

La première, faisant fonction de comité exécutif, fut formée du Roi des Belges, président ; de MM. le docteur Nachtigal, de Quatrefages et Sanfort (remplaçant sir Bartle Frère), membres ; M. le colonel belge Strauch, secrétaire-général ; M. Galezot, trésorier.

Quant aux Comités nationaux (belge, allemand, français et autres), qui devaient se tenir en rapport avec le Comité central, on leur laissait le choix des moyens d'organisation, selon les circonstances de chaque pays.

Telle fut l'origine, en 1876, de l'Association internationale Africaine, dont l'existence devait durer jusqu'à la création de l'Etat libre du Congo, en 1885.

Le Comité belge. — Grâce à l'impulsion donnée par le Roi, le Comité belge fut naturellement le premier organisé.

Nous reproduisons ici en partie un troisième discours que prononça le Roi dans la séance d'installation de ce Comité, le 6 novembre 1876. On y voit particulièrement l'intérêt que S. M. portait à l'abolition de la traite des noirs.

« Messieurs, Uesclavage, qui se maintient encore sur une notable partie du continent africain, constitue une plaie que tous les amis de la civilisation doivent désirer voir disparaître.

» Les horreurs de cet état de choses, les milliers de victimes que la traite des noirs fait massacrer chaque année, le nombre plus grand encore des êtres parfaitement innocents qui, brutalement réduits en captivité, sont condamnés en masse à des travaux forcés à per pétuité, ont vivement ému tous ceux qui ont quelque peu approfondi l'étude de cette déplorable situation et ils ont conçu la pensée de se réunir, de s'entendre, en

un mot, de fonder une association internationale pour mettre un terme à ce trafic odieux, qui fait rougir notre époque, et pour déchirer le voile qui pèse encore sur cette Afrique centrale. Les découvertes, dues à de hardis explorateurs, permettent de dire dès aujourd'hui, qu elle est une des contrées les plus belles et les plus riches que Dieu a créées.

» La Conférence a voulu, pour se mettre de plus près en rapport avec le public, dont la sympathie fera notre force, fonder, dans chaque Etat, des comités nationaux. Ces comités, après avoir chacun désigné deux membres pour faire partie du Comité international, populariseront, dans leurs pays respectifs, le programme adopté.

» L'œuvre a recueilli déjà en France et en Belgique des souscriptions importantes qui constituent pour nous une dette de reconnaissance vis-à-vis de leurs auteurs. Ces actes de charité, si honorables pour ceux qui les ont accomplis, stimulent notre zèle dans la mission que nous avons entreprise. Notre tâche doit être de toucher le cœur des masses et, en croissant en nombre, de grouper nos adhérents dans une union fraternelle et peu onéreuse pour chacun, mais puissante et féconde par l'accumulation des efforts individuels et de leurs résultats.

» L'Association internationale ne prétend pas résumer en elle tout le bien que l'on peut, que l'on doit faire en Afrique. Elle doit, dans les commencements surtout, s'interdire un programme trop étendu. Soutenus par la sympathie publique, nous avons la conviction que si nous parvenons à ouvrir des routes, à établir des stations, servant de points d'appui aux voyageurs, nous aiderons puissamment à l'évangélisation des noirs et à l'introduction, parmi eux, du commerce et de l'industrie.

» Nous affirmons hardiment que tous ceux qui veulent l'affranchissement de la race noire, sont intéressés à notre succès.

» Le Comité belge, émanant du Comité international et son représentant en Belgique, s'efforcera de procurer à l'œuvre le plus d'adhérents possible. Il aidera mes compatriotes à prouver une fois de plus que la Belgique est non-seulement une terre hospitalière, mais qu'elle est aussi une nation généreuse où la cause de l'humanité trouve autant de défenseurs qu'on y trouve de citoyens.

Capitaine Crespel, chef de la Capitaine Storms, chef de la

ire expédition belge. 4e expédition belge.

» Je remplis un bien agréable devoir en remerciant cette assemblée et en la félicitant chaleureusement de s'être imposé une tâche dont l'accomplissement vaudra à notre patrie une belle page de plus dans les annales de la charité et du progrès. •>

Expéditions belges dans l'Afrique orientale (1877-1884). L'attente du roi ne fut pas vaine. De toutes parts en Belgique, on dressa des listes de souscription dont la somme s'éleva bientôt à un demimillion.

Grâces à ces ressources, le Comité belge était le premier en mesure de mettre la main à l'œuvre, en organisant successivement cinq expéditions qui partirent pour la côte orientale.

La première expédition qui partit pour Zanzibar le 15 octobre 1877, fut composée du capitaine Crespel, du lieutenant Cambier et de M. Maes, docteur en sciences naturelles. De cruels revers l'atteignirent à ses débuts; son chef, le capitaine Crespel^ succomba presque en arrivant, et le Dr Maes mourut d'une insolation. Demeuré seul avec un voyageur autrichien, M. Marno, qui lui-même dut bientôt rebrousser chemin, le capitaine Cambier aborda néanmoins sa tâche avec énergie. Plusieurs expéditions partirent successivement pour le rejoindre ou l'appuyer : la deuxième sous le commandement du capitaine Popelin (1879), la troisième sous le commandement du capitaine Ramaeckers (1880); elles perdirent encore sur la route les lieutenants Wautier et Deleu ; mais ces épreuves, en ralentissant la marche de M. Cambier, n'avaient pu l'interrompre. Au mois d'août 1879, il atteignait les rives du Tanganika, et remplissait sa mission en fondant la station de Karéma.

Quinze mois plus tard, à la suite de nouveaux efforts, cinq voyageurs belges se trouvèrent un moment réunis en ce point (décembre 1880). C'est alors que M. Cambier, après trois ans de travaux, sentant le besoin d'un repos bien mérité, reprit le chemin de l'Europe ; en quatre mois, il opéra son retour de Karéma à Bruxelles.

M. Ramaeckers le remplaça et demeura à la tête de la station avec le lieutenant Becker, le capitaine Popelin et M. Roger, après avoir reçu quelques renforts, en partirent au mois d'avril 1881, dans le but de chercher, sur la rive occidentale du lac, l'emplacement

d'une nouvelle station. Ce dessein ne put se réaliser ; une maladie aiguë enleva en quelques jours M. Popelin, et son auxiliaire rentra à Karénia. Le 25 février 1882, le capitaine Ramaeckers succombait lui-même à l'attaque d'une fièvre bilieuse. M. Roger, chargé d'une autre mission, avait alors regagné la côte ; M. Becker, resté seul, alla prendre le commandement de la station de Karénia. Enfin le lieutenant Storms, venu à son secours à la tête d'une quatrième expédition, traversa le lac Tanganika pour aller fonder la station de Mpala, sur la rive occidentale, vis-à-vis de Karénia (fin de 1882).

Indépendamment de ces expéditions, le Roi des Belges avait voulu tenter, à ses seuls frais, une nouvelle expérience. Comme le mode de transports à dos d'hommes présente de grandes difficultés et des lenteurs, il fît venir des Indes quatre éléphants qui furent expédiés à Zanzibar et mis sous la conduite de deux Anglais, MM. Carter et Cadenhead. On arriva assez promptement à Tabora, en octobre 1889, mais déjà deux éléphants étaient morts, puis un troisième mourut en route sept mois plus tard, et le quatrième en arrivant à Karénia. Carter et Cadenhead eux-mêmes périrent victimes d'une trahison de leur escorte (1880).

Toutes ces expéditions dans l'Afrique orientale avaient été conduites par des Belges (sauf la caravane des éléphants) et organisées au moyen de fonds presque uniquement fournis par la Belgique. Elles ne devaient cependant pas profiter beaucoup au Roi Léopold, car, comme nous le verrons, toutes les stations belges furent abandonnées, et tout le territoire de l'Afrique orientale devint plus tard possession allemande (1886).

Ici se terminent donc les détails que nous avions à

rapporter au sujet des travaux des Belges sur la côte orientale.

De leur côté, quelques autres comités nationaux avaient créé des stations sur la route de Zanzibar au Tanganika : une station allemande à Mpouapoua et à Kakoma, une station française à Condoa, une station mixte à Tabora ; tandis que les Anglais continuaient, leurs explorations dans toute la région des grands lacs, particulièrement du Tanganika.

Toutefois, bientôt se manifestèrent les tendances particulièrement nationales et quelque peu égoïstes qui amenèrent peu à peu la désunion et la dissociation.

Le roi des Belges dut s'en apercevoir assez tôt, et sentir la nécessité de restreindre son action personnelle à une région plus limitée. Aussi, lorsque sur la fin de 1877, Stanley fut venu révéler au monde étonné l'existence de la grande artère fluviale du « Livingstone », le Roi le fit venir à Bruxelles et jeta avec lui les bases du Comité d'études du Haut-Congo (1878), qui devait bientôt après se transformer en Association

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